Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Energie

Les piles à combustible tissent leur réseau en Amérique du Nord

Publié le

Une industrie de la pile à combustible se met en place au Canada et aux Etats-Unis. Grâce à un positionnement technologique et commercial habile, elle tire profit des investissements qui se font dans le monde.

Mississauga, banlieue ouest de Toronto. Avec 8 000 mètres carrés, 130 salariés et un carnet de commandes rempli : le site canadien d'Hydrogenics ressemble à une usine comme les autres. Si ce n'était sa production. Sur les bancs de tests et d'assemblage sont fabriquées, ce qui, ailleurs, n'est encore qu'une curiosité de laboratoire, des piles à combustibles. Déficitaire, comme toutes les sociétés du secteur, Hydrogenics affiche déjà 26 millions de dollars (américains) de chiffre d'affaires. Et ce n'est pas un exemple isolé. En Amérique du Nord, les piles à combustibles, ces systèmes qui génèrent de l'électricité à partir d'hydrogène liquide ou gazeux, se rapprochent de l'ère industrielle.

Les chiffres le prouvent. Selon une étude de Pricewaterhouse Coopers, publiée le 28 septembre, à 243 millions de dollars, le chiffre d'affaires des 18 principales sociétés cotées de piles à combustibles ou intégrateurs de systèmes aux Etats-Unis et au Canada a bondi de 20 % en 2003. Soit un doublement depuis 2001 ! Dans cette économie de type start-up, les pertes cumulées restent abyssales à 367 millions de dollars, même si elles ont reculé de 10,6 % l'an dernier. Pourtant, « certains industriels approchent la rentabilité », prédit John Webster, co-auteur de l'étude présentée sur le salon Hydrogène & piles à combustible 2004 de Toronto. Pour lui, « les premiers à sortir du rouge seront certainement des fabricants de réservoirs d'hydrogène comme le canadien Dynetek à Calgary (14,6 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2003 et 3,5 millions de pertes), et ceux qui, comme Hydrogenics, fabriquent, outre les piles, des bancs d'essai. »

Très en amont du secteur, le positionnement de cette filière nord-américaine a été habile. Membranes, réservoirs ou piles de base - le « stack » - sont devenus des spécialités au fort accent américain ou canadien vendues partout dans le monde. La grande majorité des bus à hydrogène européens fonctionnent ainsi avec des piles Ballard, chef de file du secteur implanté au Canada - mais dont les principaux actionnaires sont Ford et DaimlerChrysler. Dans les systèmes stationnaires de production d'énergie, les grands conglomérats japonais comme Marubeni ont passé des accords avec l'américain FuelCell Energy. Autre exemple, United Technologies propulsera bientôt des prototypes de véhicules Hyundai.

Le choix des marchés a, lui aussi, été assez adroit. Après le mirage, durant les années 90, d'un développement rapide d'automobiles de série à hydrogène, les acteurs ont su vite s'orienter vers des marchés de niche. Cibles désormais visées : les véhicules de flotte, chariots élévateurs ou petits utilitaires, telles les camionnettes développées par Hydrogenics et John Deere, ainsi que les petits systèmes de pro- duction d'hydrogène délocalisés comme ceux du canadien Stuart Energy. Idem pour les alimentations électriques sécurisées, un domaine dans lequel Ballard a présenté sur le salon de Toronto une application avec le fabricant français d'onduleurs MGE UPS. Repli opportuniste ? « Notre métier de base reste l'automobile, mais nous travaillons aussi pour d'autres secteurs comme l'énergie dès qu'il y a des partenaires intéressés », assure David Smith, directeur financier de Ballard, qui ne fabrique encore que quelques centaines de systèmes par an pour un chiffre d'affaires de 120 millions de dollars et ... 125 millions de dollars de pertes nettes. L'entreprise n'en pèse pas moins près de 1 milliard de dollars au Nasdaq !

Un secteur très subventionné

Le plus étonnant est que les start-up de l'économie de l'hydrogène, puissent encore se permettre de perdre de l'argent ! En coulisses, les subventions pleuvent. Le Canada investit 40 à 50 millions de dollars par an dans des programmes de développement. Aux Etats-Unis, le budget fédéral de soutien au développement de projets liés aux piles à combustible et à l'hydrogène sera de 228 millions de dollars en 2005, soit 69 millions de plus qu'en 2004 ! « La seule restriction de ces financements est de rester focalisé sur certaines technologies, notamment celle des membranes à échange de protons, ce qui est parfois pénalisant sur certains projets », décrypte un salarié de la société américaine Ovonic FCC, a propos de développements financés notamment par le ministère de l'Energie (DoE) aux Etats-Unis. « Même si c'est sans doute du dumping, l'effet de ces financements est de structurer la filière autour de quelques entreprises et quelques technologies », analyse avec envie un patron d'un des rares fabricants en Europe. Un continent où les acteurs restent, avant tout, des laboratoires qu'ils soient publics ou qu'ils dépendent de grands groupes tel Siemens.

