Les plateformes technologiques pivot d’une diffusion experte de la fabrication additive

Voilà bientôt dix ans que les plateformes technologiques, en général adossées à une structure académique, apportent leur expertise des technologies de fabrication additive, et en assurent la diffusion et le transfert. Le maillage du territoire est désormais très fourni et avec lui c’est le modèle économique des structures qui évolue.

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Les plateformes technologiques pivot d’une diffusion experte de la fabrication additive

Elles s’appellent IPC Printer, PIMM, Canoe ou encore Poudr’innov2.0. Présentes partout sur le territoire, ces plateformes disposent toutes d’une expertise propre et d’équipements plus ou moins fournis, à même de proposer des démonstrateurs et d’accompagner les PME et industriels dans leurs projets de fabrication additive. Certaines sont anciennes, comme Inori-Cirtes, d’autres plus récentes comme Additive Factory Hub, logée au CEA-Saclay (cf. par ailleurs) et portée par le CETIM.

Afin d’y voir clair sur le « qui fait quoi », le Syndicat des machines et technologies de Production (Symop) a produit une cartographie précise de ces plateformes, disponible sur le site la-fabrication-additive.com. Celle-ci permet d’effectuer une recherche suivant différents points d’entrée : localisation – vocation – matériaux – secteurs clients – chaîne de valeur.

Expertises et puissance de feu R&D

« Ce que l’on observe, pour la majorité des plateformes, c’est qu’elles sont sur des TRL 5-6 (degré de maturité des technologies moyens, ndlr) et qu’il existe donc encore des besoins R&D forts pour fiabiliser les procédés et caractériser les pièces finales » indique Nicolas Parascandolo, Délégué au développement du Symop.

Chacune de ces plateformes développe de fait des expertises pointues sur une ou plusieurs technologies ou pans d’activité de la FA (conception, matériaux, etc.). Le plus souvent en lien avec les besoins locaux identifiés, car les plateformes sont évidemment un élément clé des logiques de création de filières ou d’écosystèmes territoriaux, pour accompagner et former les acteurs locaux.

« Le bon côté de disposer de plateformes partout, c’est d’avoir des moyens en local et de diffuser au plus proche dans les territoires. Par contre, on peut aussi se poser des questions sur le risque de diviser la puissance de feu de la R&D française sur la fabrication additive, avec cet éparpillement » s’interroge à haute voix Nicolas Parascandolo.

L’idée d’une nouvelle feuille de route nationale, chargée de coordonner les efforts pour peser et développer les complémentarités plutôt que les concurrences, pourrait être bienvenue. La volonté est d’ailleurs déjà clairement déployée à l’échelle du CNRS : un groupement de recherche transverse baptisé « RFA » (réseau fabrication additive réunit les différents chercheurs sur ce sujet).

Investir et trouver son marché

Alors que la logique de territoire s’explique aussi par les financements reçus, bien souvent des Régions, le pilotage des plateformes est d’abord territorialisé. Mais les financements ne sont pas destinés à être pérennisés ad-vitam.

L’un des enjeux pour l’avenir des plateformes est alors d’investir suffisamment pour proposer une expertise distinctive, et in fine « trouver son marché ». « On ne peut évidemment pas maîtriser l’ensemble des technologies FA, il faut donc se rendre incontournable pour certaines et se vendre pour être autonome » analyse Claude Barlier, du Cirtes. La plateforme a très vite créé une entité ad-hoc, Inori, qui est en train de lever des fonds. Elle recherche 3 M€, notamment pour accélérer la commercialisation de sa technologie Pack&Strat. « Il faut être clair : si une plateforme technologique dédiée à la fabrication additive n’a pas une taille critique suffisante et ne dispose pas de produits ou services distinctifs à vendre, alors sa pérennité peut être en jeu » constate Claude Barlier.

