Les marques cultivent la botanique

Le savoir botanique resurgit de nos mémoires. Les vertus séculaires des plantes rassurent le consommateur et le font rêver. Quand nature rime avec bien-être et sécurité.

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Les marques cultivent la botanique
Lupin blanc antifatigue, Lapacho des Incas antiviral, Himanthalia Elongata et Pinus Lambertiana aux vertus hydro-régulatrices, la recette n'a rien de culinaire, mais relève de la botanique ! Ces plantes " chameaux ", aptes à se réguler en milieu très sec ou très humide, servent la nouvelle ligne de soins multihydratants Anti-Soif de Clarins. Alors que le distributeur britannique Boots fait aussi appel au " pur pouvoir des plantes " pour sa ligne de soins de beauté Botanics, qui, pour la première fois, comprend aussi une décli- naison au masculin. L'esprit botanique est dans l'air du temps. Au récent salon Interfilière, à Lyon, tisseurs, brodeurs et dentelliers offraient une profusion de fleurs champêtres, herbes folles, brindilles ou feuillages arachnéens. Les plantes et l'histoire culturelle qui s'y rattache suscitent l'engouement des marques. " Nous nous en réjouissons. Il faut valoriser les propriétés thérapeutiques des plantes et leur efficacité. Les pharmacopées de tous les continents sont un gisement de savoir et de sagesse pour l'homme, à condition de préserver les espèces et de vérifier leur innocuité ", se réjouit le docteur Catherine Bombal, directrice de l'information scientifique de Clarins. L'entreprise valide elle-même les matières premières de ses fournisseurs. " Un produit fini subit en moyenne 300 tests quant à ses principes actifs ", souligne t-elle. Face aux peurs du consommateur échaudé par les affaires de sang contaminé, de " vache folle "ou de listéria, la nature conserve ses vertus rassurantes. Pour Marc Follmer, directeur général de Weleda, " la peur de l'animal incite le public à se replier vers l'univers végétal, qui le rassure et dont il comprend l'énorme potentiel ". Créée il y a quatre-vingts ans, la marque conçoit médicaments, soins et phytodiététique à partir de substances végétales et minérales agissant sur l'organisme dans sa glo-balité. Telles ses essences de bain revitalisantes. Pour la PMI, la botanique demeure un champ de recherches privilégié. " C'est un domaine qui reste accessible aux petites et moyennes entreprises en termes de coût. On travaille sur le connu, les pharmacopées, tout en innovant grâce à une meilleure compréhension des substances et des molécules ", explique Marc Follmer. Prévention et phytothérapie séduisent le consommateur Un intérêt qui se justifie dans une époque vouée à la recherche systématique du bien-être. Les plantes se révèlent alors de précieuses alliées pour retrouver forme et équilibre face à la pression sociale. Prévention et phytothérapie séduisent le consommateur. Les Américains dépensent ainsi chaque année 5 milliards de dollars en remèdes naturels. Les produits à base de gingko biloba, de millepertuis ou d'échinacée font fureur. En France, les laboratoires Ephytem ont conçu Vitalessence à base d'éleuthérocoque, une plante adaptogène antistress, de kola antiasthénique et de guarana tonifiant. Gerblé, leader en diététique, introduit un ingrédient ressort, le calice d'hibiscus, dit " thé de santé ", dans le Cocktail du Matin de sa gamme Vitalité et Nutrition. Les produits issus de la mer, notamment les algues, remportent aussi un franc succès. " Rappelons que les algues bleues sont à l'origine de la création de l'oxygène. Ce sont des concentrés de vie qui ressourcent le corps en profondeur. Les oligoéléments relaient les vitamines ", souligne Jean-François Molina, directeur du marketing du groupe Solabia, spécialiste des bioactifs végétaux pour les cosmétiques et la pharmacie. L'enveloppement d'algues laminaires de Maria Galland est un basique de la marque : ces rhodophycées micronisées pleines de minéraux remettent sur pied un organisme au bout du rouleau. Un réservoir de merveilleux Bien évidemment, le recours au bénéfice des végétaux ne date pas d'hier. Toutes les civilisations ont fait usage des plantes qui font partie intégrante de la culture. " Submergé par la technologie, le public se révèle très réceptif aux histoires. Par les plantes, il découvre des peuples, des savoir-faire, des traditions et des légen-des ", affirme Catherine Esteban, qui lance les bijoux en tissu parfumé Oh les fleurs ! pour sa collection d'été 2001. La cofondatrice de la marque de fragrances pour la maison souscrit à cette envie avec son ouvrage " La Voie de l'encens ", qui conte les origines de ce symbole oriental, ses différentes compositions et son cérémonial. Même analyse pour Jean-François Molina, qui observe ce goût du voyage et du rêve autour des plantes proches, " terroir ", ou lointaines, façon Ushuaïa. Pour Hélène Capgras, responsable des cosmétiques du cabinet Martine Le Herpeur, " le vert, enraciné dans notre culture et oublié, resurgit de tous côtés : dans nos assiettes avec herbes médicinales et jus verts ; pour la santé en panachant des savoirs issus des diverses civilisations. En cosmétique, le végétal est un réservoir de merveilleux, enrichi d'une perspective alliant Marco Polo et les chamanes ". L'univers végétal apporte aussi cette poésie dans la maison et envahit les arts de la table. La collection de vases Arcade de Paola Navone, distribuée par MG Diffusion, en est l'illustration : vases Grass élancés comme des tiges, cocons verdissants à reliefs nervurés, tubes en bambou, coupes goutte d'eau, un travail d'orfèvre qui décline formes, couleurs et aspérités naturelles. Feuilles, brindilles d'herbe et légumes agrémentent assiettes et couverts tels les plats feuillage de Christian Tortu et les cuillères à feuilles d'argent de L'Ecuyer. Alors que, dans un registre plus accessible au grand public, la collection Vertige de Seb convertit au vert 35 objets de petit élec- troménager de cuisine. " Pour mettre un coup de frais dans son intérieur. "
Astrid Vitols

L'ethnobotanique sous contrôle de la science Jean-François Molina, directeur du marketing du groupe Solabia, spécialisé dans la fabrication de principes actifs et d'extraits végétaux destinés aux cosmétiques et la pharmacie, observe que l'on se rapproche de " la connaissance par l'expérience, c'est-à-dire l'étude et la redécouverte des pharmacopées de différents pays pour comprendre les propriétés des plantes qui s'y trouvent, en conjuguant observations et tests scientifiques, et culture ethnobotanique. Les plantes ont toutes une histoire et témoignent de traditions, de rituels et de légendes. C'est ce mélange de savoir, de rêve et de connaissances ancestrales qui va de plus en plus séduire le consommateur. Toutes les civilisations ont utilisé les plantes et leurs prodigieuses vertus pour soigner ou embellir. L'homme moderne s'y intéresse avec force en réaction aux contaminations multiples autour du monde animal. Il pense végétal égal naturel et sain, ce qui est faux. Les technologies sont là pour valider la totale innocuité des plantes sur l'individu, l'essentiel est qu'il puisse se fier à une nature sécurisée, contrôlée en laboratoire ".

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