Les pays de l’Est, entre concurrence et opportunités

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Entretien Certains pays de l’Est ont renforcé leur présence au salon Midest 2010, avec une offre qui monte en qualité technique. Des pays qui représentent aussi un potentiel d’investissement non négligeable pour les entreprises françaises.

Les pays de l’Est, entre concurrence et opportunités

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En partenariat avec Industrie Explorer

La quarantième édition du Midest, le principal rendez-vous mondial de la sous-traitance industrielle qui s’est tenue du 2 au 5 novembre à Paris Nord, a bien reflété le contexte économique actuel qui marque une reprise timide de l’activité industrielle. Les chiffres sont restés presque stables par rapport à l’édition précédente avec une augmentation de 3 % de la surface occupée, de 1,5 % de ses exposants et de 1,8 % de ses visiteurs.

Phénomène marquant, certains pays de l’Est ont renforcé leur présence. La Bulgarie est ainsi revenue avec un pavillon propre et la République Tchèque a doublé le nombre de ses participants par rapport au Midest 2009. D’autres accusent encore le coup de la crise. C’est le cas de la Hongrie dont la participation est restée stable et surtout de la Pologne, qui a fortement réduit le nombre de ses représentants.
 
La qualité technique de l’offre de ces pays monte en qualité. Comme le démontrait AM Grup, une des seize entreprises roumaines qui ont fait le voyage au salon de Paris. Spécialisée dans la fabrication des structures mécano-soudées de grandes dimensions, cette PME située à Bistrita, une petite ville au nord de la Roumanie, emploie une trentaine de personnes dont le salaire moyen se situe entre 500 et 1000 euros. La plus grande partie de son chiffre d’affaires, 2 millions d’euros en 2009, est réalisé à l’exportation en Italie, Russie, mais aussi aux Etats-Unis et en la France. « Nous travaillons pour des grands groupes industriels, explique Stefan Parau-Duhan, pdg de cette entreprise. Nous avons fabriqué, par exemple, les structures mécaniques pour les installations robotisées de rivetage utilisées par Boeing. » L’entreprise vient de s’équiper en 2009 avec un centre d’usinage de grandes dimensions du constructeur américain WMW, un investissement de 1,5 millions d’euros. Un nouveau centre d’usinage à portique complétera bientôt le dispositif de production de l’entreprise. « Il s’agit d’une machine multifonction dotée d’une tête capable de fraiser, de tourner et de percer », précise ce passionné du travail bien fait. Un investissement d’1 million d’euros réalisé grâce aux fonds européens.
 
Les pays de l’Est ne sont pas cependant qu’un concurrent pour les industriels français. Ils représentent aussi un potentiel d’investissement non négligeable qui se trouve à proximité. Agriculture, infrastructures, santé, tourisme… tout reste à faire dans des pays comme la Bulgarie et la Roumanie. Comme l’explique ci-dessous pour l’Usine Nouvelle, le chef de la représentation diplomatique roumaine en France, Bogdan Mazuru. Diplômé de l’Institut polytechnique de Bucarest, il a été auparavant ambassadeur de Roumanie en Allemagne.
 
L’Usine Nouvelle : Vous êtes depuis septembre dernier, l’ambassadeur de la Roumanie en France. La crise a-t-elle affecté les relations économiques entre les deux pays ?
Bogdan Mazuru. - Après une chute en 2009, les échanges commerciaux entre la France et la Roumanie ont augmenté de 25% au cours des sept premiers mois de cette année, totalisant 3,4 milliards d’euros. La France consolide ainsi sa place de troisième partenaire commercial de la Roumanie, derrière l’Allemagne et l’Italie. A remarquer aussi la croissance plus rapide pendant la même période, des exportations roumaines vers la France. Ce qui a changé sensiblement la balance commerciale entre les deux pays. La Roumanie bénéficie d’un excèdent de 190 millions d’euros alors qu’elle accusait un déficit de 92 millions d’euros sur les sept premiers mois de 2009.
 
Comment appréciez-vous le niveau des investissements français en Roumanie ?
Au 31 juillet 2010, 6388 sociétés à capital français étaient enregistrées en Roumanie. La présence de la France prend de nombreuses autres formes. Comme celle des acquisitions d’entreprises roumaines. Troisième investisseur en Roumanie, la France se remarque dans des domaines comme les télécommunications (Alcatel, Orange), la construction de machines (Alstom), les matériaux de construction (Lafarge, Saint-Gobain)… Et bien sûr, la fabrication d’automobiles avec le succès que connaît la famille Logan produite par Automobile Dacia (Groupe Renault). Un exemple de privatisation exemplaire que nous aimerions multipier.
 
La Roumanie a été frappée de plein fouet par la crise et est passée d’une croissance du Produit intérieur brut (PIB) de 8 % en 2008 à une baisse de 7% l’année dernière. Que prévoyez-vous pour cette année ainsi que pour 2011 ?
Les analystes du Fond monétaire international tablent sur une baisse du PIB d’environ 2% en 2010 et une croissance de 1,5/2% l’année prochaine. Le gouvernement roumain a été contraint de prendre des mesures d’austérité sans précèdent, parmi les plus sévères en Europe, pour faire face à ses dépenses budgétaires.
 
Quels sont les obstacles qui subsistent…
Les 21 millions de Roumanie aspirent au même niveau de vie que les habitants des autres pays occidentaux. Autrefois grenier de l’Europe, la Roumanie a aujourd’hui une agriculture sous-développée. Il faut la moderniser, ce qui n’est pas une mince affaire. C’est vrai aussi pour la santé, les infrastructures - le pays ne compte que 300 km d’autoroute -, les services urbains, le traitement de l’eau par exemple. Il faut aussi veiller au niveau de l’enseignement pour pouvoir pérenniser une main d’œuvre bien formée. Nous devons faire un effort pour simplifier nos procédures d’accès et assurer la formation de managers des entreprises intéressées, surtout ceux de PME. Il faut aussi mettre encore plus à profit l’expertise européenne. Enfin, les fonds européens supposent un cofinancement assuré par des entreprises roumaines qui ont un projet.
 
Propos recueillis par Mirel Scherer
 
 
  

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