Du côté de Platinium3D, à Charleville-Mézières, on profite de l’investissement de 12 M€ réalisé par le CFAI de l’UIMM pour pousser son avantage sur certaines technologies de fabrication additive et une nouveauté du côté du post-traitement. Avec un objectif relativement simple : « On cherche évidemment à proposer plus de choses à nos clients – partenaires industriels, notamment pour assurer de la production de série en fabrication additive et induire de la création de valeur » indique le directeur Bruno Flan. L’ambition est notamment de réitérer le succès atteint avec la co-entreprise 3D Métal Industrie, créée par les fondeurs Ardennais autour de l’impression 3D sable, suite à l’accompagnement de la plateforme.

Regroupement(s)

L’ambition de créer un réseau de plateformes « ouvert et communicant » reste pour beaucoup d’analystes essentiel, afin de gagner en performance globale. Certains projets d’envergure européenne (sur la fabrication additive hybride notamment) pourraient bien les y aider : ces projets pluriannuels incitent à une structuration large et à une logique de consortium, où les plateformes ont toute leur place.

Fin 2019, 6 plateformes du Grand Sud-Ouest ont, quant à elles, choisi de se regrouper sous l’acronyme AdimAlliance. Objectif annoncé : « fédérer et coordonner les moyens techniques et humains des 6 plateformes présentes sur le territoire du pôle Aerospace Valley afin de créer un pôle majeur de la recherche, du transfert industriel et de la formation en fabrication additive métallique en France et en Europe. »

L’idée qui préside à ce rapprochement est notamment de mettre en commun les actions, programmes de recherche et investissements des 6 acteurs régionaux dans le domaine de la Fabrication Additive métallique, afin de valoriser leurs compétences, leurs équipements et leurs effectifs de recherche et, ainsi, mieux répondre aux attentes des équipementiers, PME, ETI et bureaux d’études des grands groupes.

En d’autres termes trouver la taille critique nécessaire pour devenir un interlocuteur incontournable. D’autres regroupements de plateformes pourraient intervenir dans les années à venir, suivant cette logique.

Additive Factory Hub

Tête de pont du savoir-faire français en FA métal

En 2018, les ambitions annoncées étaient fortes : agir sur l’ensemble de la chaîne de valeur de la FA métal, mutualiser les moyens par un outil d’innovation ouverte, diffuser les avancées sur tous les enjeux (production, caractérisation, matériaux, etc.) et représenter au mieux le savoir-faire français en sourcant les compétences partout sur le territoire.

En trois ans, le chemin parcouru par AFH est notable : « Le soutien aux investissements de la Région Ile-de-France a été déterminant, et nos membres fondateurs ont poussé collectivement, que ce soit les industriels utilisateurs, les académiques ou les fabricants » insiste Pauline Le Borgne (CETIM), sa coordinatrice. Avec 90 chercheurs mobilisés, 10 M€ de volume de R&D réalisé, 700 entreprises sensibilisées et 3 machines en FA métal 100 % dédiés à AFH (une vingtaine dans tout le réseau), la plateforme a passé une première étape. Et les adhérents ont suivi très vite : plusieurs projets R&D explorent comme prévu les limites industrielles des équipements et des process de la FA métal, pour une mise en commun des résultats, dont :

• Le monitoring par instrumentation innovante de la fusion laser sur lit de poudre,

• Le suivi du profil thermique d’une pièce en cours de fabrication,

• Le jumeau numérique et l’étude de la trajectoire du robot (WAAM),

• La simulation thermo-mécanique d’une pièce (WAAM).

Autre facette d’AFH, son rôle de hub est lui aussi central : « Nous avons tissé des liens avec de nombreux partenaires académiques et travaillons avec les différents réseaux en région : et c’est vrai qu’à plusieurs on va plus loin ! Nous jouons à plein la coordination nationale des ressources, afin d’éviter l’éparpillement » défend Pauline Le Borgne.

Les nouveaux projets d’AFH consistent désormais à élargir sa feuille de route : la structure compte pousser les murs, afin d’intégrer de nouveaux procédés (laser fil et metal binder jetting notamment) et poursuivre ses travaux de recherche transversaux (caractérisation des matériaux, post-traitement, etc.).

Pour en savoir plus : www.additivefactoryhub.com/

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