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Les liaisons Corse-Continent naviguent toujours en eaux troubles

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L'ex-SNCM, rebaptisée MCM, pourrait ne plus opérer dans les conditions envisagées lors de sa reprise en novembre à la barre du tribunal de commerce par le groupe Rocca. Le lancement par Corsica Linea, fondée par deux candidats-repreneurs éconduits, d'une nouvelle ligne privée a généré un double blocus de navires à Marseille et en Corse jusqu'à lundi soir. La situation est entre les mains de la collectivité territoriale corse, nationaliste, qui propose une table ronde ce mercredi.

Les entreprises citées


Crédit Louis Moutard-Martin - Wimedia commons

Comment s'opéreront à l'avenir les transports de fret et de passagers entre la Corse et la métropole ? A ce jour, difficile d'y voir clair tant les événements de cette dernière semaine compliquent une donne qui pouvait apparaître simplifiée, après la décision du tribunal de commerce de Marseille de confier la reprise de la SNCM, aujourd'hui MCM, au groupe de Patrick Rocca, le 20 novembre 2015. La situation s'est tendue, avec l’arrivée d’une compagnie concurrente et suite au blocage par les marins de la CGT de du Stena Carrier, en rade de Marseille, pour l'empêcher d'entrer dans le port et d'y débarquer ses marchandises dont des denrées périssables. Le navire, sous pavillon danois, a été affrété par la Corsica Linea, émanation de Corsica Maritima et Baja Ferries (ex-candidats à la reprise de la SNCM). Il est opéré sur fonds privés.

Maintenu malgré une décision du TGI de Marseille du 8 janvier ordonnant sa levée immédiate sous peine d'une astreinte de 30 000 euros par jour, le blocage a provoqué une réplique côté corse par des partisans et des actionnaires de Corsica Maritima durant le week-end.

Tensions et levée du blocus

Le Girolata de La Méridionale a été privé durant cinq heures d'accoster dans le port de Bastia. La même déconvenue est arrivée à Ajaccio, au Jean Nicoli, de la MCM, bloqué par des camions, alors que les deux bateaux des compagnies délégataires de service public devaient assurer un service minimum entre la Corse et le continent.

Corsica Maritima a expliqué son mouvement par le fait que l'Etat n'intervenait pas à Marseille pour lever le blocus. "Au moment où notre compagnie ne peut exercer librement son activité sur Marseille, il n'est pas concevable de laisser ceux qui nous empêchent de travailler sur le continent d'exercer en toute impunité leur rotation" indiquait-elle, fustigeant "une entrave à la liberté d'entreprise et de circulation". Les marins de la CGT (MCM et Méridionale) ayant voté la cessation de leur grève, le Stena Carrier a pu finalement accoster lundi en fin d'après-midi et être déchargé par les dockers, ce qui a entraîné dans la foulée la libération des deux navires coincés dans l'Ile de Beauté.

Quatre possibilités

Ce rapport de forces rend les lendemains des plus incertains sur la nature future des liaisons entre la Corse et Marseille. L'ex-SNCM a beau avoir été reprise avec l'engagement du groupe Rocca de conserver 873 salariés (sur près de 1 500), rien ne dit qu'elle pourra les assurer avec la Méridionale et ses 400 salariés dans les mêmes conditions de délégation que par le passé. Ainsi que le rappelait, avant que le Stena Carrier n'accoste, Roland Blum, l'adjoint au maire de Marseille, délégué aux finances, au budget et à la charte ville-port, "d'un point de vue strictement légal, rien ne s'oppose à l'entrée du Stena Carrier dans le port sous réserve d'avoir respecté toutes les prescriptions légales imposées par l'Office des Transports Corse (OTC). Mais la MCM se trouverait dès le départ fragilisée par une concurrence remettant en cause l'économie même de cette délégation de service".

