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Les paris de la rédaction pour les entreprises en 2019

Publié le

PARIS (Reuters) - Dans quelles eaux agitées les entreprises françaises et européennes devront-elles naviguer en 2019, quelles seront les grandes ruptures à opérer ou, au contraire, à surmonter ?

Les paris de la rédaction pour les entreprises en 2019
Dans quelles eaux agitées les entreprises françaises et européennes devront-elles naviguer en 2019, quelles seront les grandes ruptures à opérer ou, au contraire, à surmonter ? /Photo prise le 16 mai 2018/REUTERS/Charles Platiau
© CHARLES PLATIAU

Les entreprises citées

Elles devront naturellement accélérer leur mutation en intégrant "big data", blockchain et intelligence artificielle. Mais chaque secteur aura aussi ses propres défis à relever. Les constructeurs auront ainsi à batailler avec Tesla pour le leadership de la voiture autonome, la grande distribution va devoir lutter contre Amazon et les banques se défendre pied à pied face aux ambitions des Gafa dans les moyens de paiement.

En dehors même d'une conjoncture qui s'annonce difficile - avec pêle-mêle la guerre commerciale USA-Chine, le Brexit, les possibles tensions en Europe autour de la dette italienne, le ralentissement de la croissance mondiale, la montée des "populismes" - d'autres menaces planent au-dessus des entreprises françaises, dont la gouvernance a souvent évolué favorablement mais qui reste encore trop souvent marquée par un "entre-soi" dénoncé par les fonds activistes.

Sur ce point, le fonds Elliott n'a pas attendu 2019 pour s'attaquer à sa première proie du CAC 40, le groupe Pernod Ricard, au risque de gâcher le Noël de la famille fondatrice, fermement invitée à améliorer ses marges. La place de Paris bruisse depuis longtemps de rumeurs alarmistes sur une attaque en règle de ces fonds dans l'Hexagone, nous verrons ce que 2019 nous réserve !

Quoi qu'il en soit, voici quelques scénarios réalistes, proposés par les spécialistes sectoriels de la rédaction de Reuters à Paris, sachant que cet exercice n'est pas une science exacte... et que la réalisation de nos prévisions n'est pas garantie !

Jean-Michel Bélot

AÉRONAUTIQUE

par Jean-Michel Bélot et Tim Hepher

AIRBUS-DU PASSÉ FAIRE TABLE RASE, AVEC UN NOUVEAU PRÉSIDENT!

L'année sera marquée par le remplacement en avril de Tom Enders par l'actuel patron de la division avions commerciaux, Guillaume Faury, qui souhaite tourner rapidement la page du passé, marqué par une série de déboires industriels, de luttes de pouvoir et de soupçons de corruption.

Il s'attachera tout particulièrement à ce que le constructeur aéronautique soit capable de gérer sans à-coups la montée en cadence de ses programmes industriels, comme celui de l'A320, et de briser le tabou de la répartition de la production entre le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et l'Espagne, censé garantir l'emploi dans chacun des pays fondateurs.

AF-KLM-UNE NOUVELLE ÉQUIPE, PLUS DIVERSE, AUX COMMANDES

Très affaiblie par une série de conflits en France, Air France-KLM va jouer son destin, avec une nouvelle équipe dirigeante rajeunie qui tranche avec les pratiques passées: un directeur général étranger, le Canadien Ben Smith, considéré comme un véritable expert du secteur, contrairement à certains de ses prédécesseurs, tous français.

Autre première, une femme - Anne Rigail, dont les compétences sont également saluées unanimement - a été choisie pour diriger la compagnie Air France. Enfin, Guillaume Gestas, pilote chez Transavia, a pris la tête du SNPL-AF, le puissant syndicat des pilotes de la compagnie, auparavant dirigé par Philippe Evain, très contesté par sa base.

A moins d'un retour toujours possible aux vieux démons d'Air France - ce qui provoque l'effroi des Néerlandais de KLM - toutes les conditions semblent donc réunies pour un redressement du groupe, qui passera par un remotivation des troupes, une simplification de son organisation - la filiale à coûts réduits Joon est sur la sellette - et une qualité de service nettement améliorée.

