Les membranes désinfectent les eaux usées urbaines

Après le traitement des eaux potables, une autre application qui met les membranes en concurrence avec les procédés par rayons UV ou au chlore.

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Aberporth, une modeste station balnéaire du pays de Galles, est depuis quelques semaines le siège d'une expérience unique en Europe. Les eaux usées de ce village, de 3150 à 4500 habitants selon la saison, sont désinfectées par microfiltration sur membrane avant leur rejet dans la mer. Un procédé qui jusqu'ici n'avait été utilisé qu'en Australie, sur un site proche de Sidney, et en France, au stade pilote, sur les eaux-vannes d'un immeuble. La nouvelle station traite de 60 à 90mètres cubes par heure. Les eaux usées subissent d'abord un traitement physico-chimique à la soude et au sulfate ferrique qui coagule les matières en suspension et les matières colloïdales. Celles-ci sont alors séparées dans deux décanteurs lamellaires. Les eaux décantées sont ensuite dirigées vers trois blocs-membranes de 2700mètres carrés de surface filtrante au total. Elles en ressortent limpides et désinfectées, c'est-à-dire débarrassées de toute espèce de micro-organisme. Mais elles contiennent encore une grande partie de la matière organique dissoute. Ce qui, dans le cas d'Aberporth, n'est pas gênant, la mer toute proche se chargeant de l'éliminer. Pour les responsables locaux, il s'agissait en effet de garantir avant tout la qualité microbiologique des eaux à cause de la proximité des parcs à huîtres et de zones de baignade. Résultat obtenu grâce au seuil de rétention des membranes à 0,2micron. Celles-ci se présentent sous la forme de fibres creuses en polypropylène assemblées en faisceau de 3000 fibres à l'intérieur d'un module ce qui correspond à une surface de filtration de 10mètres carrés. L'eau à traiter circule à l'extérieur des fibres, et le filtrat purifié s'écoule par le canal central. Avantage de cette disposition: le système est moins sujet au colmatage. Mais comme, à la longue, celui-ci est difficile à éviter, les membranes sont décolmatées périodiquement par insufflation d'air sous pression et à contre-courant: un procédé breveté par Memcor, la société australienne (500 à 600millions de francs de chiffre d'affaires) fournisseur de l'installation. Et toutes les semaines on procède à un nettoyage des modules par circulation, en boucle fermée, d'une solution alcaline biodégradable.

Un essai prometteur

La désinfection par microfiltration sur membrane se pose en concurrent du procédé utilisant les rayons UV. Ce dernier est moins cher, mais son efficacité dépend de la bonne transparence de l'eau. Autre rival: le procédé au chlore, qui présente l'inconvénient de donner des sous-produits et de dégager des odeurs. D'après Memcor, les membranes sont particulièrement bien adaptées aux communautés jusqu'à 10000 habitants. Dans le cas où il faut également supprimer la pollution organique dissoute, les membranes se placent tout naturellement après un traitement biologique. C'est le cas notamment de la station d'épuration de Cronulla, près de Sydney. La station d'Aberporth, exploitée par Welsh Water (Dwr Cymru en gallois), a coûté 2millions de livres, réparties à parts égales entre le génie civil, le traitement physico-chimique et la désinfection. Memcor espère bien transformer l'essai, d'autant que Welsh Water exploite 850stations de traitement, dont 150 rejettent leurs effluents en mer. Et de ce côté-ci de la Manche des municipalités seraient intéressées, notamment pour produire des eaux d'arrosage à partir d'eaux usées urbaines.









Les précédents

Blackhealt (Australie): la première station construite par Memcor en 1990. Elle assure la désinfection des effluents de 3500 habitants, tout en éliminant la quasi-totalité des matières en suspension et une bonne partie de la matière organique dissoute.

Cronulla (Australie): mise en service en 1992, la station, qui comporte un bloc-membrane identique à ceux qui sont installés à Aberporth, traite 1 million de litres par jour d'effluents en sortie d'un biofiltre qui élimine la matière organique dissoute.

Paris (France): le pilote qui a été installé en 1993, à l'initiative de la Compagnie générale des eaux, traite les eaux grises et les eaux-vannes d'un immeuble, en sortie d'un biofiltre d'OTV, dans le cadre d'un projet de réutilisation des eaux sur le site.

USINE NOUVELLE N°2485

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