Les ménages seuls à porter la croissance aux Etats-Unis

par Emily Kaiser

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Les ménages seuls à porter la croissance aux Etats-Unis

WASHINGTON (Reuters) - Le consommateur américain va porter seul le fardeau de la reprise économique aux Etats-Unis, cette dernière ayant perdu deux de ses principaux soutiens.

Les économistes s'attendaient à ce que la croissance marque le pas au deuxième semestre à mesure que le soutien des dépenses de relance publique se tarit et que les entreprises achèvent la reconstitution de leurs stocks.

Ils n'avaient cependant pas prévu que la croissance ralentirait avant même l'entrée dans la seconde moitié de l'année, contraignant la Réserve fédérale à revoir sa copie sur les perspectives de l'économie américaine et à annoncer de nouvelles mesures de soutien.

"Déjà anémique, la reprise a encore ralenti", a noté Jay Bryson, économiste chez Wells Fargo.

Les statistiques publiées ces derniers temps suggèrent que la croissance du deuxième trimestre a été bien inférieure à ce qui a été annoncé en première estimation.

Une série d'indicateurs publiés vendredi est à nouveau venue livrer une impression mitigée de la santé de l'économie américaine.

Pour répondre aux inquiétudes provoquées par ces chiffres, la Fed a annoncé mardi qu'elle allait réinvestir en bons du Trésor le produit du remboursement de certains des titres obligataires qu'elle détient.

L'une des dernières sources d'inquiétudes en date provient des chiffres inquiétants du commerce extérieur, faisant ressortir un bond des importations en juin qui a porté le déficit commercial à un pic depuis octobre 2008, au plus fort de la crise.

Et puisque les chiffres du produit intérieur brut ne mesurent que la production américaine, les importations sont soustraites des chiffres de la croissance.

Certains économistes estiment désormais que la croissance au deuxième trimestre a été limitée à 1,2%, soit moitié moins que la première estimation du département du Commerce.

D'autres sont encore plus pessimistes. Peter Newland, économiste chez Barclays Capital, a abaissé son estimation de croissance à seulement 0,3% au lieu de 1,6% auparavant.

LE CONSOMMATEUR SEUL EN PISTE

La balle est donc désormais dans le camp des consommateurs.

S'il continue de consommer, le rythme de la croissance du deuxième semestre pourrait dépasser celui du trimestre précédent.

S'il décide de suspendre ou de reporter ses dépenses, la hausse des importations gonflera les stocks des entreprises et les contraindra à réduire leurs effectifs, agitant le spectre d'une nouvelle récession.

Avec un taux de chômage qui atteint 9,5%, un taux anormalement élevé pour l'économie américaine, il y a peu de chances que le consommateur se remette sous peu à consommer autant qu'il le faisait avant le déclenchement de la crise.

La morosité du marché de l'emploi conjuguée à la pression baissière exercée sur les salaires est l'une des raisons qui conduit certains économistes à craindre une phase de déflation.

Les économistes anticipent une progression de la consommation des ménages par rapport à la hausse de 1,6% enregistrée au deuxième trimestre.

Les dépenses publiques et la reconstitution des stocks sont à l'origine de la sortie de crise des Etats-Unis, représentant à eux deux 80% de la croissance du PIB au cours du dernier trimestre.

Ces contributions vont nettement diminuer.

Le plan de soutien à l'économie, d'un montant de 862 milliards de dollars, mis en place en février 2009, était censé expirer au bout de deux ans, et l'essentiel des fonds a déjà été dépensé.

Les administrations fédérales et locales réduisent parallèlement leurs dépenses, tenant de combler leur déficit budgétaire, tandis que les sociétés ont reconstitué l'essentiel de leurs stocks.

La question de l'évolution du rythme des importations reste posée.

Certains économistes pensent que la hausse considérable affichée en juin est à imputer aux exportateurs chinois qui auraient tenté de profiter d'une remise de TVA valable jusqu'au 15 juillet pour doper leurs exportations.

Si cette hypothèse se vérifie, les importations pourraient diminuer au cours des mois à venir et peser moins lourdement sur le PIB.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Cyril Altmeyer

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