Les pme Marocaines intéressent leurs concurrent étrangers

Equipements modernes, personnel qualifié, gestion de la qualité, livraison en juste à temps... Les petites entreprises marocaines commencent à répondre aux exigences de l'industrie moderne. Et sont à la recherche d'accords techniques ou commerciaux avec des sous-traitants étrangers.

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C'est un signe qui ne trompe pas. Le Sistep, premier salon de la sous-traitance marocaine, qui s'est tenu il y a quelques semaines à Casablanca, a attiré les foules. Côté français, pas moins de cent vingt-sept sous-traitants étaient présents, en quête de marchés ou à la recherche d'un associé local. Après avoir été longtemps perçue comme une menace, la sous-traitance marocaine s'affirme désormais comme un partenaire intéressant pour l'industrie française. Installé sur une zone industrielle de Casablanca, Maghreb Elastoplast (195personnes, 24millions de francs de chiffre d'affaires), filiale du groupe Somaca, témoigne de la "professionnalisation" des sous-traitants marocains. Ce fabricant d'éléments de carrosserie pour matériels roulants et de mobilier urbain a adopté le juste-à-temps. C'est ainsi qu'il fournit en sièges sa maison mère, constructeur d'automobiles et de petits utilitaires sous licence. Depuis plusieurs années, Maghreb Elastoplast livre également le poids lourd, le ferroviaire, le mobilier de bureau, l'aéronautique. L'entreprise équipe les avions de la Royal Air Maroc et fabrique des sièges pour Airbus, via Maroc Aviation, la filiale marocaine d'Aérospatiale. Premier avantage des entreprises marocaines: le niveau des rémunérations. Le Smic marocain ne dépasse par 1500dirhams par mois (900francs) pour quarante-cinq heures de présence hebdomadaire. Un ouvrier qualifié peut cependant gagner jusqu'à 2700francs, tandis qu'un ingénieur perçoit environ 90000 francs par an, en début de carrière. A cela, l'entreprise n'ajoute que 25% de charges en moyenne et quelques primes.

Des programmes de formation du personnel

Mais les succès commerciaux de certaines entreprises ne reposent pas seulement sur les bas salaires. Les fonderies marocaines, comme les Aciéries et Fonderies de Skhirat, FAM, Famab et Mafoder, sont très bien équipées. Cette dernière compte notamment développer ses ventes de composants de tuyauterie et robinetterie spéciales ou de pièces d'équipements industriels et urbains, maintenant qu'elle a entièrement rénové ses matériels (voir encadré). Chez Maghreb Elastoplast, la mise en place d'un système de suivi des coûts de non-qualité a déclenché un vaste programme de formation du personnel (2% du chiffre d'affaires). Même évolution chez Famab (6millions de francs de chiffre d'affaires). Cette fonderie d'aluminium et de cuivreux, qui produit des turbines d'hélices, des carters et des diffuseurs, finalise actuellement un gros contrat de fourniture de corps de pompe avec Sulzer. "On ne peut pas faire de la qualité avec des gens incapables de remplir des fiches suiveuses ou d'anomalies" fait remarquer Moulay-Youssef Alaoui, le directeur général. "On trouve aujourd'hui au Maroc, pour des taux horaires de l'ordre de 15 à 20francs, des entreprises dont la technicité et le niveau de gestion de la qualité correspondent à nos besoins", confirme Michel Molinengault, l'un des responsables de Crouzet Automatismes, qui vient de confier à l'usine Valtronic de Berrechid (130salariés) la production de relais temporisés, de minuteries et de compteurs. Soit près de cinquante mille heures de travail par an, qui étaient jusqu'ici confiées à des sous-traitants de Hongkong et de France. Malgré la présence de ces entreprises modernes, le niveau technique des sous-traitants reste insuffisant pour faire face aux besoins des donneurs d'ordres, dont les activités sont en plein développement. Résultat: les sous-traitants ne couvrent que 60% des achats des industriels installés au Maroc. Ce qui explique l'intérêt des industriels étrangers pour le récent salon de la sous-traitance.

Une tendance à des accords plus "équilibrés"

Certains y ont trouvé des partenaires. Ainsi, Lang Ferry (fonderie, usinage), déjà fournisseur du marché marocain, négocie un accord technique et commercial avec un fondeur local pour accentuer sa présence. De son côté, Devianne, une petite firme de Roubaix, envisage de s'associer avec un groupe marocain dans le domaine des revêtements anticorrosion et anti-abrasion. Des coopérations facilitées par l'expérience accumulée ces dernières années par les industriels français présents dans le capital de sociétés marocaines. Le groupe AFE détient ainsi la majorité des Aciéries et Fonderies de Skhirat. De même, la Satt (Société alsacienne de traitements thermiques) contrôle la FMTM (Franco-marocaine de traitements métallurgiques), une firme créée en 1990 en association avec le groupe chérifien Oismine. Cette prise de contrôle d'entreprises marocaines par des industriels étrangers a contribué à élever le niveau technique des sous-traitants. Aujourd'hui, la tendance est à des accords plus "équilibrés". Témoignage de la volonté des investisseurs marocains de s'intéresser à l'industrie. Mais aussi signe d'une certaine prudence des étrangers, qui s'interrogent sur l'avenir politique du Maghreb.



Plus de 8000 sous-traitants

Il y a 1400entreprises de sous-traitance répertoriées au Maroc dans les secteurs de la transformation des métaux, de la fonderie, de la plasturgie et de l'électronique. Leur chiffre d'affaires cumulé est estimé, en 1993, à plus de 15 milliards de dirhams (9 milliards de francs). Si l'on tient compte de l'existence d'environ 3000 "entreprises informelles" (c'est-à-dire clandestines ou semi-clandestines), la sous-traitance marocaine emploierait plus de 150000 personnes. Dans les secteurs du textile, de la confection et du cuir, 4000entreprises réaliseraient un chiffre d'affaires de près de 3milliards de francs.







Des entreprises en développement

Mafoder


Une nouvelle usine Installée à l'origine dans une ancienne briqueterie de Casablanca,la fonderie de fontes et d'aciers spéciaux Mafoder, qui réalise un chiffre d'affaires de 9millions de francs, avec un effectif de 50 personnes, vient de faire peau neuve: nouveaux locaux, nouveaux équipements. Un investissement de près de 8millions de francs, qui donne à l'entreprise un accès aux technologies les plus modernes: fusion par induction, régénération des sables, spectromètre, CFAO...

Décorex

L'atout technique Créée il y a un peu plus d'un an, Décorex réalise des moules et des outillages de presse. Une spécialité encore rare au Maroc, où les plasturgistes doivent généralement faire appel aux outilleurs étrangers. La nouvelle entreprise, qui a conclu un accord avec un mouliste français, se développe rapidement. Elle a affiché 2,4millions de francs de chiffre d'affaires pour son premier exercice.

Elle s'installera début 1995 dans des locaux neufs, près de Marrakech, et élargit son parc de machines.

CIEA

La carte de l'exportation Ses donneurs d'ordres européens, tels Thomson ou Magneti Marelli, comme les investisseurs philippins qui la contrôlent, font de CIEA une entreprise discrète. Pourtant, avec 220personnes environ et plus de 9millions de francs de chiffre 'affaires, entièrement à l'exportation, elle produit chaque année plus de 25millions de puces et 15millions de circuits intégrés. CIEA assemble aussi 400000compteurs totalisateurs mécaniques d'automobile par mois.

USINE NOUVELLE N°2484

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