Les pièces détachées auto sous l'oeil de l’Autorité de la concurrence

L'organisme s'inquiète de la flambée de la réparation des pannes facturées par les garages, et du prix des pare-chocs, rétroviseurs et autres composants de voiture. Elle a donc décidé d’ouvrir une enquête. Si l'abus de position dominante des constructeurs automobiles est constaté, ils pourraient écoper de lourdes sanctions.

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Les pièces détachées auto sous l'oeil de l’Autorité de la concurrence

L'annonce de l'enquête a été faite en début de semaine. L’Autorité de la concurrence "s’est auto-saisie pour identifier d’éventuels dysfonctionnements de concurrence" sur l'approvisionnement des pièces détachées et leur commercialisation. Sont concernés les garagistes bien sûr, mais aussi toute la filière en amont qui alimente ces garagistes.

L'Autorité est pour le moins surprise par l’inflation des coûts d’entretien et de réparation automobile. Selon elle, les tarifs ont effet augmenté de 35 % entre 1998 et 2007. "Soit deux fois et demie l'inflation", notel'Autorité. "Cette inflation des tarifs s'est traduite pour les Français par une hausse de leurs dépenses de réparation et d'entretien de plus de 50 %, qu'ils paient directement ou par l'intermédiaire de leurs primes d'assurance", poursuit-elle.

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Une réalité constatée dans les garages. "Chaque année, même plusieurs fois par an, il y a des augmentations sur les pièces détachées", confirme auprès de L’Usine Nouvelle un réparateur agent Peugeot du nord de la France. "La hausse est flagrante. Je les subis plus que je me l’explique", poursuit-il, "il y en a trop à mon goût". "En effet, ça a beaucoup augmenté", admet également le chef d’atelier du garage Sully en région parisienne, contacté par L’Usine Nouvelle. Indépendant, son garage est spécialisé BMW.

Faut-il voir dans cette inflation rapide un effet de la hausse du coût des matières premières, de l’acier, du plastique ? Pas vraiment. Les prix des voitures (+ 8 % sur la période) n’ont pour ainsi dire pas explosé. Le chef d’atelier du garage Sully attribue pour sa part la hausse des prix à la nouvelle "technicité des pièces" et aux "nouvelles contraintes de réglementation". "Pour la climatisation, une nouvelle norme anti-pollution nous oblige à former nos salariés sur la traçabilité du gaz r134", illustre-t-il. "Nous devons nous faire contrôler par un organisme indépendant, que nous payons", explique-t-il. "Soit un coût supplémentaire de 2500 euros".

Reste que l’Autorité de la concurrence suspecte autre chose. Elle cherche à savoir si ce marché de la réparation est réellement concurrentiel. En d’autres termes, elle se demande si les grandes marques que sont Renault, Peugeot, Fiat ou BMW par exemple, ne favorisent pas leur propre réseau, au détriment des indépendants, des artisans, et des enseignes comme Midas et Speedy. Les réseaux agréés captent aujourd’hui plus de 83 % du marché de la réparation.

"on se débrouille, sinon c’est trop cher"

Premier moyen anti-concurrentiel : la rétention d’informations. Avec la banalisation de l’électronique dans les véhicules, le garagiste doit avoir recours à un logiciel spécifique mis au point par le constructeur. Un logiciel de détection des pannes que certains constructeurs ne mettent à la disposition que de leurs réseaux agréés.

"En 2007, Citroën a par exemple été épinglé pour ne pas avoir permis aux indépendants d’accéder aux informations techniques qui permettent de détecter les pannes", indique l’Autorité de la concurrence. Une pratique qui perdure aujourd’hui. "C’est 5 euros la demi-heure pour accéder à une information", confie le chef d’atelier du garage Sully. "Dès qu’on en veut une autre, c’est encore 5 euros. A la fin de la journée ça fait beaucoup ! Alors on se débrouille, on passe par le biais de nos connaissances, sinon c’est trop cher".

Autre moyen de pression sur les indépendants : la rétention de pièces détachées de carrosserie telles que les vitres ou les ailes. La France, contrairement à ses voisins belge, espagnol ou allemand, n’a en effet pas libéralisé ce marché. "Une loi en France dit qu’un monopole des marques s’exerce sur la carrosserie, les ailes etc.", indique le réparateur agent Peugeot frontalier de la Belgique interrogé par L’Usine Nouvelle. Dès lors, "les constructeurs font ce qu’ils veulent avec les prix".

Selon l’UFC-Que choisir par exemple, les pièces de Peugeot 206 coûteraient moitié moins cher en Allemagne. Quant aux pièces généralistes telles que les filtres à huile, la différence est flagrante. Le site belge www.repar.be se targe, lui, d’être "reconnu pour vendre des pièces automobiles jusque70% moins cher que l'origine".

Les pièces détachées sont un marché très juteux pour les constructeurs automobiles, qui en tirent un tiers de leur rentabilité : "En 2006, les pièces détachées ont contribué à la rentabilité des constructeurs automobiles à hauteur de 33 %, alors qu'en moyenne, elles ne représentent qu'environ 10 % de leur chiffre d'affaires global", note l'Autorité.

Les résultats de l'enquête seront connus "en mars 2012". Pour l’instant, il s’agit simplement d’une veille concurrentielle. Mais si des "abus de position dominante" ou des "ententes sur les prix" sont constatés, l’Autorité peut passer à une action de contentieux. A la clé, de lourdes amendes pour les constructeurs. En septembre 2010, elle avait condamné les banques françaises à une amende de 385 millions d’euros pour entente en matière de commissions interbancaires sur les chèques.

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