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Les patrons français divisés face à la chine

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Publié le

Enquête Bruxelles a ouvert deux enquêtes anti-dumping contre la Chine. L’Allemagne s’y oppose, mais la France, par crainte de représailles, est partagée.

Les patrons français divisés face à la chine
Dominique Seau PDG d’Eminence

Les entreprises citées

Un coup de maître. Il n’a fallu que quelques heures au Premier ministre chinois, Li Keqiang, en visite officielle à Berlin, pour faire éclater le front commun de l’Union européenne face aux pratiques commerciales chinoises. Angela Merkel a promis que l’Allemagne refuserait la mise en place de taxes anti-dumping sur les importations de panneaux photovoltaïques, réclamées par le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht. Sous la pression de ses industriels, notamment la puissante fédération du BDI, elle espère ainsi que ses exportations de machines-outils et de voitures échapperont aux représailles chinoises.

"Nous devrions faire bloc. Imposer des taxes était un levier de négociation. Nous venons de perdre notre crédibilité", se désole un conseiller à Bercy. Raté. À Bruxelles, le changement est pourtant notable. Après des années de "naïveté", la Commission a décidé de montrer les muscles en ouvrant coup sur coup deux enquêtes ultra sensibles pour Pékin, sur le photovoltaïque et sur les équipementiers télécoms. Un tournant ? Avec deux ans de retard, la Commission ne fait qu’emboîter le pas aux États-Unis, qui ont déjà pris des mesures pour freiner la concurrence de la Chine dans ces deux secteurs.

La Chine, cible préférée de l’UE

  • 19 nouvelles mesures anti-dumping lancées par Bruxelles en 2012
  • 7 procédures concernent la Chine, qui est le premier pays visé
  • Au total, 112 mesures ont été prises par l’UE, moins que les États-Unis (282) et autant que la Chine (114)

C’est déjà trop pour les industriels allemands. En France, les patrons avancent en ordre dispersé. Faut-il hausser le ton face aux pratiques de concurrence déloyale chinoises ? "L’Afep [Association française des entreprises privées] n’a pas de position unanime sur le sujet tant les intérêts sont divergents entre les industriels", reconnaît un grand patron. L’offensive de Karel de Gucht ne trouve pas beaucoup de soutiens manifestes auprès des grandes entreprises bien implantées en Asie. "Les tarifs douaniers sont un frein au déploiement du marché du solaire. 80% des cellules sont fabriquées en Chine, ce qui a permis une baisse significative de leurs coûts", constate Luc Themelin, le président du directoire de Mersen, qui fournit les fabricants locaux de cellules photovoltaïques.

Surtout, pas question de se froisser avec un pays, qui est aussi un formidable marché, alors qu’en Europe, la croissance stagne. Pernod Ricard, qui réalise 12% de son chiffre d’affaires en Chine, n’a pas grand-chose à reprocher à Pékin. "La Chine a joué remarquablement le jeu de l’OMC ces dernières années, en ouvrant – plus que l’Inde notamment – ses frontières aux entreprises étrangères", plaide Pierre Pringuet, son directeur général. Le groupe de spiritueux vient même d’obtenir des autorités chinoises la reconnaissance d’une appellation géographique protégée du champagne. Pour le fabricant, qui ne veut pas perdre son deuxième marché mondial, "cette taxe anti-dumping serait une très mauvaise idée. Elle risquerait d’avoir des répercussions sur les exportations françaises, notamment de vins et spiritueux."

Mesures de rétorsion ou "intox"

Il n’est pas le seul. Pour poursuivre les équipementiers télécoms chinois soupçonnés de vendre à perte et de recevoir des aides d’État, la Commission européenne a dû dégainer une procédure inédite, sans avoir reçu de plaintes préalables. Aucun des équipementiers européens, Alcatel-Lucent, Ericsson et Nokia Siemens Network, n’a accepté de témoigner à Bruxelles, de peur de voir les portes du marché chinois se fermer. "Nous conservons l’espoir que les différentes parties trouvent une solution au profit de l’Union européenne", commente laconiquement un porte-parole d’Alcatel-Lucent. Même la ministre déléguée au Numérique, Fleur Pellerin, tempère : "Nous n’avons pas intérêt à placer des barrières, car les opportunités de marché pour les équipementiers télécoms sont aussi en Chine."

Les craintes, il est vrai, ne sont pas infondées. Piqué au vif, Pékin a aussitôt réagi en brandissant ses propres mesures anti-dumping contre les tubes sans soudure ou le perchloroéthylène dans la chimie. Touché, Vallourec minimise pourtant l’impact immédiat sur un produit qui représente moins de 1% de son chiffre d’affaires. D’autant que le groupe, qui inaugure le 6 juin une nouvelle usine à Guangzhou, espère ne pas être exclu de la fourniture des tubes de générateur de vapeur présents dans les centrales nucléaires, un marché stratégique.

"C’est une manière de faire de l’intox, cela ne veut pas dire que des mesures réelles seront prises ensuite. Car il faut alors monter des dossiers et apporter des preuves", relativise Pascal Perrochon, le responsable des affaires internationales de l’union des industries chimiques (UIC). Pour les chimistes, inutile donc d’être trop conciliant. "0,25% des importations européennes sont soumises à des différends commerciaux. Ce n’est pas cela qui va plomber les échanges entre les deux zones", estime encore l’UIC. Le commissaire Karel de Gucht a des alliés parmi les industriels français. "La Chine est à la fois un danger et un aiguillon", reconnaît Marc-Antoine Jamet, le président de la Cosmetic Valley, qui voit défiler des industriels chinois déterminés à créer des champions de la cosmétique.

