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Les PME de l’aéro à l’affût des talents

Olivier James ,

Publié le

Le florissant secteur aéronautique a besoin de bras. À tel point que les PME peinent à recruter. Les initiatives pour trouver les bons profils se multiplient.

Les PME de l’aéro à l’affût des talents
Le spécialiste des matériaux composites Multiplast a ouvert une école dans ses locaux pour former des opérateurs enaéronautique.
© CRéDIT PHOTO

Les entreprises citées

C’est ce que l’on pourrait appeler un problème de riches. Alors qu’Airbus et Boeing impulsent dans toute la filière des hausses de cadences de production comme l’aéronautique n’en a jamais connues, nombre de leurs sous-traitants peinent à pourvoir tous les emplois dont ils ont besoin. Une problématique soulevée en avril par Marwan Lahoud, le président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). Il y aurait, selon lui, 2 000 postes non pourvus ou au recrutement particulièrement difficile, sur une filière qui en compte 180 000. De quoi forcer les entreprises à chercher les compétences… à l’étranger. En 2014, le secteur a une fois de plus prouvé sa vitalité avec 10 000 recrutements, dont 2 000 créations nettes d’emploi et 1 000 de plus grâce aux nouveaux adhérents du Gifas.

Pour parvenir aux 8 000 recrutements prévus pour 2015, les industriels ne sont pas tous logés à la même enseigne : ce sont avant tout les PME qui éprouvent des difficultés à trouver les bons profils. « Les jeunes ont envie de travailler pour Airbus, pas pour les sous-traitants d’Airbus », ne cesse-t-on d’entendre lorsqu’on interroge les PME. Des entreprises qui n’ont pas l’aura des grands donneurs d’ordres mais qui offrent pourtant de nombreuses opportunités de carrière. Leurs manques les plus patents ? Les emplois à des niveaux équivalents au bac ou bac +2, tels que les ajusteurs, les monteurs, les soudeurs, les chaudronniers, les peintres, les drapeurs dans les composites… « Il est parfois difficile de trouver sur ces métiers des jeunes motivés et bien formés, reconnaît Philippe Dujaric, le responsable des affaires sociales au sein du Gifas. S’il est vrai que les conditions de travail ne sont pas toujours faciles, celles-ci ont beaucoup évolué avec la modernisation des usines et l’introduction des outils de travail numériques. »

Reconvertir des coiffeurs et des boulangers

« Le secteur a l’image d’un univers complexe, réservé aux seuls ingénieurs, témoigne Arnaud Pointhière, le responsable aéronautique au sein du conseil en recrutement Synergie Aero. Nous communiquons sur les métiers pour les faire connaître via des visites de PME avec des jeunes candidats. » Les reconversions peuvent être couronnées de succès, à l’image de ces coiffeurs et boulangers que Synergie Aero a redirigé vers ce secteur grâce aux centres de formation. Attirer des demandeurs d’emplois qui ne s’étaient pas imaginés travailler dans l’aéronautique, c’est l’un des objectifs du dispositif Aerodiag initié par Pôle emploi, en Midi-Pyrénées. La Méthode de recrutement par simulation (MRS) permet de déceler très tôt l’aptitude manuelle des candidats puis de les guider vers les formations les mieux adaptées. « Au-delà de l’information, l’une des réponses à privilégier consiste à trouver localement des partenariats forts avec des établissements d’enseignement pour développer les formations en alternance », estime Philippe Dujaric. De quoi faciliter l’insertion professionnelle. Fin 2014, 6 000 jeunes étaient en alternance dans la filière aéro (+ 50 % par rapport à 2010). Parmi eux, certains bénéficiaient d’une initiative originale leur permettant d’effectuer un parcours partagé entre une grande entreprise et une PME. En 2015, ils seront 200 dans ce dispositif efficace mais qui ne peut toutefois pas répondre à l’ensemble des besoins.

C’est pourquoi certaines PME se lancent dans la mise en œuvre de formations maison. Initiative emblématique : Finaero ouvre début novembre un centre de formation pour subvenir à ses besoins de compagnons. « Il n’existe pas de diplômes de peintre en aéronautique, déplore Christophe Cador, le PDG de Finaero. Plutôt que de se contenter d’une formation sur le terrain plus ou moins adaptée, nous avons décidé d’investir. » La PME de 1 800 salariés, spécialisée dans la peinture et l’étanchéité, a investi 800 000 euros et prévoit un budget annuel de 300 000?euros pour faire fonctionner ce centre en obtenant un financement complémentaire du Gifas. Chaque année, trente nouveaux compagnons pourront être formés pour les besoins de Finaero ou de compagnies aériennes. De quoi résoudre une bonne partie des emplois non pourvus, dans la mesure où Finaero recrute environ cinquante compagnons par an.

Privilégier un écosystème qualitatif

La société Multiplast a opté pour une solution plus économique. « Nous avons aménagé une école de formation dans nos locaux, en particulier pour des emplois d’opérateurs, raconte Isabelle Dubois, responsable de ce centre chez Multiplast. Les formateurs, des opérateurs volontaires, formeront jusqu’à six stagiaires en même temps pour une durée de onze semaines. » Cette société qui comprend une centaine de salariés spécialisée dans les pièces composites a procédé à une déclaration d’existence au niveau de la préfecture de Bretagne pour officialiser ce centre. L’investissement atteint 100 000 euros et permet de délivrer des certificats de qualification professionnelle dans les composites.

Des solutions alternatives existent, à l’image des groupements locaux d’employeurs (GLE). À Vannes (Morbihan), la centaine de salariés de Socomore en France provient à 40 % du GLE Venetis créé en 1997. « Je n’aurai pas les moyens de recruter un responsable environnement ou un responsable réseau informatique », assure Frédéric Lescure, le PDG de cette PME spécialisée dans les produits de traitements de surface dont le chiffre d’affaires atteint 45?millions d’euros pour 2015. Le GLE offre la possibilité à ses 300 membres de s’échanger des profils en temps partagé. Pour améliorer l’attractivité du territoire, Socomore construit aussi… des crèches. Une première a été ouverte en 2007, une seconde est en cours de construction et la troisième est prévue pour 2018. « Pour attirer des profils, il ne faut pas se pencher que sur l’emploi mais veiller à tout l’écosystème familial », explique Frédéric Lescure. De quoi étendre encore le champ des possibles. Dans un secteur où le moindre pépin dans une PME peut provoquer un retard de livraison pour un grand constructeur, la chasse aux compétences ne s’interdit aucune arme. 

Cinq bonnes idées à suivre
 

  • Se rapprocher des acteurs incontour-nables, tels que le Gifas, Pôle emploi, Synergie Aero et les organismes de formation locaux
  • Éviter le débauchage sauvage et préférer les solutions de mutualisation des compétences, même avec des entreprises concurrentes
  • Faire preuve de pédagogie avec les jeunes candidats et faire découvrir les métiers via des visites de sites industriels
  • Aller chercher des profils différents qui ne sont pas issus des rangs de l’aéronautique, les reconversions constituent un vivier à ne pas négliger
  • Mettre en place des formations maison peut, dans bien des cas, débloquer la situation pour des besoins spécifiques, d’autant que le Gifas aide certaines initiatives

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