Les majors du pétrole imposent la diète à leurs fournisseurs

par Lionel Laurent et Blaise Robinson

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LONDRES/PARIS (Reuters) - Les réductions de dépenses des grandes compagnies pétrolières confrontées à la chute des cours du brut mettent à mal les finances et les cours de Bourse de leurs fournisseurs, les investisseurs s'interrogeant sur la pérennité de leur modèle.

La liste des projets retardés ou annulés s'allonge et commence à peser sur les résultats des sous-traitants, dont certains des plus fragiles en Europe ont déjà vu chuter leur valeur boursière.

Le néerlandais Fugro, membre de l'indice AEX des 30 valeurs vedettes de la Bourse d'Amsterdam, a vu son action plonger de plus de 30% en une semaine après l'annonce le 29 octobre du non versement d'un dividende en 2014.

Lundi matin, le titre gagnait plus de 30% dans les premiers échanges, la société se disant prête à des coopérations après le rachat de 15% de son capital par son concurrent Boskalis.

La volatilité du secteur risque encore de s'accroître, avertissent analystes et gérants, car l'effondrement des cours du brut, du fait d'une offre surabondante et des craintes de ralentissement de la demande, et l'effet à retardement des baisses d'investissements maintiennent la pression sur les sociétés parapétrolières.

"Les sociétés de services pétroliers sont comme les banques de la zone euro il y a quelques années. Elles sont sinistrées, et la situation risque fort d'empirer", dit Arnaud Scarpaci, gérant chez Montaigne Capital à Paris.

Cela pourrait ternir l'attrait d'un secteur de l'énergie qui a été l'un des plus rémunérateurs pour les actionnaires depuis la crise financière, avec des versements de dividendes qui ont totalisé 41,6 milliards de dollars (33,4 milliards de dollars) rien qu'au deuxième trimestre 2014, selon les données de Henderson Global Investors.

LES FONDS SPÉCULATIFS À L'AFFÛT

Pour Nomura, le norvégien Seadrill est un bon exemple d'une société qui pourrait réduire son dividende en 2015 pour maintenir ses finances à flot. L'entreprise n'a pas souhaité faire de commentaire.

Le prix du Brent de mer du Nord, la référence du marché mondial, a chuté de près de 30% en cinq mois pour tomber sous 83 dollars le baril ces dernières semaines, au plus bas depuis quatre ans.

Cette chute a pris de court les grandes compagnies pétrolières (Total par exemple utilise toujours un prix moyen de 100 dollars le baril dans ses projections) et commence à grever leurs budgets d'exploration.

Mais leur taille et la diversité de leurs activités leur permettent de faire le gros dos et de continuer à soigner leurs actionnaires, à l'image de BP qui a agréablement surpris en majorant son dividende le mois dernier.

"La baisse des cours du pétrole ne va pas inciter les compagnies pétrolières à investir à court terme (...) Cela a tiré à la baisse le secteur des services pétroliers mais a aussi été aggravé, dans certains cas dont celui de Fugro, par des bilans trop tirés", relève Alain Parent, analyste chez Natixis à Paris.

PESSIMISME

Contacté par Reuters, Fugro reste positif sur son potentiel à long terme mais reconnaît être confronté à des conditions de marché difficiles à moyen terme du fait des réductions des investissements des majors.

La semaine dernières, le français CGG a annoncé une baisse de 24% de son chiffre d'affaires trimestriel et le norvégien Aker Solutions a averti que certains grands projets pourraient être reportés.

Les difficultés des parapétrolières ont attiré l'attention des fonds spéculatifs. Avec entre 8 et 10% de leur capital en actions emprunté dans l'anticipation d'une baisse de leurs cours, CGG, Fugro et Seadrill font partie des valeurs les plus "shortées" en Europe selon les données de Markit.

Les hedge funds AQR Capital Management, Marshall Wace, BlackRock Investment Management, Citadel Advisors et Oxford Asset Management comptent parmi les fonds avec le plus de positions vendeuses sur le secteur.

Ces fonds n'ont pas souhaité commenter ou n'ont pu être joints, pas plus que Petroleum Geo-Services. Un porte-parole de CGG a renvoyé aux propos tenus jeudi par le directeur général du groupe, Jean-Georges Malcor, qui a insisté sur les ajustements déjà effectués.

Arnaud Scarpaci, de Montaigne Capital, dit s'attendre à une poursuite de la volatilité dans les prochaines semaines.

"Le niveau de pessimisme atteint un point élevé tant pour les cours du pétrole brut que pour les valeurs du secteur, il y a donc un risque de rebonds et de rachats de découvert qui ne dureront pas."

Certains observateurs jugent que les surcapacités et la fragilité de certaines firmes permettront à terme une consolidation, au profit des gros acteurs du secteur. Mais la route risque d'être longue avant un changement durable du sentiment des investisseurs.

(avec la contribution de Vikram Subhedar à Londres et de Thomas Escritt à Amsterdam, Véronique Tison pour le service français, édité par Marc Angrand)

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