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"Les matières premières, enjeu de compétitivité" 

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Jean-Louis Chaussade est le PDG de Suez Environnement, le numéro deux mondial des services à l’environnement.

Les matières premières, enjeu de compétitivité 

Avec deux tiers de son activité dans l’eau et les déchets implantés en Europe, Suez Environnement intervient sur un marché extrêmement difficile, d’autant que ces deux activités sont liées au dynamisme industriel. Le chiffre d’affaires 2013 a baissé de 3% à 14,6 milliards d’euros. Pourtant, le résultat net a bondi de 40% à 352 millions d’euros. Pour compenser la reprise molle sur le Vieux Continent, le groupe accélère sur de nouvelles activités comme la valorisation des déchets et les réseaux d’eau intelligents. 

Après ce premier trimestre 2014, comment sentez-vous ce début d’année en termes d’activité ?

Il y a un lien direct entre la production industrielle et le volume de déchets. En 2013, les volumes de déchets étaient en baisse et ce fut une mauvaise année. En ce début d’année, il y a une stabilisation. Il semblerait qu’on ait touché le fond de la piscine. À peu près partout en Europe, à l’exception de l’Allemagne, nous assistons à une reprise molle qui va s’étaler dans le temps. Avec quelques nuances. Le Royaume-Uni redémarre plus vite mais est parti de très bas, l’Espagne repart bien, les Pays-Bas demeurent dans une situation difficile… La France, elle, a connu une année 2013 difficile au niveau de sa production industrielle et de son économie.

Les mesures prises par le gouvernement permettront-elles d’accélérer ce mouvement ?

Ces mesures (baisses et transfert de charges) vont dans le bon sens. Je souhaite qu’elles soient complètement mises en œuvre. Si les entreprises redémarrent, comme le dit le président de la République, c’est l’emploi qui redémarrera aussi. Ceci dit, il est nécessaire maintenant d’aller plus loin. Il faut insister sur l’innovation et le développement à l’international des grandes entreprises qui peuvent entraîner dans leur sillage des sociétés plus petites.

Êtes-vous favorable à la mise en place de contreparties dans le cadre du pacte de responsabilité ?

L’ex-chancelier allemand Helmut Schmidt avait dit que les baisses des charges d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. Nous ne pouvons pas imaginer qu’une baisse des charges produise immédiatement des emplois nouveaux. Quand les entreprises peuvent produire, elles s’engagent. Croire que les entreprises font tout pour limiter leur effectif n’a pas de sens. Si elles peuvent créer de l’emploi car elles produisent de la richesse, elles le font ! Les entreprises adaptent leur capacité de production à la réalité du marché.

Bénéficiez-vous du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi ?

Oui et il n’est pas marginal. Il représente une vingtaine de millions d’euros par an. Mais je constate qu’à la fin des fins, entre l’augmentation des impôts de 2012 et la baisse des charges de 2013, je paie plutôt un peu plus d’impôts qu’avant. Le niveau d’imposition des entreprises en France est trop élevé. On peut l’accepter pendant une période de redressement national. Mais cette situation ne peut être pérenne. Il n’est pas possible de réduire les charges, de favoriser l’investissement et d’avoir en même temps un taux d’imposition parmi les plus élevés d’Europe. Oui à un effort de redressement national, non à une augmentation des impôts à long terme ! 

Lors de la présentation des résultats de Suez Environnement, vous avez mis en avant la valorisation des déchets et l’économie circulaire. C’est un virage pour l’entreprise ?

Depuis la crise de 2008, il y a eu deux grands mouvements dans le secteur des déchets. D’abord, une importante baisse des volumes, ce qui est une première après trente ans de croissance. Ensuite, une transformation progressive de l’activité. Auparavant, les déchets étaient collectés et mis en décharge. Maintenant, ils sont collectés, triés et valorisés sous formes d’énergie ou de matière. Nous en extrayons des "matières premières secondaires". En premier lieu, la ferraille et le papier, mais aussi le bois et les plastiques. Ces derniers sont un grand champ d’investigation en matière de création de carburant, de valorisation de bouteilles, de réutilisation des PVC ou de fabrication de bioplastiques.

Quels sont vos objectifs ?

Suez Environnement traite 24 millions de tonnes de déchets en Europe et 8 millions de tonnes dans le reste monde. En 2010, une tonne était mise en décharge pour une tonne recyclée. En 2017 ou 2018, nous atteindrons deux tonnes recyclées pour une tonne mise en décharge. Aujourd’hui, nous sommes à 1,4. Cette tendance est liée à la réglementation européenne mais est aussi à la volonté des industriels. L’économie circulaire n’est pas une lubie d’illuminés. Les industriels prennent conscience que la bataille pour les matières premières est une bataille de compétitivité.

Comment travaillez-vous ?

Autrefois, notre métier consistait à attendre à la porte des industriels qu’ils nous apportent leurs déchets. Aujourd’hui et surtout demain, il s’agira de réfléchir avec eux à comment récupérer les matières secondaires inutilisées sur leurs chaînes de fabrication et les réutiliser dans le process industriel. Les industriels souhaitent créer des circuits courts de matières premières. Sur le métal, nous avons monté par exemple une coentreprise avec Renault qui intervient sur la quasi-totalité de ses usines. L’objectif est de capter les matières premières secondaires, de les traiter et d’aller les négocier auprès des fondeurs de tôles comme ArcelorMittal. Cela représente plus d’un million de tonnes par an.

Votre métier change-t-il aussi dans l’eau ?

De plus en plus, les clients ont la volonté de comprendre ce qui se passe dans la formation du prix de l’eau. Par ailleurs, nos clients finaux veulent connaître leur consommation en continu grâce à des compteurs intelligents pour détecter des fuites. C’est vrai dans de nombreux endroits : en France, en Jordanie, en Espagne, aux États-Unis, en Inde, en Chine… Ces pays ne veulent pas des tuyaux, ils veulent des villes durables intelligentes. Le traitement de l’eau industrielle est aussi un domaine qui croît. Par exemple, dans le secteur pétrolier, il faut de plus en plus d’eau par baril extrait.

Envisagez-vous d’autres axes de développement ?

La remédiation, le traitement des sols pollués, prend de l’ampleur partout. En ex-URSS, en Chine, en Inde, d’anciens sites industriels présentent des niveaux de pollution de sols inimaginables. Dans les pays émergents, la priorité a d’abord été de bâtir une industrie forte pour sortir du sous-développement. Mais l’apparition de classes moyennes induit une volonté de bien-être environnemental. C’est un axe majeur de développement.

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