Les matières premières sont l'indicateur avancé d'une reprise laborieuse

La chute a été plus brutale que prévue, la reprise sera bien lente

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Les matières premières sont l'indicateur avancé d'une reprise laborieuse
« Stupeur et tremblements », avait prémonitoirement titré Philippe Chalmin, pour la précédente édition du Cyclope, la somme consacrée chaque année aux matières premières. « Vertiges et déboires », est le titre de la dernière livraison, résumant une année qui a vu les commodités escalader des sommets... avant de basculer dans le vide.

Cette nouvelle édition du cyclope - qui tire son nom de Victoires et déboires, l'œuvre majeure de l'historien de l'économie, Paul Bairoch - rend compte de la situation de l'épisode le plus passionnant du cycle des matières premières, se réjouit le maître d'œuvre de l'opus. Jusqu'en juillet pratiquement tous les secteurs ont affiché des hausses spectaculaires, et mêmes pour certains, comme le pétrole en juillet ou le blé en mars, des records absolus. Après les Jeux Olympiques de Pékin, plus dure a été la chute. « Nous ne tablions pas sur une récession aux Etats-Unis en année électorale », confesse Philippe Chalmin, qui, s'il avait prévu le recul des cours, a cependant été surpris par son ampleur. Les replis se sont échelonnés entre 50 % pour les produits agricoles les mieux soutenus et 95 % pour le Baltic Dry Index, l'indice de référence du fret maritime en vrac. « Partie émergée de l'iceberg économique, le secteur des commodités exacerbe les tendances globales », souligne le professeur de Dauphine, citant Alan Greenspan et son « exubérance irrationnelle ». Sur l'influence de la spéculation, il maintient sa position : « s'ils ont participé et même exagéré la volatilité des cours, les fonds d'investissement ne sont que l'écume de la vague. »

Prévisions

Le baril de pétrole devrait osciller en 2009 entre 40 et 60 dollars, avec une moyenne pour l'année de 50 dollars. Les métaux non ferreux se maintiendront au niveau actuel. Le cuivre, dont le cours a été dopé par les achats chinois, en particulier du SRB, devrait retomber pour évoluer entre 3 000 et 4 000 dollars par tonne, en baisse de 46 % sur un an. L'aluminium, en baisse de 22 % par rapport à 2008, - et que Philippe Chalmin voit plus beau qu'il n'est - stagnera en raison des fortes surcapacités qui le plombent. Les coûts de production vont jouer un grand rôle dans la fixation des prix. Les producteurs de minerai de fer, qui avaient intérêt à faire traîner en longueur les négociations annuelles, devront tout de même concéder une baisse supérieure à 50 % en raison de l'effondrement de la demande des sidérurgistes, à l'exception de la Chine. Les producteurs, après l'euphorie, ont eu une réaction exceptionnelle en adaptant leur offre à la demande. La crise actuelle va toutefois confirmer, ou infirmer, le modèle d'intégration verticale, adopté par plusieurs grands de la sidérurgie.
Ce sont les produits agricoles, toujours à la merci d'un accident climatique, qui résisteront le mieux à la vague baissière. Le sucre, bénéficiant de fondamentaux favorables, devrait s'apprécier de 23 %, le cacao et le maïs de respectivement 8 et 12 % et le blé rester étale.

Où sommes-nous dans le cycle ?

Nous avons touché le fond et une reprise conjoncturelle sera en cours avant la fin de l'année. Si certains envisage une crise en V ou en W, Philippe Chalmin utilise le logo Louis Vuitton pour la représenter. La branche du L représente la brutalité de la chute, qui est suivie par une stagnation avant une reprise symbolisée par la deuxième branche du V. Les Etats-Unis vont sortir de la crise et la Chine pourrait bien maintenir sa croissance au-dessus des symboliques 8 %. Le message de pénurie envoyé en particuliers par les marchés énergétiques et agricoles en 2008, est toujours valable. Surfaces ensemencées pour l'agriculture et investissements dans l'énergie doivent se maintenir à un niveau élevé, sinon cette pénurie fera un retour en force. Par contre, le transport maritime restera pour longtemps déprimé. Il y aura des annulations de commandes mais 10 000 navires sont en attente de livraison !
Malgré une sortie de crise prévue pour la fin de l'année, de graves déséquilibres - structurels, bancaires et sociaux - se profilent pour la Chine après l'exposition universelle de Shanghai fin 2010. Enfin, l'Inde, plus loin de nos marchés, a été moins touchée par la crise.

D.K.

Photo du rapport :
Jamais le rapport Cyclope n'a été préparé et rédigé dans de pareilles circonstances et l'analyse qui se dégage de ces crises est passionnante pour comprendre les tourments de la mondialisation.

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