Le résultat de ces soutiens se traduit aussi dans le prix des équipement. Le coût d'une pile à combustible se situe aujourd'hui entre 5 000 et 2 000 dollars du kilowatt. Deux fois moins qu'il y a encore trois ans ! « Si on continue à réduire le nombre de pièces constitutives des piles et à travailler avec des matériaux moins coûteux, on peut encore gagner un ordre de grandeur » anticipe David Smith. Objectif ultime : « jouer sur les économies d'échelle et approcher des 50 dollars par kilowatt, l'équivalent au prix des moteurs thermiques pour véhicules. »

Forte concurrence du Japon

Dans cette course, l'Amérique du Nord a un gros rival de l'autre côté du Pacifique. Au Japon, de grands groupes fourbissent leurs armes. Certains ont pris une longueur d'avance, surtout sur les marchés de l'électronique. Après 10 années de recherches, Toshiba va commercialiser à la fin de cette année la première pile à combustible pour ordinateur portable. Fujitsu et Casio travaillent aussi sur des composants de piles miniaturisés. Signe de l'état d'avancement de ces projets, la Commission électrotechnique internationale a annoncé le 31 août le lancement de la première norme internationale de sécurité pour les éléments de piles à combustibles grand public. « L'électronique va très vite dans ce domaine, profitant de cycles de développements courts », explique Ged Mc-Lean, créateur d'Angstrom Power, l'une des seules jeunes pousses canadiennes avec Tekion Solutions à se concentrer sur ces micropiles. Côté automobile, Nissan a annoncé en juillet qu'il allait développer sa propre pile d'ici à 2007. En août, Honda précisait qu'il avait réussi à mettre au point le premier scooter à hydrogène.

Toyota attend son heure. Mieux : le gouvernement japonais a investi 270 millions d'euros en 2003 dans ce secteur. Un record. « Il y a une vraie lutte pour le leadership entre Amérique du Nord et Japon », résume Patrick Schnell, en charge du développement des énergies nouvelles pour Total en Allemagne. Au vu des soutiens publics, des positions prises par chacun et des marchés potentiels, elle se fera à couteaux tirés.

Mississauga, banlieue ouest de Toronto. Avec 8 000 mètres carrés, 130 salariés et un carnet de commandes rempli : le site canadien d'Hydrogenics ressemble à une usine comme les autres. Si ce n'était sa production. Sur les bancs de tests et d'assemblage sont fabriquées, ce qui, ailleurs, n'est encore qu'une curiosité de laboratoire, des piles à combustibles. Déficitaire, comme toutes les sociétés du secteur, Hydrogenics affiche déjà 26 millions de dollars (américains) de chiffre d'affaires. Et ce n'est pas un exemple isolé. En Amérique du Nord, les piles à combustibles, ces systèmes qui génèrent de l'électricité à partir d'hydrogène liquide ou gazeux, se rapprochent de l'ère industrielle.

Les chiffres le prouvent. Selon une étude de Pricewaterhouse Coopers, publiée le 28 septembre, à 243 millions de dollars, le chiffre d'affaires des 18 principales sociétés cotées de piles à combustibles ou intégrateurs de systèmes aux Etats-Unis et au Canada a bondi de 20 % en 2003. Soit un doublement depuis 2001 ! Dans cette économie de type start-up, les pertes cumulées restent abyssales à 367 millions de dollars, même si elles ont reculé de 10,6 % l'an dernier. Pourtant, « certains industriels approchent la rentabilité », prédit John Webster, co-auteur de l'étude présentée sur le salon Hydrogène & piles à combustible 2004 de Toronto. Pour lui, « les premiers à sortir du rouge seront certainement des fabricants de réservoirs d'hydrogène comme le canadien Dynetek à Calgary (14,6 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2003 et 3,5 millions de pertes), et ceux qui, comme Hydrogenics, fabriquent, outre les piles, des bancs d'essai. »

Très en amont du secteur, le positionnement de cette filière nord-américaine a été habile. Membranes, réservoirs ou piles de base - le « stack » - sont devenus des spécialités au fort accent américain ou canadien vendues partout dans le monde. La grande majorité des bus à hydrogène européens fonctionnent ainsi avec des piles Ballard, chef de file du secteur implanté au Canada - mais dont les principaux actionnaires sont Ford et DaimlerChrysler. Dans les systèmes stationnaires de production d'énergie, les grands conglomérats japonais comme Marubeni ont passé des accords avec l'américain FuelCell Energy. Autre exemple, United Technologies propulsera bientôt des prototypes de véhicules Hyundai.

