Les PME à sec de crédit bancaire

Pour les petites entreprises, l’été fut meurtrier. L’assèchement du crédit leur a été encore plus fatal qu’aux grandes, malgré les engagements des banques et les rappels à l’ordre du président de la République.

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Mardi, le président de la République a tapé du poing sur la table sur la question des bonus accordés aux traders, mais aussi sur celle du crédit bancaire. Les entreprises tirent la langue pour obtenir leurs lignes de trésorerie auprès des banques : 15.000 dossiers ont été déposés auprès du médiateur du crédit depuis le lancement du dispositif. Le journal de France 2 du lundi 24 août accordait ainsi un reportage au mythique fabriquant de jouets Mécano. Cette entreprise réalise 45 millions d’euros de chiffre d’affaires et réalise des bénéfices depuis 8 ans. Les six millions d’euros d’avance sur recettes attendus depuis noël ne seront finalement obtenus qu’au prix d’une restructuration et de sept licenciements, ainsi que de garanties personnelles engagées par le dirigeant de l’usine.

« les banques se battent pour prêter aux mêmes »

Une réalité que nuance Serge Marcillaud, président dela CGPME Aquitaine. "Si vous avez une belle boîte, vous n'avez jamais eu autant de facilité à trouver du crédit. Toutes les banques se battent pour prêter aux mêmes". En revanche, pour les entreprises traversant des difficultés passagères sur le terrain, les nombreux outils mis en place depuis le début de la crise voici 8 mois (Oséo, la médiation du crédit) ne parviennent pas jusqu'à elles. "Il faut ne jamais avoir monté une boîte pour croire que l'on ne traversera aucune crise passagère au cours de l'activité", estime le représentant aquitain. Parmi les plus touchées sur le terrain, les entreprises de sous-traitance industrielle. Bois, automobile, aéronautique... "Les grosses PME doivent faire face à des baisses de commandes de 30 à 40%" indique-t-il. Pour le bâtiment, la situation n'est pas catastrophique, estime-t-il : "tout dépend du secteur. La chute d'activité est réelle pour les promoteurs immobiliers."

Parmi les sources de blocage, le manque de lisibilité des aides sur le terrain : "les dispositifs changent tous les quatre matins", pointe l'élu syndical. "Certaines banques savent à peine ce qu'Oséo veut dire. Elles ne demandent jamais la garantie de l'organisme. Nous insistons auprès des entreprises : il faut l'exiger, vous y avez droit ! L'information n'est pas assez diffusée."

Et si le flux des nouveaux dossiers empilés chaque mois sur le bureau du médiateur René Ricol est constant, celui des petites entreprises a grimpé en flèche. Souvent, il s'agit de très petites entreprises viables économiquement, mais auxquelles il manque quelques milliers d’euros de cash immédiat pour faire tourner l’activité : pour elles, un refus peut signifier le dépôt de bilan. Le nombre des dossiers déposés auprès du médiateur par des entreprises de moins de 10 salariés est ainsi en hausse de 2,5 points sur la période juillet/août. En termes d'encours de crédit, le nombre de dossiers avec des besoins de financement inférieurs à 10 000€ ou à 50 000€ ont progressé respectivement de 5 et de 7,2 points. Le taux de dossiers ressortant en médiation réussie se maintient à son niveau stable à 65%.

"Les concours bancaires court terme restent le premier motif de saisine de la médiation. Viennent ensuite les problématiques liées à l'assurance crédit et au financement du crédit interentreprises ainsi qu'au rééchelonnement de la dette et aux besoins de financement en fonds propres" précise le médiateur du crédit.

Donnant-donnant

Grâce à la médiation, 23 534 emplois ont été préservés au cours de la période. Pas assez pour la CGPME, qui rappelle que " 78% des dirigeants de PME estiment être confrontés à un durcissement des conditions d'accès au crédit". Les banques s’étaient engagées à augmenter leurs encours de crédit de 3 à 4%. Finalement, ce ne sera pas plus de 2% sur l’année. Pour se justifier, ces dernières invoquent la crise qui a impliqué une baisse de l’activité et donc de la demande de crédit, ainsi que le recours accru des entreprises au marché obligataire. Mais le discours passe mal. Surtout pour les petits dossiers, ces demandes de quelques milliers d’euros qui ne trouvent pas preneurs.

Le deal d’octobre

Le 14 octobre 2008, le projet de loi de soutien aux banques françaises est voté. L’Etat prêtera jusqu’à 230 milliards d’euros aux banques, pour une période se terminant fin 2009. La société de recapitalisation qui a déjà servi à sauver Dexia pourra quant à elle investir jusqu’à 14 milliards d’euros en plusieurs tranches. En contrepartie, les banques doivent s’engager à augmenter leurs encours de crédit, de 3 à 4%, et limiter les bonus.


Résultat : l’Etat montre les crocs, et rappelle aux grandes banques françaises renflouées par les deniers publics pendant la crise qu’en cas de non respect de leurs engagements, le taux d’intérêt auquel elles devront le rembourser grimpera. Il prépare l'instauration d'un guichet public de soutien aux fonds propres aux entreprises petites et moyennes sous la forme, par exemple, de prêts participatifs. Autre solution proposée aux établissements prêteurs : souscrire, avec des assureurs et le Fonds stratégique d’investissement, à un « fonds de consolidation de développement des entreprises » spécifiquement dédié à ces entreprises connaissant des problèmes de fonds propres. Ce fonds serait doté de 200 millions d’euros. C’est peu comparé aux engagements d’augmentation de l’encours de crédit pris par chacune des six principales banques françaises en octobre 2008. Ces derniers allaient de 5,8 milliards d’euros pour la Banque populaire à 18 milliards d’euros pour le Crédit agricole.


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ANA LUTZKY

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