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Les (nombreuses) incertitudes sur la disponibilité des masques grand public à partir du 11 mai

Le 13 avril, Emmanuel Macron a annoncé qu’un masque "grand public" serait proposé à chaque Français. Quel type de masques et dans quelles conditions ? Les questions sont nombreuses.

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Les (nombreuses) incertitudes sur la disponibilité des masques grand public à partir du 11 mai
"Masques grand public", "masques barrières", "masques alternatifs", "masques anti-projection simples"… Toutes ces appellations apparues ces dernières semaines désignent des masques à usages non-sanitaires.

"En complément des gestes barrières, l’Etat, à partir du 11 mai, en lien avec les maires, devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public", a annoncé Emmanuel Macron lundi 13 avril. "Pour les professions les plus exposées et pour les situations telles que les transports en commun, son usage pourra devenir systématique. Ce sera possible grâce à nos importations et grâce à la formidable mobilisation des entrepreneurs et des salariés sur le territoire pour produire massivement ce type de masques". L'Usine Nouvelle tente de vous éclairer sur cette déclaration du président de la République.

C’est quoi, un masque "grand public" ?

"Masques grand public", "masques barrières", "masques alternatifs", "masques anti-projection simples"… Toutes ces appellations apparues ces dernières semaines désignent des masques à usages non-sanitaires. Soit tous les dispositifs anti-projection de gouttelettes dont peuvent être équipés des salariés des secteurs non médicaux, comme la logistique, les transports, l’agroalimentaire.

Ils ne répondent pas à des normes existantes car ont été mis au point en moins d’un mois par la filière textile française. Mais ils doivent assurer une protection collective, si leur port est généralisé. Deux catégories nouvelles ont été créées : la catégorie 1 des "masques individuels à usage des professionnels en contact avec le public" doit filtrer 90% des particules ; la catégorie 2 des "masque de protection à visée collective" doit en filtrer 70%.

Ces deux types de masques sont conçus pour être portés 4 heures au maximum. Certains sont lavables et réutilisables ; d’autres non. Leur efficacité a été testée par la DGA (Direction générale de l’armement) ou par des laboratoires spécialisés ; l’Etat publie régulièrement la liste des résultats de ces tests. "Les performances doivent être mentionnées sur l’emballage et la notice d’utilisation", indique le ministère de la Santé dans une note publiée le 29 mars. Pour les modèles lavables, il faudra également informer l'acheteur sur les méthodes de lavage préconisées et le nombre maximum de cycles prévu.

Qui les fabrique ?

La filière textile, mais pas seulement, s’est largement mobilisée depuis mi-mars pour fabriquer de nouveaux masques pour répondre à une demande croissante. 11 millions de pièces ont été produites durant la première quinzaine d’avril. 625 entreprises sont inscrites sur la plate-forme mise en place par le Comité stratégique de la filière Mode-Luxe, dont 378 confectionneurs, mais aussi des fournisseurs de matières. 42 millions de masques ont déjà été commandés sur la plate-forme, à destination de collectivités, entreprises… 125 confectionneurs ont, au 14 avril, reçu une évaluation de leurs produits par la DGA, beaucoup d'autres sont encore en cours de validation.

De nouveaux acteurs ont rejoint le mouvement, comme la filiale de Chargeurs Lainières de Picardie qui pourrait en produire 5 millions par semaine courant avril. Et des ateliers mobilisés depuis le début de la crise montent en puissance, comme les Tissages de Charlieu qui visent une production de 2 millions de pièces hebdomadaires fin avril, ou Boldoduc à Dardilly (Rhône) qui prévoit 375 000 masques par semaine d'ici la fin du mois.

La filière a donc encore la possibilité d’augmenter sa production, qui tourne déjà autour de 2 millions de pièces par jour. Le ministre de la Santé Olivier Véran mise sur une production hebdomadaire de 17 millions de masques d'ici au 11 mai.

Mais les professionnels du secteur attendent d’en savoir plus sur les besoins à satisfaire. "Nous nous sommes mobilisés spontanément depuis le début, sans réfléchir. C’est un élan de solidarité extraordinaire", rappelle Marc Pradal, président de l’Union française des industries de la mode et de l’habillement. "Maintenant, on ne peut pas embarquer des industriels, bloquer des lignes de production qui pourraient être dédiées à des commandes de clients, sans avoir de visibilité. Il faut estimer concrètement les besoins. On pourra ensuite savoir si la filière peut – ou pas – répondre à la demande". Parmi les points à éclaircir : faudra-t-il fabriquer des masques pour enfants et combien ? Quelle sera l’ampleur de la reprise d’activité économique, et donc combien de travailleurs faudra-t-il équiper ? La filière attend des réponses, rapidement.

Quant aux importations, elles concernaient jusqu’ici majoritairement des masques à usage sanitaire. Le ministre de la Santé dit en avoir commandé 2 milliards, notamment en Chine. Mais cela ne signifie pas que 2 milliards seront réellement livrés à court terme. Vu la pénurie mondiale, ils resteront probablement réservés aux personnels de santé français. Et pour l’instant, seulement quelques dizaines de millions sont réellement arrivés en France. Les entreprises françaises disposant d'unités de production à l'étranger seront aussi amenées à participer à l'effort.

Où pourra-t-on s’en procurer ?

C’est la grande inconnue. Jusqu’ici, les masques barrières étaient réservés aux professionnels, aux collectivités locales. Ils ne sont pas censés être utilisés dans des établissements médicaux sociaux mais dans les faits, certains EHPAD en ont commandé pour pallier la pénurie de dispositifs de protection.

Et après le 11 mai ? Cela fait partie des questions à trancher dans les deux semaines, indique-t-on à Bercy. "Les modalités de distribution ou de commercialisation ne sont pas définies", indique un porte-parole. "Cela sera indiqué dans le cadre du plan de déconfinement".

L’Afnor a créé une place de marché pour les masques répondant au cahier des charges monté par la filière, mais uniquement pour des actions de solidarité. La plate-forme connaît un grand succès, avec 6 000 demandes pour 500 offreurs. Actuellement, la plate-forme Stop-Covid-19, mise en place avec la start-up Mirakl, est réservée aux clients professionnels et institutionnels, et pour des grands volumes de commandes.

Il est également possible de fabriquer soi-même des masques de protection à partir des tutoriels créés par la filière et l’Afnor (qui a aussi mis en ligne une instructive foire aux questions sur le sujet). "Nous avons une augmentation continue du nombre de téléchargement du modèle, puisque nous venons de franchir les 500 000", indique Olivier Gibert, porte-parole du groupe Afnor. "Ce sont bien des particuliers qui sortent leur machine à coudre du placard, incontestablement. Il n’y a pas eu de pic suite à l’annonce du président de la République : on est sur la même dynamique que depuis 15 jours". Mais rien n’indique à ce stade que l’utilisation des masques faits maison sera autorisée dans le cadre des mesures de déconfinement, en particulier dans les environnements où le port du masque sera rendu obligatoire.

Par ailleurs, comme le suggère Emmanuel Macron dans son allocution du 13 mai, la mise à disposition de masques pourrait être confiée à des tiers, comme les mairies ou les autorités régulatrices de transports, pour éviter la foire d'empoigne. Certaines collectivités ont déjà commandé des masques, comme à Montpellier, Toulouse, Périgueux... Mais là encore, les élus manquent de directives précises à ce stade. "L’AMF (Association des maires de France) confirme sa proposition que les maires soient, une nouvelle fois, les premiers maillons de la chaine afin d’assurer la bonne distribution des masques de protection sur le territoire, évoquée par le chef de l’Etat", indique-t-elle dans un communiqué publié le 14 avril. "Toutefois, une telle opération ne pourra réussir que si les volumes suffisants de masques sont disponibles".

Seront-ils obligatoires ?

Dans sa note d’information du 29 mars, le ministère des Solidarités et de la Santé définit les masques de catégorie 1 et 2 comme des "équipements de travail". "Dans le milieu professionnel, leur utilisation doit s’inscrire dans le cadre de la mise en œuvre des principes énoncés à l’article L. 4121-2 du code du travail". A savoir, l’adaptation des postes de travail aux risques, et la mise en place de "mesures de protection collective". Dans les secteurs où ils sont déjà obligatoires, comme l’agroalimentaire, rien ne changera. Mais leur port pourrait devenir la norme dans d’autres secteurs, comme les transports. Les chauffeurs se plaignant pourtant déjà d’une pénurie de matériels de protection…

Les usagers des transports pourraient également se voir obligés de porter un masque. Jean-Pierre Farandou, le président de la SNCF, s'est dit le 15 avril favorable à cette mesure, estimant qu'il sera difficile de faire respecter la distanciation sociale dans les trains. Mais d'autres solutions sont à l'étude : dans une interview à BFM TV le 14 avril, le ministre des Transports imagine la mise en place d'un système de réservation pour les métros et RER, afin d'éviter la congestion et de faire respecter les mesures de distanciation. Cela fait partie des questions à trancher d'ici le début du mois de mai.

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