Les menaces s'accumulent sur l'empire Microsoft

, , ,

Publié le

Démêlés judiciaires, montée en puissance de Linux, essoufflement du coeur de métier, Microsoft traverse l'une des périodes les plus difficiles de son histoire.

Dure semaine pour Microsoft. Le 24 mars, après 5 années d'enquête, la Commission européenne a lourdement sanctionné la firme américaine. Le géant des logiciels va devoir payer une amende de 497 millions d'euros, proposer une version de Windows dépourvue de Media Player et publier la documentation de ses interfaces afin que les produits concurrents puissent mieux dialoguer avec Windows. « La décision rendue ce jour rétablit les conditions d'une concurrence loyale sur les marchés concernés », a martelé Mario Monti, Commissaire européen chargé de la concurrence. A y regarder de près, on peut néanmoins en douter.

A court terme, les conséquences du jugement seront en effet limitées. « Sur le marché des lecteurs multimédia, Windows Media Player est d'ores et déjà un standard utilisé par de nombreux sites internet et éditeurs de contenus », affirme Jaap Favier, analyste chez Forrester. « Je ne crois pas non plus que le fait de fournir de la documentation puisse changer la donne », ajoute Etienne Wéry, avocat au barreau de Bruxelles. Les concurrents du géant américain vont gagner du temps pour développer des produits interopérables, mais ils ne connaîtront pas le fonctionnement interne du système d'exploitation. Enfin, l'amende de 497 millions d'euros ne représente qu'à peine 6 % des bénéfices de Microsoft en 2003. C'est une peccadille pour le géant des logiciels.

A long terme, l'obligation faite à Microsoft de vendre deux versions de Windows pourrait par contre infléchir la stratégie de l'éditeur. L'empêcher de s'appuyer sur son monopole pour gagner de nouveaux marchés. « Microsoft compte intégrer de nouvelles fonctions dans LongHorn, la future version de Windows. Le cas Media Player pourrait le gêner considérablement », estime Etienne Wéry. En ligne de mire, une diversification dans les services de musique en ligne, les antivirus ou les moteurs de recherche.

Mais rien n'est encore joué. Le géant des logiciels a d'ores et déjà fait appel du jugement de Bruxelles, bien décidé à engager un bras de fer juridique, qui devrait durer de 3 à 5 ans selon les experts. Brad Smith, le directeur juridique du groupe, a également annoncé que les innovations présentées dans les versions bêta de LongHorn ne seraient en aucun cas retirées.

Bruxelles ne veut pas imposer de prix

En fait, tout dépendra de la jurisprudence établie avec Media Player. Pour l'instant, Microsoft doit simplement éviter de défavoriser la version sans Media Player. Mais Bruxelles se défend de vouloir imposer un prix de vente à Microsoft. « Nous ne faisons pas de réglementation en matière de prix, nous sommes convaincus que la concurrence crée une pression, permettant d'avoir des prix plus bas », a déclaré Mario Monti. Pourtant, ce sera une question clé. Car en l'absence de différence de prix, cette mesure n'aura aucun impact, les consommateurs choisissant évidemment la version complète, équipée de Media Player.

Ce point est d'autant plus important que LongHorn est au coeur d'une vaste contre-offensive lancée par Microsoft pour repousser Linux. Le logiciel libre progresse en effet de plus en plus sur le marché des serveurs et des PC, le coeur de métier de Microsoft. Linux génère aujourd'hui plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires par trimestre sur le marché des serveurs, soit un quart des revenus de Windows Server sur la même période.

De nombreux pays intéressés par Linux

Sur le poste de travail, la place de Linux est beaucoup moins significative. Selon le cabinet d'études IDC, l'OS libre ne représente guère plus de 3 % des ventes contre 93 % pour Windows. Toutefois, là aussi, Linux a le vent en poupe. De nombreux pays émergents comme la Chine et l'Inde se montrent très intéressés par le logiciel, avec à la clé des contrats portant sur plusieurs millions de PC. Les gouvernements européens envisagent également de l'adopter pour des raisons politiques. Et certains grands comptes comme Renault, Danone ou Alstom mènent des expérimentations en vue de déploiements à grande échelle.

Jusqu'ici fidèle à Microsoft, l'industrie high-tech commence à proposer des offres complètes. HP et Novell ont annoncé la semaine dernière un partenariat d'envergure. Le constructeur va proposer cet été aux entreprises des PC et des portables préconfigurés avec Linux. Optimiste, Novell pense que l'OS libre pourrait représenter 25 % du marché du poste de travail en entreprise d'ici à 5 ans.

Pour Microsoft, cette menace se double d'un problème de fond : un manque d'innovation sur le poste client. « Sans même tenir compte de Linux, les utilisateurs ont de moins en moins de raison de met-tre à jour leur système d'exploitation », estime Jaap Favier. De fait, le poste de travail évolue peu et déborde déjà de fonctions non utilisées. Or, c'est avec cette activité que Windows réalise ses plus gros bénéfices. Du coup, les analystes doutent que l'éditeur puisse longtemps préserver une croissance et une rentabilité hors du commun.

Le salut viendra des mobiles

Pour maintenir celles-ci, le groupe tente depuis plusieurs années d'étendre sa domination à d'autres secteurs. Microsoft a commencé de se diversifier dans les jeux, les progiciels, les mobiles, etc. Dans tous ces domaines, les technologies logicielles sont propriétaires et le potentiel de développement énorme. Le marché des jeux vidéo pèse par exemple plus que celui du cinéma. Il s'est vendu quelque 500 millions de mobiles équipés d'un système propriétaire. Et les PME sont tellement peu équipées en progiciels que Microsoft pense pouvoir réaliser un chiffre d'affaires de 10 milliards de dollars dans ce secteur d'ici à 2009.

Toutefois, même s'il parvient à percer dans ces secteurs, on voit mal comment l'éditeur pourrait préserver à long terme sa rentabilité. Dans le secteur des progiciels, Microsoft doit investir lourdement pour se constituer un réseau de partenaires, susceptibles de fournir des prestations de services aux PME. Sur le segment des jeux vidéos, la guerre des prix fait rage et la marge du leader, Sony, est bien en deçà des 10 %. Le salut viendra peut-être du marché des mobiles (téléphones et PDA). Pour l'instant, cette activité reste peu développée chez Microsoft. Elle représente à peine 160 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2003. Mais force est de constater que Microsoft est désormais reconnu comme un acteur de la téléphonie mobile. Orange, Motorola ont par exemple intégré son logiciel d'exploitation au sein de téléphones-PDA, dédiés aux professionnels. La raison ? Une compatibilité bien meilleure avec la messagerie et les applications du PC. Car chez Microsoft, on ne change pas une recette qui gagne...

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte