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Les producteurs de lait partagés entre inquiétude et boulimie

Franck Stassi , , , ,

Publié le

Alors que la Fédération nationale des producteurs laitiers tire la sonnette d’alarme sur la situation économique de ses adhérents, plusieurs données rappellent que la collecte de lait continue d’augmenter, aussi bien en France qu’en Europe.

Entre janvier 2014 et décembre 2015, les prix du lait payés aux producteurs français ont perdu 21%, passant de 39,13 euros les 100 kilos à 30,91 euros. Ils se situaient, en décembre, près de la moyenne européenne (30,60 euros), ce chiffre recouvrant des réalités très diverses au sein des 28 Etats-membres.

Dans ce contexte, la Fédération nationale des producteurs laitiers réitère ses appels à l’aide et témoigne des difficultés rencontrées par de nombreux adhérents. Le taux de restructuration des exploitations "était en moyenne de 5% les années passées mais on risque de passer à 10%, voire plus, avec de nombreux producteurs qui quittent le métier non parce qu'ils arrivent à la retraite mais parce que, économiquement, les exploitations laitières ne sont plus rentables", a souligné le 20 janvier son président, Thierry Roquefeuil. Il en a appelé à la mise en place d’une charte destinée à "mieux partager les risques et à créer de la valeur ajoutée pour tous", et à la mise en avant de l’origine France.

Le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Stéphane Le Foll, s’est engagé à recevoir rapidement Thierry Roquefeuil. "On a connu des crises de marché beaucoup plus courtes. Aujourd'hui la situation au niveau européen est beaucoup plus difficile, car la crise est longue. Elle nécessite des réponses conjoncturelles mais aussi structurelles", a-t-il expliqué le 22 janvier lors d’une conférence de presse.

Plus de viande en vue

Des chiffres publiés le 19 janvier par l’Institut de l’élevage corroborent ces difficultés. Après avoir progressé de 2,5% en 2015, la production française de viande bovine augmenterait encore de plus de 1% en 2016, à 1,52 million de tonnes équivalent carcasse. Les difficultés traversées par la filière laitière ont entraîné une hausse des réformes en 2015, réduisant d’un peu plus de 1% le cheptel de vaches laitières.

Ce constat est valable aussi à l’échelle européenne, avec une hausse de la production de viande bovine de 3% en 2015 et une prévision de 2% en 2016.

La collecte ne décroît pas

Malgré ces faits, la dynamique de production, elle, ne s’enraye pas. La collecte européenne a progressé de 1,8% par rapport à l’an dernier, tandis qu’elle a progressé, en France, de 2,2% en novembre 2015 par rapport à novembre 2014.  "Dans un contexte de baisse du prix du lait, la production de lait de vache se maintient à un bon niveau grâce à un cheptel conséquent et des conditions météo clémentes au cours du mois de novembre", explique Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture. La fin des quotas laitiers, le 1er avril 2015, n’y est pas non plus étrangère.

"Les stocks mondiaux s’accroissent, annihilant toute possibilité de rebond des cours à court terme. Une hausse n’est envisageable qu’avec la consommation des stocks, c’est-à-dire une inversion durable de la production sous les niveaux de consommation",  commente le cabinet spécialisé Agritel. En octobre 2015, Rabobank prévoyait que la consommation laitière mondiale s’améliorerait au cours de l’année 2016. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts…

Franck Stassi

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