Le choix des marchés a, lui aussi, été assez adroit. Après le mirage, durant les années 90, d'un développement rapide d'automobiles de série à hydrogène, les acteurs ont su vite s'orienter vers des marchés de niche. Cibles désormais visées : les véhicules de flotte, chariots élévateurs ou petits utilitaires, telles les camionnettes développées par Hydrogenics et John Deere, ainsi que les petits systèmes de pro- duction d'hydrogène délocalisés comme ceux du canadien Stuart Energy. Idem pour les alimentations électriques sécurisées, un domaine dans lequel Ballard a présenté sur le salon de Toronto une application avec le fabricant français d'onduleurs MGE UPS. Repli opportuniste ? « Notre métier de base reste l'automobile, mais nous travaillons aussi pour d'autres secteurs comme l'énergie dès qu'il y a des partenaires intéressés », assure David Smith, directeur financier de Ballard, qui ne fabrique encore que quelques centaines de systèmes par an pour un chiffre d'affaires de 120 millions de dollars et ... 125 millions de dollars de pertes nettes. L'entreprise n'en pèse pas moins près de 1 milliard de dollars au Nasdaq !

Un secteur très subventionné

Le plus étonnant est que les start-up de l'économie de l'hydrogène, puissent encore se permettre de perdre de l'argent ! En coulisses, les subventions pleuvent. Le Canada investit 40 à 50 millions de dollars par an dans des programmes de développement. Aux Etats-Unis, le budget fédéral de soutien au développement de projets liés aux piles à combustible et à l'hydrogène sera de 228 millions de dollars en 2005, soit 69 millions de plus qu'en 2004 ! « La seule restriction de ces financements est de rester focalisé sur certaines technologies, notamment celle des membranes à échange de protons, ce qui est parfois pénalisant sur certains projets », décrypte un salarié de la société américaine Ovonic FCC, a propos de développements financés notamment par le ministère de l'Energie (DoE) aux Etats-Unis. « Même si c'est sans doute du dumping, l'effet de ces financements est de structurer la filière autour de quelques entreprises et quelques technologies », analyse avec envie un patron d'un des rares fabricants en Europe. Un continent où les acteurs restent, avant tout, des laboratoires qu'ils soient publics ou qu'ils dépendent de grands groupes tel Siemens.

Le résultat de ces soutiens se traduit aussi dans le prix des équipement. Le coût d'une pile à combustible se situe aujourd'hui entre 5 000 et 2 000 dollars du kilowatt. Deux fois moins qu'il y a encore trois ans ! « Si on continue à réduire le nombre de pièces constitutives des piles et à travailler avec des matériaux moins coûteux, on peut encore gagner un ordre de grandeur » anticipe David Smith. Objectif ultime : « jouer sur les économies d'échelle et approcher des 50 dollars par kilowatt, l'équivalent au prix des moteurs thermiques pour véhicules. »

Forte concurrence du Japon

Dans cette course, l'Amérique du Nord a un gros rival de l'autre côté du Pacifique. Au Japon, de grands groupes fourbissent leurs armes. Certains ont pris une longueur d'avance, surtout sur les marchés de l'électronique. Après 10 années de recherches, Toshiba va commercialiser à la fin de cette année la première pile à combustible pour ordinateur portable. Fujitsu et Casio travaillent aussi sur des composants de piles miniaturisés. Signe de l'état d'avancement de ces projets, la Commission électrotechnique internationale a annoncé le 31 août le lancement de la première norme internationale de sécurité pour les éléments de piles à combustibles grand public. « L'électronique va très vite dans ce domaine, profitant de cycles de développements courts », explique Ged Mc-Lean, créateur d'Angstrom Power, l'une des seules jeunes pousses canadiennes avec Tekion Solutions à se concentrer sur ces micropiles. Côté automobile, Nissan a annoncé en juillet qu'il allait développer sa propre pile d'ici à 2007. En août, Honda précisait qu'il avait réussi à mettre au point le premier scooter à hydrogène.

Toyota attend son heure. Mieux : le gouvernement japonais a investi 270 millions d'euros en 2003 dans ce secteur. Un record. « Il y a une vraie lutte pour le leadership entre Amérique du Nord et Japon », résume Patrick Schnell, en charge du développement des énergies nouvelles pour Total en Allemagne. Au vu des soutiens publics, des positions prises par chacun et des marchés potentiels, elle se fera à couteaux tirés.

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle