"Les milieux économiques n’ont pas osé dire ce que l’Europe leur apporte", affirme Laurence Parisot

Laurence Parisot, ex-présidente du Medef et auteur d’un ouvrage sur le Front national "Un Piège bleu marine", nous livre son analyse des dernières élections européennes. Elle considère que la situation économique, sociale et politique de la France est "gravissime". Et regrette que les chefs d’entreprise ne se soient pas engagés dans la campagne pour lutter contre les thèses de Marine Le Pen en défendant avec enthousiasme le projet européen.

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L’Usine Nouvelle - Comment analysez-vous le séisme de l’envoi d’un tiers de parlementaires français anti-européens à Strasbourg ?

Laurence Parisot - C’est une catastrophe politique car nous allons affaiblir la représentation française au parlement et donc l’influence française. Et aussi parce que l’image de la France est abîmée. Sa crédibilité, sa capacité d’entraînement sera restreinte.

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Quel est l’impact du vote du Front National pour les entreprises ?

Ce qui a un impact c’est que le Front national diffuse des idées fausses sur l’économie. C’est cela qui est très grave : l’idée que l’euro nous aurait appauvris, l’idée que le patriotisme économique consiste à dresser des barrières douanières, l’idée que la France pourrait réussir repliée sur elle-même. L’espoir des chefs d’entreprise, c’est une politique économique solide qui stimule la production.

Pourtant, les chefs d’entreprises sont parfois critiques sur la politique de Bruxelles ?

J’ai été la première à le reconnaître, en particulier sur l’absence de politique commune énergétique. Mais cela ne nous empêche pas de vouloir au contraire approfondir le projet européen. Les chefs d’entreprise savent que la France seule n’a pas la taille critique pour exister. Ils savent, eux, qu’isolée elle ne pourrait pas tenir son rôle à l’échelon internationale.

Avez-vous été rassurée par le discours du Président de la République hier soir, qui a acté l’idée d’une Europe très imparfaite ?

Toute cette séquence est un échec pour les politiques de gauche comme de droite. C’est une remise en cause profonde qu’il faut opérer. L’heure est à la reconquête de l’engagement européen. Ce qui est terrifiant avec Marine Le Pen, c’est qu’elle pousse tout le monde dans ses retranchements. Chacun est conduit à reprendre à son compte une partie de son discours. Or on peut très bien dire qu'il y a des choses qui ne fonctionnent pas bien mais ne pas céder un pouce à Marine Le Pen. Il faut la combattre. Je pense que les partenaires sociaux devraient se réunir pour lancer un appel en réaffirmant leur attachement à l’Europe. Je suis pour une Europe économique et sociale plus intégrée. Il faut défendre ce projet et ne pas reculer.

Les milieux économiques sont en général favorables au projet européen mais les peuples ne l’ont pas entendu de cette façon, comment expliquez-vous ce divorce ?

C’est très simple. Les milieux économiques n’ont pas osé dire ce que l’Europe leur apporte. Les chefs d’entreprise ne s’engagent pas sur le sujet. J’ai pris un risque en allant m’exprimer dans un congrès politique(NDLR : Laurence Parisot est intervenu au meeting de la campagne européenne UDI-Modem le 18 mai 2014). Tom Enders, le patron d’EADS est le seul à avoir fait une déclaration importante. Et c’est pareil pour les politiques, peu d’entre eux affirment avec force et enthousiasme l’attrait de l’Europe. Alors si ceux qui reconnaissent ses bienfaits ne le disent pas haut et fort, comment voulez-vous que les peuples qui sont éloignés des sujets et pris dans leur quotidien adhèrent au projet. Tous les décideurs économiques ont une responsabilité. Qui a osé faire un grand meeting européen ? Personne.

Pourquoi ?

Il y a un abandon, une fatalité, une apathie générale. La situation économique, sociale et politique de notre pays est gravissime.

Qu’attendez-vous du conseil des chefs d’Etat européens de ce soir ?

J’aimerais qu’il y ait une réflexion, une remise en cause des insuffisances de la dernière commission, du manque de démocratie. Si par exemple, on ne tient pas compte du scrutin pour nommer le président de la Commission, ce sera désespérant et la faute en reviendra aux chefs d’Etat. Si on désigne quelqu’un qui leur est soumis comme l’a été José-Manuel Barroso lors de son deuxième mandat, ce sera un échec. Il faut choisir quelqu’un qui a mené campagne dans l’élection de ce nouveau parlement.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche

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