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L'Usine Agro

"Les prix actuels incitent à semer du blé dur", explique Ludovic Pâris de France AgriMer

Franck Stassi , ,

Publié le

Entretien Après avoir augmenté de 13% en 2015, la sole de blé dur progresserait de 12% en 2016, estime le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt. Elle avait accusé une chute de 43% entre 2010 et 2014. Ludovic Pâris, délégué pour les filières céréales et oléo-protéagineux de France AgriMer, explique à L’Usine Nouvelle les raisons de cette reprise, et fait le point sur le déroulement du plan de relance de la filière blé dur adopté en mai dernier par la filière .

L’Usine Nouvelle - Comment peut-on expliquer la hausse de la sole de blé dur, en France, au cours des deux dernières années?

Ludovic Pâris - Le différentiel de prix avec le blé tendre est rémunérateur, notamment lorsque les rendements sont bons (ce qui explique que la dynamique soit plus marquée dans les régions septentrionales que dans les régions méridionales). On a eu des différentiels de prix du simple au double en début de campagne. Le différentiel est actuellement de l’ordre de 110 euros/tonne. Toutefois, il convient de rappeler que la sole remonte… après avoir accusé une sévère baisse ! Ces deux années de hausse paraissent fortes ; encore faut-il les comparer à la chute initiale (-43% en 4 ans). Lorsque le plan blé dur se donne comme objectif de doubler la superficie de blé dur, cela peut paraître ambitieux, mais le niveau visé a déjà été atteint.

Comment se caractérise la hausse de la sole dans les différentes régions?
On produit du blé dur dans le sud de la France de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur à celle de Midi-Pyrénées, dans l’ouest des Charentes aux Pays de Loire, et dans le Centre. Dans la zone méridionale, cela a été considéré, lorsqu’ont été mises en place les aides de la politique agricole commune (PAC), comme une culture traditionnelle justifiant la mise en place d’un couplage particulier, qui existe encore de nos jours. Cette zone est aride ; or, le produit du différentiel de prix dépend du rendement. Le blé dur est une culture résistante à la sécheresse, mais dont le rendement est affecté par cette sécheresse. Nous espérons, avec le plan blé dur, relancer la production dans toutes les zones, façade ouest et région Centre comprises. Dans ces zones de production, les rendements sont plus élevés, avec une moindre sensibilité à la sécheresse.

Comment les rendements varient-ils selon les territoires?
Dans le Sud, on peut planter du blé dur sur des terres exposées à la sécheresse, où les choix d’assolement sont limités, mais avec des variations de rendement assez fortes. Dès que l’agriculteur a le choix des rotations, ce risque lié à la sécheresse joue en faveur du blé tendre. Dans l’Ouest et dans le Centre, les rendements sont plus réguliers, avec un produit rendement/prix restant en faveur du blé dur, même si les quantités sont moindres.

Comment se traduit dans les faits le plan blé dur, adopté en mai 2015?
Il s’est traduit par un accompagnement en termes de communication, à deux occasions. Au tout début de l’été (fin juillet), un flyer a été réalisé par Arvalis, avec l’appui de France Export Céréales et FranceAgriMer, envoyé à Coop de France et la Fédération du négoce agricole, pour qu’elles le distribuent en même temps que les commandes de semences aux producteurs, au moment de la réflexion sur les emblavements. Fin septembre, une autre communication a été effectuée à l’initiative du Syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France avec l’appui de l’Association générale des producteurs de blé, de France Export Céréales et de France AgriMer, dans la presse professionnelle, sous forme d’un encart publicitaire : « une céréale d’avenir ».

Quels en sont les objectifs finaux?
Le blé dur une culture délicate (stress hydrique, gestion de la moucheture, etc.), qui nécessite d’importants travaux en termes de sélection variétale, mais son expansion doit inciter les semenciers à se pencher dessus. Tout le plan blé dur a été conçu pour passer d’un cercle vicieux/de décroissance à un cercle vertueux, au sein duquel la France deviendrait suffisamment productrice pour créer une dynamique, et moins liée aux événements mondiaux. Le retour sur investissement est capital pour que la R&D puisse se développer.

Quelle est la situation dans le monde?
La demande n’est pas satisfaite. Nous sommes relativement dépendants des variations de production de la zone Amérique du Nord, première région productrice mondiale, avec notamment ces dernières années des insuffisances de la part du Canada, premier producteur mondial, d’où une demande forte en Europe. En Europe, on a pu alimenter une partie de nos débouchés européens (l’Italie est le premier utilisateur de blé dur). Si la production remonte trop dans le monde, la pression sera à la baisse sur les prix… Il ne faudrait certes pas que la production mondiale explose et provoque une chute des cours, mais il faut profiter de la forte demande actuelle pour construire une filière française qui soit alimentée durablement.

Propos recueillis par Franck Stassi

Pourquoi la production de blé dur est liée au prix du blé tendre

"Les différentiels de prix sont nés des enjeux économiques, explique Ludovic Pâris. Les décisions d’aides peuvent être justifiées par des situations particulières, tandis que le prix est lié à l’offre et la demande. Le blé dur a des usages bien définis : les pâtes et la semoule. Ce marché est loin d’être un marché de niche, et a besoin d’être alimenté. Actuellement, il n’y a quasiment pas de stock mondial de blé dur, et la consommation peut être supérieure à la production, ce qui entraîne les prix à la hausse. Par contre, si, demain, la production canadienne se met à exploser, les prix vont baisser. Si le différentiel entre les deux céréales diminue, les agriculteurs peuvent préférer opter pour un blé tendre moins sensible aux variations de rendement et plus facile à commercialiser."

 

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1 commentaire

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22/12/2015 - 22h10 -

En 2010 les surfaces étaient au plus haut, pas les prix: 150€ en janvier... Si les surfaces remontent comme le souhaite France AgriMer, souhaitons que les prix se maintiennent, sinon le soufflet retombera très vite...
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