AUTOMOBILE, NOUVEAU DÉPART POUR UN SECTEUR À RÉINVENTER

par Gilles Guillaume

L'année 2019 ne ressemblera à aucune autre: l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi sera privée de Carlos Ghosn, actuellement en prison au Japon, FiatChrysler devra se réinventer sans Sergio Marchionne, décédé l'été dernier, et Paris oublier Autolib, remplacé par des services d'autopartage plus flexibles.

Renault-Nissan-Mitsubishi, devenue sous le règne de Carlos Ghosn la première alliance automobile mondiale, devra être renforcée... ou mourir si les intérêts nationaux l'emportent sur ceux des entreprises, avec en point d'orgue la question de la présence de l'Etat français au capital du groupe au losange, véritable prurit pour les Japonais de Nissan.

Cette crise de gouvernance intervient alors que toute la filière automobile se livre à une course effrénée pour prendre le virage de la voiture électrique et/ou autonome en "pole position" et pour répondre aux nouvelles normes d'émissions de CO2. Les équipementiers sont donnés pour le moment perdants face aux constructeurs, Gafa et groupes de semi-conducteurs. Valeo fait ainsi figure de star déchue de la Bourse de Paris, accusant la pire performance du CAC 40 cette année (-60%).

Ces nouveaux relais de croissance seront précieux pour compenser le coup d'arrêt qui se profile sur la planète auto: selon Jefferies, la production mondiale devrait caler à 94,5 millions d'unités, après un tassement de 0,7% attendu en 2018, essentiellement en raison de la stagnation du premier marché mondial, la Chine.

BANQUES: EN ATTENDANT LES GRANDES FUSIONS!

par Matthieu Protard et Bertrand Boucey

Pour les banques européennes, l'année 2019 devrait marquer la fin d'un cycle ouvert il y a plus de 10 ans par la crise de 2008: celui de l'assainissement de leurs bilans.

Alors qu'un rapprochement UniCredit-Société générale est régulièrement évoqué, il est prématuré d'imaginer dès l'an prochain de grandes fusions transfrontalières, envisageables seulement d'ici deux ou trois ans, une fois l'Union bancaire devenue réalité.

En revanche rien n'interdit des rapprochements nationaux, le scénario le plus en vogue étant cette fois celui d'une fusion entre Deutsche Bank - désormais engluée dans une affaire de blanchiment d'argent au sein de la danoise Danske Bank - et Commerzbank. Cette opération, qui aurait les faveurs de Berlin, laisse toutefois sceptiques syndicats et actionnaires. "Ce n'est pas parce que deux boiteux s'associent qu'ils gagnent le marathon.", résume Klaus Nieding, du groupe de pression d'actionnaires DSW..

ASSURANCE: 3E SET EN AVRIL POUR LE MATCH SCOR-COVÉA

par Matthieu Protard

Dans l'assurance, après le retour des grandes manoeuvres chez Axa, où le nouveau directeur général Thomas Buberl a lancé la charge sur l'américain XL, tous les yeux sont maintenant tournés vers le match Scor-Covéa et sur les échanges de balles entre Denis Kessler et Thierry Derez, une métaphore plus inspirée du duel au pistolet que d'un sport aussi inoffensif que le tennis.

Le groupe de réassurance, dirigé par Denis Kessler, a opposé une fin de non-recevoir à l'offre de rachat de son premier actionnaire Covéa qui reste néanmoins en embuscade. L'offensive du mutualiste - une offre hostile ? - pourrait reprendre dès avril prochain, date à laquelle prend fin l'engagement de Covéa de se maintenir sous la barre des 10% du capital de Scor.

DISTRIBUTION: LA MENACE AMAZON VA-T-ELLE SE CONCRÉTISER?

par Pascale Denis

Les succès encore timides de l'américain dans l'alimentaire et la nécessité de disposer d'un réseau de magasins physiques pour limiter les coûts de distribution pourraient le pousser à passer à la vitesse supérieure.

Après une phase de "tests" - comme sa collaboration avec Monoprix - certains analystes n'excluent pas une prise de participation dans un distributeur classique.

Carrefour, en pleine relance, tente de changer de modèle pour des résultats qui se font toujours attendre.

Casino, le premier à s'être allié à Amazon via sa filiale Monoprix, est en passe de boucler une deuxième vague de cessions d'actifs pour se désendetter, une étape clé pour retrouver la confiance des investisseurs, tandis que sa maison-mère Rallye a gagné un peu de temps, grâce à un prêt bancaire, face à ses prochaines échéances de remboursement de dette.

ENERGIE

par Benjamin Mallet

EDF: UN CHANTIER OUVERT, SUR UN TERRAIN MINÉ POUR L'ETAT

La décision de principe de renationaliser le parc nucléaire français et de créer un "nouvel EDF" regroupant les réseaux, les renouvelables et les services - dont le capital resterait ouvert - interviendra courant 2019.

Le dossier étant ultra-sensible, le gouvernement va devoir rassurer les syndicats de l'électricien public tout en menant à bien un important travail technique et juridique.

Il lui faudra notamment définir une nouvelle régulation des prix de l'électricité permettant de financer les investissements du parc nucléaire d'EDF, ce qui laisse augurer de longs échanges avec Bruxelles et de multiples interventions des opérateurs alternatifs.

L'exécutif ne sera donc pas en mesure de boucler le dossier avant 2020.

ENGIE: MUSCLER LES ACQUISITIONS, SANCTUARISER LE NUCLÉAIRE EN BELGIQUE

Après un plan de cessions de 15 milliards d'euros sur trois ans, le groupe dirigé par Isabelle Kocher va redéfinir sa politique d'acquisitions en visant des opérations d'envergure dans les renouvelables, les réseaux et les services.

Il précisera ses intentions à l'occasion d'un nouveau plan annoncé vers la fin du mois de février.

Dans ce cadre, des avancées sont attendues sur un éventuel rachat de TAG, le réseau de gazoducs du groupe brésilien Petrobras, ainsi que sur l'acquisition de certains actifs du portugais EDP dans les énergies renouvelables.

Mais le mouvement le plus stratégique d'Engie en 2019 consisterait à sanctuariser ses activités dans le nucléaire en Belgique, un peu sur le même modèle qu'EDF, une opération qui passerait par l'ouverture du capital de sa filiale Electrabel à des collectivités locales.

Engie se débarrasserait ainsi d'une véritable "pilule empoisonnée" et l'Etat pourra plus facilement chercher un repreneur pour tout ou partie de ses 24,1% au capital du groupe, avec le souci de maintenir un noyau dur français au sein de l'actionnariat.

Dans ce schéma, TOTAL fait figure de candidat idéal pour entrer au tour de table de l'ex GDF-Suez. A défaut, le groupe pétrolier sera à l'affût d'éventuelles cessions de centrales à gaz d'Engie ou d'autres actifs dans le secteur de l'électricité, en particulier en France.

Par ailleurs, Impala, la holding de Jacques Veyrat, reste en embuscade après avoir récemment raflé 6,5% du capital d’Albioma. L'homme d'affaires, dont les investissements sont toujours suivis avec attention, entend étoffer son portefeuille d’actifs dans l’énergie autour de Neoen, récemment introduit en Bourse, après avoir cédé Direct Énergie à Total.

LUXE/COSMETIQUE: RALENTISSEMENT EN VUE AVEC LA CHINE

par Pascale Denis

Le ralentissement du secteur du luxe paraît inéluctable (HSBC attend une croissance de 7% après 10% en 2018) avec le tassement de la croissance chinoise, le recul de la Bourse de Shanghai et la guerre commerciale.

Après de très solides performances en 2018, où LVMH, Kering ou Hermès ont surpris, notamment par la bonne tenue de leurs ventes auprès de la clientèle chinoise, leur résistance sera à nouveau à l'épreuve en 2019.

Une nouvelle réglementation du commerce en ligne en Chine, qui prendra effet le 1er janvier et se traduira par un encadrement des activités des "daigus" (revendeurs sur des plates-formes chinoises de produits achetés à l'étranger), devrait peser à court terme, la baisse des achats de ces revendeurs n'étant pas immédiatement compensée par des achats en Chine même.

La "normalisation" de Gucci sera également au centre de l'attention, après une nouvelle croissance hors normes en 2018.

Sur le front des opérations de fusion-acquisition, le rachat de Belmond par LVMH n'entame pas les marges de manoeuvre du numéro un mondial du luxe, gorgé de cash, tandis que Kering ne cache pas son souhait de développer son pôle joaillerie et que les difficultés de Ferragamo pourraient attiser les convoitises.

Dans le secteur des COSMÉTIQUES, l'année 2019 sera-t-elle celle des débouclages en cascade des participations de Nestlé dans L’Oréal (23% du capital) et de L’Oréal dans Sanofi (9,4%)?

L'Oréal s'est dit prêt, à maintes reprises, à racheter la part du groupe suisse si ce dernier se décidait à vendre. Sa participation dans Sanofi - toujours qualifiée de financière - est valorisée à plus de 9,0 milliards d'euros.

La balle est dans le camp de Nestlé, qui pourrait apporter un élément de réponse lors de ses résultats annuels, le 14 février.

TÉLÉCOMS: L’HEURE DE VÉRITÉ DE LA CONSOLIDATION SONNERA-T-ELLE EN 2019 ?

par Gwénaëlle Barzic

"Mais ils sont fous ces Français !" s’exclament les observateurs internationaux à propos du marché hexagonal des télécoms. Quatre acteurs - dont trois contrôlés par des milliardaires - les prix les plus bas d’Europe et un très haut débit mobile 4G "donné" aux abonnés.

Résultat : les valeurs françaises, dans une industrie des télécoms déjà boudée par les investisseurs, pâtissent des inquiétudes du marché. Free (Iliad) accuse cette année l'une des pires performances du secteur en Europe (-37%).

Le remède est pourtant connu: une consolidation qui ramènerait à trois le nombre d’acteurs et assagirait, entre autres, la guerre des prix. Si tous les schémas ont été tentés, jusque-là en vain, le premier semestre 2019 va fournir une nouvelle fenêtre de tir avant le lancement cet été des enchères pour les fréquences 5G, au prix potentiellement hors d’atteinte pour le portefeuille de certains acteurs.

Tous les signaux sont au vert: le régulateur, le gouvernement et même l’intransigeante Commission européenne, qui vient d'autoriser sans remède une consolidation aux Pays-Bas, ont envoyé des signaux encourageants.

Avant la trêve des confiseurs, tout le monde s'observe. "Le problème, c'est qu'on peut rester comme ça encore longtemps", soupire un des quatre acteurs.

PRIVATISATIONS: UN IMPACT "GILETS JAUNES" ?

par Gilles Guillaume et Jean-Michel Bélot

La crise des "Gilets jaunes", qui a conduit l'Etat à consacrer 10 milliards d'euros au pouvoir d'achat des Français, va accroître les difficultés budgétaires. Bercy devrait ainsi faire feu de tout bois pour tenter de limiter le creusement des déficits publics très au-delà de la barre des 3%, ce qui plaide en faveur d'un maintien du programme de privatisations de la FDJ et d'Aéroports de Paris (ADP) autour du printemps, si naturellement les conditions de marché le permettent. Reste que la question de la hausse des péages autoroutiers, dont les concessions ont été accordées à des opérateurs privés, pourrait rendre plus inflammable que prévu le débat sur ADP.

Ceci d'autant que Vinci, déjà actionnaire à 8%, est candidat à la privatisation de l'opérateur d'Orly et Roissy-CDG et déjà l'un des grands opérateurs du réseau autoroutier français. Reste que d'autres candidats industriels et financiers sont également sur les rangs.

(Service Entreprises, édité par Jean-Michel Bélot et Bertrand Boucey)

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