Economie

Les matières premières dans l'âge de l'instabilité

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Le dernier rapport Cyclope revient sur 25 ans de développement accéléré des marchés de commodités. Son auteur, Philippe Chalmin souligne le passage du stable à l'instable avec la fin des prix producteurs pour les métaux et des marchés agricoles organisés. La volatilité de ces marchés à une fois de plus participé à la révolte qui a balayé l'autre rive de la Méditerranée.

Les matières premières dans l'âge de l'instabilité © FlickR - CC

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"Je n’aurais pas imaginé, il y a vingt-cinq ans, lorsque le premier numéro de CyclOpe a été publié, l’importance prise par les commodités", nous a expliqué Philippe Chalmin, professeur à Dauphine et deus ex machina de la somme annuelle des matières premières. En 1986, les prix des matières, affaiblis par le contrechoc pétrolier, étaient au plus bas. A tel point que le Conseil international de l’étain et l’accord international sur le café, qui tentaient de réguler les prix, avaient implosé.

En avril 2011, les prix ont pratiquement retrouvé leur sommet historique de juillet 2008, étant en moyenne sept fois supérieurs à ce qu’ils étaient en 1986, provoquant en retour un choc comparable à ceux des années 1970. "Et pourtant, s’inquiète Philippe Chalmin, il n’y a pas en France de relève dans qui se consacre à la recherche dans ce secteur, si ce n’est dans l’énergie et, dans une moindre mesure, dans l’agriculture."

 

Cette période a enregistré une mutation majeure, véritable passage du stable à l’instable. Ont ainsi été abandonnés les prix producteurs dans les métaux, la règlementation et l’organisation des prix agricoles et, bien sûr, la stabilité monétaires. Est arrivé "le temps de l’instabilité absolue", le sous-titre que le professeur a failli donner à la dernière livraison de sa publication annuelle.

La "mondialisation" s’est de même étendue à l’ensemble de la planète. Mais la conscience du bouleversement n’est pas totale, estime Philippe Chalmin qui nous a confié avoir dû expliquer récemment à des producteurs chinois la "révolution culturelle" qui a transformé la sidérurgie.

Le sous-titre finalement choisi : "Le Printemps des peuples et malédiction des matières premières", souligne le rapport avec la vague révolutionnaire qui a emporté l’Europe en 1848. Cette vague de soulèvement avait été préparée par l’irruption de crises alimentaires, en particulier celle de la pomme de terre en Irlande en 1845 ou le triplement du prix du blé à Paris en 1848.

S’il ne s’agit pas en 2011 d’émeutes de la faim en Afrique du Nord et au Moyen–Orient, la vie chère a fortement contribué à la naissance de ces mouvements. Et, encore une fois, ces mouvements ont eu lieu dans des pays qui se sont révélés incapables de gérer leurs richesses naturelles. Cette malédiction touche même la très prudente Norvège qui affiche le taux de croissance le plus bas parmi les pays d’Europe du Nord.

Ce nouvel envol des prix, ainsi que la volatilité qui lui est associée ont ramené au premier plan les traditionnels débats sur la régulation des marchés. Le G20 a d’ailleurs mis la stabilisation des marchés à l’ordre du jour.

La correction du mois de mai était prévisible et, sauf accident majeur, les prix ne devraient pas retrouver à court terme les sommets atteints en début d’année. Même le pétrole va subir des tensions à la baisse, prévoit Philippe Chalmin qui table pour les métaux de base sur une consolidation des prix.

Par contre, la situation est inquiétante pour les produits agricoles, avec des stocks de clôture en baisse, particulièrement pour le maïs. Des accidents climatiques majeurs auraient des conséquences catastrophiques, met-il en garde.

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