Il enjoignait la collectivité territoriale de Corse (CTC) de faire savoir rapidement si elle souhaitait un maintien de la délégation de service public (DSP) dont les conditions de renouvellement doivent être décidées avant octobre 2016, ou si elle optait pour d'autres solutions : une simple obligation de service public, la création d'une compagnie régionale ou une concurrence frontale. Selon l'option choisie, les menaces pourraient être lourdes pour la MCM et la Méridionale. MCM l'admet en regrettant "l'attaque frontale" de Corsica Linea qui "pose la question de l'équilibre de la DSP : il n'est pas de l'intérêt général que le privé essaie de s'accaparer les lignes rentables, parfaitement desservies par les compagnies de la DSP, et laisse l'argent public couvrir les pertes d'un service de mise en œuvre du principe de la continuité territoriale". Quant à la CGT, en soutien aux marins en grève, elle affirmait qu' "il n'y a pas la place pour une compagnie low-cost sur le trafic de marchandises", au risque de détruire la délégation de service public.

Une exigence sans tabou

La CTC, par son président Gilles Siméoni, l'Assemblée de Corse, via Jean-Guy Talamoni, son président, et l'OTC par la voix de son président Jean-Félix Acquaviva, ont partiellement répondu sur leurs intentions dans un communiqué commun le 10 janvier. Déterminés à "tourner définitivement le dos aux errements du passé" qui conduisaient à la "prise en otage" de la population corse, ils veulent engager "un dialogue sans tabou sur l'ensemble du système de continuité territoriale". La nouvelle majorité nationaliste veut définir "les conditions de faisabilité financières, juridiques et techniques d'une compagnie corse tant en ce qui concerne l'investissement que l'exploitation. Une compagnie rassemblant acteurs publics et privés, maîtrisée par la CTC". Elle veut aussi "redéfinir le dispositif global du système délégation de service public/obligations de service public". Le tout dans l'objectif de mettre en œuvre "une politique de continuité territoriale européenne et méditerranéenne permettant à la Corse de développer des synergies avec ses voisins et d'inscrire son économie dans une dynamique d'ouverture et d'échanges".

Nouvelle configuration en vue

Se revendiquant de 130 chefs d'entreprises et acteurs économiques corses, Corsica Linea est prête à cette remise à plat. Elle n'entend pas voir se reproduire un système, selon elle, "de décennies de surcoûts tarifaires dans les transports qui ont très régulièrement conduit à la paralysie totale de l'île. La concurrence ne doit faire peur à personne quand elle est légale et transparente. La situation de monopole ne profite qu'à ceux qui l'exploitent. Elle a été jusque-là néfaste à la Corse". Ses dirigeants ont annoncé qu'un second navire entrerait en service entre Marseille et Ajaccio le 1er février. Ils soutiennent paradoxalement ne pas "remettre en cause l'indispensable service public".

Les chefs d'entreprises provençaux, représentés par l'UPE 13 (Medef des Bouches-du-Rhône), s'insurgent contre "un malheureux retour à des pratiques et des tensions d'un autre âge", selon eux, "dangereux et suicidaire pour le développement de nos ports et de nos territoires respectifs, de nos entreprises et de nos activités". S'avouant particulièrement inquiet pour la pérennité de la MCM, voire de la Méridionale, Roland Blum en appelle à l'Etat et au ministre des Transports pour qu'il ramène tout le monde autour d'une table de négociations. Une revendication partagée par de nombreux acteurs mais à laquelle, pour l'heure, le gouvernement n'a pas donné suite.

En revanche, la CTC, l'Assemblée de Corse et l'OTC, après la levée du blocus à Marseille puis en Corse, ont réitéré leur invitation à une rencontre mercredi matin avec l'intersyndicale de MCM et La Méridionale et entendre ses propositions, sur les bases qu'elles ont exposées, pour "la mise en place d'une nouvelle configuration des transports maritimes de la Corse".

Jean-Christophe Barla

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