L'Usine Santé

Les médicaments génériques pas assez Made in France…

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Made in France Non, nos médicaments génériques ne viennent pas à 80% d’Asie... mais à 95% d’Europe. Mais ils sont encore trop peu produits en France. Et leurs matières premières, elles, se délocalisent. Une autre explication à l’inquiétude des français ?

Les médicaments génériques pas assez Made in France… © Bernard Martinez

Ce lundi 10 décembre, un énième sondage a relevé la défiance des Français envers les médicaments génériques. Selon une étude de l’IFOP commandée par le groupe PHR, groupement de pharmaciens représentant 11% des pharmacies en France, près de 4 Français sur dix (contre 29% en 2011) se disent encore sceptiques sur le fait que ces copies de médicaments soient aussi sûres que les médicaments d’origine (princeps). Des conditions pas vraiment idéales pour atteindre les 85% de taux de substitution de princeps par des génériques visés par l’Assurance Maladie… En France, ce seuil a même chuté en 2011 sous la barre des 70%!

Pourquoi ce manque de confiance dans les médicaments génériques ? Sans doute parce que les Français méconnaissent encore leur provenance. Non, les génériques que l’on nous vend en pharmacie ne sont pas fabriqués à 80% en Asie dans des usines dédiées "L’industrie du médicament générique produit massivement en France et en Europe (95 % en Europe et 55 % en France) et est créatrice d’emplois industriels depuis le démarrage du marché" avec 12 000 emplois en France, affirme le Gemme, l’association réunissant les dix industriels du médicament générique.

Une législation française longtemps défavorable

Ces génériques made in Europe bénéficient normalement des même exigences de qualité que les princeps. Ils sont même parfois fabriqués dans les mêmes usines.  Mais, il est vrai, de manière encore trop rare en France, comme le relevait une étude du Leem (le syndicat de l’industrie pharmaceutique) et du cabinet Roland Berger, publiée dans L’Usine Nouvelle le 4 octobre. Car si l’Hexagone dispose de 224 sites de production pharmaceutique, seulement 28% de leur portefeuille de production (en nombre d’autorisations de mise sur le marché) est dédiée à des génériques. Un "positionnement contraint sur les génériques", lié à un cadre législatif longtemps défavorable au générique, à la pression sur les prix et aux coûts de production, relève l’étude. Ce qui explique que nous en importions de plus en plus, notamment d’Inde ou de pays Européens ayant une législation plus souple, comme Malte.

Pourtant, "le coût de production d’un générique en France n’est pas plus cher", affirmait Sébastien Aguettant, président du fabricant de médicaments à façon Delpharm, lors du Colloque sur l’avenir de la production pharmaceutique organisé par le Leem et L’Usine Nouvelle. Il plaide donc pour des appels d’offre favorisant notamment le respect de critères environnementaux dans l’achat des médicaments génériques, et pas seulement focalisés sur leur prix. Car "tel qu’est fait le système actuel, on peut voir des marchés se délocaliser pour un centime d’écart sur une boite qui va être achetée 1,50 euro par l’Etat français", dénonçait-il.

Produits en Europe, mais sourcés en Asie

Pour lui, il est grand temps de préciser son lieu de fabrication sur la boite du générique, dans un souci de traçabilité et de confiance. Un scénario qui n’est pas encore sur la table, estimait en octobre Catherine Lemorton, présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale. Aujourd’hui, seul le nom du "titulaire et exploitant" figure sur l’emballage. Mais la carte de la transparence impliquerait aussi de préciser la provenance des matières premières qui ont servi à la fabrication du médicament.

Or là, les Français pourraient avoir une mauvaise surprise… "On estime que 80% des principes actifs des génériques sont maintenant faits en Chine et en Inde, contre 50% pour les princeps. Il s’agit d’un changement majeur survenu au cours des vingt dernières années", explique David Simonnet, directeur général du groupe français Axyntis, un industriel fabriquant des principes actifs en France, dans l’édition du Parisien de ce lundi. En juin 2011, l'Académie nationale de Pharmacie et les industriels fournisseurs de matières premières de médicaments avaient déjà tiré le signal d'alarme. Il est grand temps de les entendre…

Gaëlle Fleitour

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