"Les patrons qui ratent leur coup se cachent au fond du bois", regrette Philippe Rambaud

60 000. C’est le nombre de sociétés qui déposent le bilan chaque année en France. Philippe Rambaud a monté une association qui aide les entrepreneurs à se relever après l’échec, 60 000 rebonds. Ancien de chez Danone, il a lui-même monté une PME qui a fait faillite en 2008. Mais il ne s’est pas laissé abattre et a fondé la même année une SARL spécialisée dans le conseil, Dual Développement. Il a participé à la conférence "Tomber et se relever" le 29 août au matin, à l’Université d’été du Medef. Interview.

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L’Usine Nouvelle - Monter son entreprise, c’est prendre le risque d’échouer. En France, est-ce que les entrepreneurs apprennent à tomber ?

Philippe Rambaud - Non ! Ici, échouer est tabou, les patrons qui ratent leur coup se cachent au fond du bois. Ils ont honte. Mais cela ne se limite pas à entrepreneuriat : même dans les grosses entreprises françaises, personne ne parle de l’échec. Une opération marketing qui fait chou blanc, on l’enterre au fond du placard au lieu de l’analyser pour en tirer les leçons qui s’imposent.

La culture du risque est bien plus présente aux États-Unis par exemple. Lorsque je travaillais dans la première entreprise que j’ai montée, je suis allé là-bas rencontrer des business angels pour lever des fonds. Ils m’ont demandé si j’avais déjà déposé le bilan. Je leur ai répondu par la négative. Va te casser la gueule une fois ou deux et après, reviens nous voir ! Cette réponse m’a beaucoup surpris. Elle est pourtant logique : les enfants apprennent à marcher en tombant par terre.

Pensez-vous qu’en France, l’échec n’est pas enseigné à l’école ?

Je donne des cours à HEC, entre autre. Cette année, c’est la première fois qu’une journée de cours sur la faillite est organisée ! Les étudiants des écoles de commerce sont intimement persuadés qu’ils vont échapper à l’échec, alors que c’est une très forte probabilité pour ceux qui vont monter leur entreprise.

Pendant ces cours, nous leur apprenons des choses assez basiques, mais qu’ils ne savent pas. Lorsque l’on monte un projet, il ne faut jamais donner de caution personnelle à sa banque par exemple. Un entrepreneur qui se lance peut prendre une assurance chômage privée, pour toucher des indemnités lorsqu’il fait faillite, comme un salarié. J’en avais une quand j’ai monté mon premier projet, mais lorsque je le dis à des entrepreneurs que je rencontre, ils ouvrent de grands yeux. Je leur demande aussi s’ils ont un plan B : si ta PME fait faillite, tu fais quoi ? Mieux vaut penser à une solution alternative avant de se retrouver au pied du mur.

Comment développer une culture du risque hexagonale ?

Aux États-Unis, les grands patrons racontent leurs échecs. Steve Jobs, par exemple, disait souvent qu’il avait trébuché dans son histoire professionnelle. En France, cela n’arrive jamais. Mais si un chef d’entreprise hexagonale racontait, devant tous les médias du pays, comment il est tombé et surtout comment il s’est relevé, cela ferait bouger les mentalités.

De manière plus pragmatique, il faudrait aussi faire évoluer certains mécanismes qui empêchent les entrepreneurs de rebondir.

Vous pensez que l’État doit se mobiliser sur cette question ?

Oui, et il commence à le faire. François Hollande s’est engagé à mettre fin au fichage des entrepreneurs qui ont fait faillite par la banque de France. Cette institution attribue des notes qualitatives aux sociétés, en fonction de leurs résultats. Lorsque votre entreprise n’a jamais eu de problèmes, vous êtes noté 000. Lorsque vous avez déposé le bilan une fois, vous passez à 0,40. Deux fois, 0,50 et ainsi de suite. Lorsque vous allez voir une banque, il lui suffit de taper le numéro Siret de votre ancienne entreprise pour connaître votre profil. Si vous êtes 0,40, vous êtes dangereux. Elle ne vous ouvre donc pas de compte. Impossible d’acheter un ordinateur et un téléphone portable pour relancer une activité. Ce système va être abrogé, c’est un vrai pas en avant.

Quels autres mécanismes pourraient évoluer pour favoriser le rebond des entrepreneurs ?

Nous réfléchissons à une assurance chômage pour les entrepreneurs qui ne soit pas trop chère. Aujourd’hui, des produits existent, mais ils sont dispendieux, car ils garantissent au patron qu’il touchera 80% de ses anciens revenus en cas de faillite. Un système qui assurerait l’équivalent d’un smic pourrait intéresser de nombreux chefs d’entreprises.

Lélia de Matharel

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