"Les préoccupations liées à la santé, un thème fort pour les prochaines années", selon Patrick O'Quin

Le syndicat de l'industrie cosmétique, la FEBEA, change de président. Patrick O'Quin, ancien directeur des affaires gouvernementales et multilatérales de Danone, s'est confié à L'Usine Nouvelle sur les enjeux qui l'attendent.

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L'Usine Nouvelle - Vous travailliez précédemment pour Kronenbourg puis Danone. Quelles sont les problématiques communes avec l’industrie de la cosmétique ?

Patrick O'Quin - Je plonge directement du secteur alimentaire à celui de la cosmétique. Plusieurs sujets sont partagés, comme les problématiques réglementaires, qui étaient particulièrement importantes chez Kronenbourg et Danone et nécessitent de soigner le dialogue avec les pouvoirs publics.

La sécurité et la protection du consommateur sont aussi des questions-clés que j’ai eues l’occasion de traiter chez Danone et qui me paraissent majeures pour la cosmétique. Enfin, les enjeux liés à l’environnement, aussi bien en matière de fabrication et de packaging que d’information du consommateur, et à l’image de nos entreprises sont essentiels.

Sur quels sujets allez-vous vous démarquer de votre prédécesseur, Alain Grange-Cabane, qui a dirigé la FEBEA durant 16 ans?

Ma priorité est d’assurer la continuité avec son travail, car il est reconnu par le secteur comme ayant particulièrement bien représenté ses intérêts. Je rencontrerai les membres du conseil d’administration et les adhérents de la fédération le 18 juin, donc je ne peux pas encore vous dire quels seront les éléments de rupture. Je suis arrivé lundi 2 juin, je suis encore dans une phase de découverte !

On entend peu les prises de position de la FEBEA. Allez-vous rendre la fédération moins discrète ?

Je ne suis pas sûr que la FEBEA soit discrète. Mais la discrétion n’est pas nécessairement négative. Parfois il vaut mieux être discret et actif que vocal et ne rien faire de concret. Si la discrétion est le meilleur moyen de rendre service à nos adhérents, je poursuivrai dans cette voie !

La FEBEA doit-elle plus s’exprimer sur les problématiques liées à la santé, comme les perturbateurs endocriniens ?

Je ne sais pas si elle doit plus s’exprimer : je sais qu’elle est déjà extrêmement active en interne avec ses adhérents, ainsi que dans les discussions avec les pouvoir publics, sur ce sujet qu’elle suit de près.

Les perturbateurs endocriniens ne sont pas un sujet propre à la cosmétique, on le retrouve dans de nombreux autres secteurs. Donc il est difficile aujourd'hui de prendre une position isolée.

L’impact des produits sur la santé des consommateurs est néanmoins une préoccupation croissante…

On note effectivement une très forte montée des préoccupations liées à la santé, pas uniquement dans la cosmétique : c’est sans aucun doute un thème fort pour les prochaines années.

Vous avez débuté votre carrière au sein des ministères des Affaires européennes et etrangères. C’est une expérience indispensable pour une industrie cosmétique qui s’est mondialisée ?

Oui, je crois aujourd'hui que les enjeux aussi bien européens que mondiaux sont fondamentaux. Ces dimensions ont sans doute pesé dans le choix de ma candidature par le conseil d’administration de la FEBEA.

Il va falloir défendre les intérêts des entreprises françaises face à une compétition américaine et asiatique accrue…

La filière représente l’ensemble des entreprises présentes sur le territoire français, petites ou grandes. C’est clair qu’aujourd'hui la France a une position tout à fait originale, avec un savoir-faire et une R&D reconnus et des entreprises phares à l’échelle mondiale, mais cette industrie est aujourd'hui largement régie par une dimension européenne. Il faut aussi être entendu au niveau mondial, avec l’ouverture de nouveaux marchés et des contraintes qui peuvent apparaitre, notamment réglementaires.

A quelles contraintes pensez-vous ?

Un grand nombre de pays sont de plus en plus tatillons sur les possibilités d’importation, demandent des garanties, imposent des contraintes parfois démesurées. La Chine est un marché gigantesque, mais, et j’ai connu cela dans le secteur agroalimentaire, pratique parfois des changements réglementaires peu prévisibles qui créent de véritables difficultés.

La réglementation cosmétique à l’échelle européenne se renforce. C’est une bonne chose ?

La FEBEA a été très active au niveau européen ces dernières années, je souhaite continuer dans cette voie. Cette règlementation européenne permet le développement d’un marché unique qui, je pense, a été globalement favorable aux entreprises que nous représentons.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

Le porte-parole de l'industrie cosmétique

Née il y a 124 ans, la Fédération des entreprises de la beauté (FEBEA) représente 90% du marché de la filière cosmétique en France. Ses adhérents sont à 82% des TPE, PME ou ETI. Troisième secteur économique francais (hors armement) par son solde commercial, la cosmétique a réalisé 10,89 milliards d'euros d'exportations en 2013.

 

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