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L'Usine Santé

Les pilules de 3e génération, ou l’art du grand cafouillage

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Analyse Alors que leur rôle pourrait être mis en cause dans l’affaire Mediator, les autorités sanitaires ont voulu prendre les devants pour éviter que les pilules de troisième génération ne deviennent un nouveau scandale sanitaire. Pas sans cafouillage…

Les pilules de 3e génération, ou l’art du grand cafouillage © Sunshinecity - Flickr - C.C.

Ce mercredi 9 janvier 2013, une nouvelle réunion doit se tenir entre l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et les professionnels de santé. A l’ordre du jour : la mise en garde contre le "mésusage” des pilules de 3e et 4e génération. Le dernier épisode de l’affaire sanitaire qui défraie la chronique depuis la plainte, mi-décembre, d’une jeune-femme victime d'un accident vasculaire cérébral qu'elle impute à la prise d'une pilule de 3e génération du groupe Bayer (voir encadré).

Le volte-face de l’ANSM

En l’espace de deux semaines, on a assisté à un grand cafouillage du côté des autorités sanitaires. Premier acte : le 1er janvier,  le directeur de l’ANSM envisage de réserver la prescription de ces pilules - accusées d'entraîner un risque de thrombose veineuse (caillot) deux fois supérieur aux pilules de 2e génération - aux seuls spécialistes. Avant de reculer cinq jours plus tard. Car entre temps, il a suscité l’ire des médecins généralistes. Un de leurs syndicats, l'Unof-CSMF, estime en avoir "plus qu'assez que les agences d'Etat en charge de la santé utilisent en permanence la politique du bouc-émissaire pour cacher leur propre incurie et leur absence de réactivité". Ouille…

La mesurette de la ministre de la Santé

Acte deux : l’entrée en scène de la ministre de la Santé. Le 2 janvier, Marisol Touraine décide… d’avancer de six mois le déremboursement des pilules de 3e génération. En septembre dernier, suite à l’avis de la Haute autorité de santé jugeant insuffisant le Service médical rendu de ces pilules, la ministre avait en effet demandé à ce qu’elles soient déremboursées à compter du 30 septembre 2013. Pas de quoi calmer les inquiétudes…

"On ne voit pas comment une mesure de déremboursement, si elle peut être désincitative, supprime tout risque d'effet néfaste que seule l'interdiction peut empêcher", s’est ainsi empressé de souligner l'Unof-CSMF. "Il faut éviter de donner le sentiment que la pilule serait un danger", veut néanmoins relativiser Marisol Touraine. Car depuis la mi-décembre,c’est la panique chez les femmes traitées par ces pilules. A tel point que de nombreux médecins craignent  que les mesures des autorités sanitaires ne jettent la suspicion et la suspension de prise des contraceptifs oraux, provoquant une "vague d'IVG".

L’ombre néfaste du Médiator

Pourtant, dans la très grande majorité des cas, les femmes prennent ces pilules depuis plusieurs années et la question du risque de thrombose veineuse se pose peu car le "surrisque" se manifeste "essentiellement dans les premiers mois" de prise de ce contraceptif, estime le gynécologue-obstétricien Israël Nisand, interrogé par France Info.

Dès lors, comment expliquer le cafouillage des autorités sanitaires dans leur empressement à prendre des mesures ? Un mot peut expliquer beaucoup: Mediator. Il y a deux ans, ce médicament des laboratoires Servier, adjuvant au diabète détourné comme coupe-faim, avait été accusé d’être à l’origine d’au moins 500 décès. Or au fur et à mesure que l’instruction avance et tente d’évaluer la part de responsabilité de Servier (le premier procès, qui s’était ouvert le 14 mai 2012, a été repoussé au 21 mai 2013), pointe le risque pour l’ANSM, qui avait tardé à retirer ce traitement du marché malgré des signaux d’alarme, que sa responsabilité ne soit mise en cause . Le dilemme est donc cruel pour les autorités sanitaires. Un manque de réactivité pourrait leur coûter cher. Mais elles doivent également veiller à ne pas commettre d’erreur de jugement. Pour ne pas remettre en cause, une fois de plus, la confiance des Français dans leurs médicaments. Presqu’une impasse…

Quatre labos visés par 31 plaintes
Bayer n’est pas le seul laboratoire mis en cause dans cette affaire. La première plainte d’une patiente sous pilule de troisième génération vise aussi le directeur général de l’ANSM. Selon les avocats de la jeune femme, les plaintes de 30 autres victimes potentielles devaient être déposées début janvier. Elles viseraient quatre fabricants de pilules de troisième et quatrième générations: Bayer, Schering, Merck et Pfizer. Le pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris devra désormais décider d'une éventuelle ouverture d'enquête préliminaire, d'une information judiciaire ou d'un classement sans suite.

Gaëlle Fleitour

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