Ce que les patrons pensent des taxes anti-dumping

Geoffroy Roux de Bézieux Candidat à la présidence du Medef  "Il ne faut pas faire des procédures pour le plaisir. Mais si on identifie un problème, il faut tenir, car sinon nous ne sommes pas crédibles."

Pierre Gattaz Candidat à la présidence du Medef  "L’Europe doit être ouverte, pas offerte. Mais il faut que le jeu soit loyal et que les règles du jeu soient respectées."

Bruno Grandjean PDG de Redex  "Les États-Unis ont pris des mesures anti-dumping et cela ne les empêche pas de faire du business avec la Chine. L’Europe doit se faire respecter, sans tomber dans le protectionnisme."

Dominique Seau PDG d’Eminence "Il ne faut pas être naïf. Il faut négocier de la réciprocité et prendre en compte les barrières non douanières qui existent chez nos partenaires."

Les limites de la négociation

Les aides à l’exportation ou l’accès quasi illimité au crédit dont profitent certains industriels chinois irritent les fabricants français. À la tête de l’opérateur virtuel Omea Telecom, Geoffroy Roux de Bézieux en est persuadé : "Les offres que j’ai eues de deux équipementiers chinois me laissent penser qu’elles étaient subventionnées." Dans l’informatique, Philippe Vannier, le PDG de Bull, est sur la même ligne. "Huaweï est un acteur redoutable, parce qu’il peut acheter le marché qu’il vise, assécher les concurrents et ensuite faire ce qu’il veut. Pour l’instant, il s’attaque plutôt à des sociétés comme Alcatel. Mais il n’est pas loin de nous", s’inquiète l’industriel.

La négociation a surtout montré ses limites. Depuis son adhésion à l’OMC en 2001, la Chine n’a pas levé toutes les barrières à l’accès des entreprises étrangères comme promis. La chambre de commerce européenne en Chine chiffre à 17,5 milliards d’euros le manque à gagner et estime que 45% des entreprises ont perdu des opportunités dans ce pays à cause des barrières à l’entrée et de la réglementation, défavorable aux entreprises non chinoises. Les appels d’offres publics sont ainsi fermés aux marques de voitures occidentales. Quant aux industriels qui s’implantent, ils sont tenus de faire des joint-ventures à 49%.

"L’Europe doit se faire respecter sur le dumping, mais aussi le contrôle de la propriété intellectuelle ou les obligations de joint-venture. Avec 140 milliards d’euros d’excédent commercial de la Chine face à l’Europe, ces obstacles n’ont plus lieu d’être", soutient Bruno Grandjean, le PDG de Redex.

Pour contrer le dumping, les barrières douanières ne sont pas les seules armes qui existent. "On peut s’organiser en Europe sans que cela prenne la forme d’une taxe. Les normes permettent également de réduire la concurrence déloyale et cela émeut moins nos partenaires chinois, c’est moins visible", estime Vincent Touraille, le PDG de PCAS. C’est parce que la concurrence chinoise avait tiré ses prix de vente trop bas que le chimiste a arrêté son activité parfumerie. Alors que certains principes actifs pharmaceutiques, comme le paracétamol, ne sont plus produits en Europe, l’industriel plaide pour un étiquetage qui mentionne l’origine de ceux-ci. Entrée en vigueur en juillet, la directive européenne sur les médicaments falsifiés impose aussi un audit afin de vérifier que la fabrication des principes actifs se conforme bien à la réglementation.

À Bruxelles, la Commission européenne – dont la politique commerciale est une des compétences – n’entend pas fléchir. D’autant que les tensions commerciales risquent encore de s’accentuer, à mesure que l’industrie chinoise monte en gamme et empiète sur les savoir-faire européens. "Notre état d’esprit n’est pas la confrontation. Nous avons tendu la main pour un dialogue, mais cela ne veut pas dire que nous nous interdisons d’utiliser tous les outils dont nous disposons si elle n’est pas saisie", plaide Michel Barnier, le commissaire européen au Marché intérieur, qui veut imposer la réciprocité dans l’accès aux marchés publics. "In fine, la meilleure protection reste de mettre en place une véritable politique industrielle au niveau européen", jure-t-il. La meilleure défense reste l’attaque. 

Deux enquêtes sensibles pour la Chine

  • Panneaux photovoltaïques surtaxés.

La Commission européenne doit décider le 6 juin d’imposer un droit de douane provisoire de 47% sur les panneaux photovoltaïques chinois. En s’attaquant à l’un des fleurons de l’industrie chinoise, qui souffre par ailleurs de fortes surcapacités, Bruxelles frappe un grand coup. Avec 21 milliards d’euros d’importations chinoises annuelles, il s’agit de l’enquête la plus importante jamais ouverte.

  • Huawei et ZTE sous surveillance.

Soupçonnés de bénéficier de subventions, les fournisseurs d’équipements de réseaux chinois sont sous la menace, depuis fin mai, d’une autre enquête de la part de l’Europe. Pour l’instant, la Commission a indiqué que la procédure ne serait réellement lancée que si les négociations préalables avec les autorités de Pékin échouaient.

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