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L'Usine de l'Energie

Les leçons de l’Energiewende

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La transition énergétique a besoin d’un nouveau souffle… dont pourrait s’inspirer la France. L’Allemagne a réussi, non sans dommage, son pari de développer les énergies renouvelables. 

Les leçons de l’Energiewende
La plus grande ferme éolienne offshore allemande, d’une puissance de 400 MW, a été inaugurée en mer du Nord le 26 août.

Suicide industriel annoncé, black-out assuré, importations massives d’électricité… Avec l’Energiewende [la transition énergétique, ndlr], l’Allemagne allait droit dans le mur, prédisaient les Cassandre. Pourtant, après dix ans de soutien massif aux énergies renouvelables et deux ans après la catastrophe de Fukushima et la fermeture de huit réacteurs nucléaires, le pays est toujours debout. Mieux, l’Allemagne est en ligne avec ses objectifs : 80% d’électricité d’origine renouvelable et la création de quelque 400 000 emplois verts. L’Energiewende a pourtant besoin d’un nouveau souffle. Attaqué pour son coût, bridé par l’engorgement des réseaux, décrié par son champion Siemens, le chantier du siècle est en butte à l’hostilité de ses voisins. L’Allemagne émet beaucoup trop de CO2… Si la France persiste à vouloir la copier, elle doit éviter certains pièges.

elle coûte cher

Pour un Allemand, les polémiques françaises autour des sommes consacrées au développement des énergies renouvelables (EnR) ont de quoi faire sourire. À en croire Peter Altmaier, le ministre allemand de l’Environnement, le coût de la transition énergétique atteindra 1 000 milliards d’euros à l’horizon 2040 ! Ce montant annoncé début 2013, sans trop de détails et additionnant tout ce qui était possible de l’être sans tenir compte des gains apportés par la transition énergétique, est peu crédible. Mais il traduit l’affolement qui a gagné le gouvernement d’Angela Merkel en cette année électorale : la facture des EnR s’envole.

Mis en place en 2000, le rachat à tarif bonifié de l’électricité d’origine renouvelable devrait atteindre un total de 86 milliards d’euros à la fin de l’année. Pour 2013, l’addition s’élèvera à 20 milliards, contre 3 milliards en France ! Les Allemands, pourtant acquis à l’Energiewende, commencent à grincer des dents. Les particuliers sont les premiers contributeurs au prélèvement EEG prévu par la loi sur les énergies renouvelables de 2009. L’industrie, elle, bénéficie de larges exemptions, toujours plus nombreuses et plus contestées. Perçu comme intenable, ce système de financement devrait être réformé en profondeur après les élections législatives du 22 septembre. À l’inverse, les promoteurs des EnR promettent un avenir plus rose : les prix des panneaux et des éoliennes chutent…

Elle a augmenté les émissions de CO2

C’est l’un des effets les plus inattendus et des plus délétères de la transition énergétique à l’allemande : la hausse des émissions de CO2. Entre 2011 et 2012, elles ont grimpé de 4%. Plus qu’un paradoxe, c’est une quasi-catastrophe, alors que l’objectif de 80% d’électricité d’origine renouvelable dans le mix énergétique en 2050 doit s’accompagner d’une diminution de 80% à 95% de ces émissions. L’arrêt brutal des très rentables réacteurs nucléaires a poussé E.on et RWE à se tourner vers des solutions compétitives. Tout le monde s’attendait à voir le gaz prendre le relais. Pas de chance, c’est le charbon et le lignite, extraits en Allemagne et achetés sur les marchés, qui sont revenus sur le devant de la scène. La raison est conjoncturelle : un afflux massif de charbon nord-américain a fait chuter au plus bas les cours en Europe. Oubliant ses objectifs, l’Allemagne pousse donc ses 130 centrales à charbon. Elle construit 20 unités thermiques supplémentaires et rouvre des mines à ciel ouvert. Dans le même temps, les centrales à gaz, peu polluantes et indispensables à l’équilibre du réseau électrique, ferment.

Elle encombre les réseaux

L’Allemagne souffre d’une contradiction importante : les EnR sont majoritairement produites dans le nord du pays, tandis que la consommation est plus forte au sud et à l’ouest. Un hiatus aggravé par la fermeture des centrales nucléaires dans le sud. Résultat : les quantités croissantes d’électricité qui doivent traverser le pays butent sur un réseau haute tension sous-dimensionné. "Le manque de réseau Nord-Sud est devenu le goulet d’étranglement de l’Energiewende", résume Hervé Mignon, le directeur économie, prospective et transparence de Réseau de transport d’électricité (RTE).

En 2009, la loi Enlag définit des corridors prioritaires. Sur les 2 000 km de lignes prévus, seuls 250 ont été construits. Rejet du public et lourdeurs administratives font que 15 des 24 projets recensés accusent déjà des retards allant jusqu’à six ans… La loi Nabeg, adoptée en 2011, simplifie les procédures et limite les recours : les délais de construction d’une ligne devraient être réduits à quatre ans, au lieu de huit ou dix ans aujourd’hui. Une initiative appréciée par Hervé Mignon : "En France aussi, il convient de réduire l’écart entre le temps de construction du réseau et celui des moyens de production."

Elle peut détruire de la valeur

La transition énergétique allemande a créé de la valeur et de l’emploi. Elle en a aussi détruit. Les électriciens nationaux ont pâti en particulier de la sortie de l’atome. E.on, le premier électricien du pays, a enregistré l’an passé la première perte nette de son histoire : 2,2 milliards d’euros. Dans la foulée, le géant a annoncé 11 000 suppressions d’emploi. Le deuxième électricien, RWE, prévoit de supprimer 2 400 postes. Ces secousses de la transition s’exportent peu à peu. En produisant massivement de l’électricité d’origine renouvelable sur un réseau insuffisant, l’Allemagne colonise le réseau électrique de ses voisins. Les électrons produits en masse au nord du pays arrivent au sud en passant par la Pologne, la France, la République tchèque… Des flux qui menacent l’équilibre électrique de ces pays.

L’Allemagne déstabilise aussi le marché financier de l’électricité. Les productions massives d’EnR dépassent parfois les besoins du pays. L’Europe se retrouve confrontée à une chute globale des prix de l’électricité. Ainsi, le 20 juin, la Bourse européenne Epex Spot a constaté, pendant quatorze heures, des prix négatifs, entre - 40 et - 200 euros par mégawatt-heure ! Ces prix bas, loin de profiter aux particuliers, fragilisent la rentabilité des installations d’appoint, surtout les centrales à gaz, qui sont arrêtées ou mises sous cocon. Elles sont pourtant indispensables pour éviter le risque de black-out en Allemagne… et en Europe !

Une sortie du nucléaire en deux temps



Dès 2000, le chancelier Gerhard Schröder annonce que l’Allemagne sortira du nucléaire à l’horizon 2020. Une décision remise en cause en 2010 par Angela Merkel. La chancelière se prononcera même en faveur de la prolongation de la durée de vie des réacteurs. Mais le 11 mars 2011, lorsque survient l’accident de Fukushima, elle revient sur sa position. Les 17 réacteurs allemands doivent être arrêtés progressivement d’ici à 2022. Immédiatement, les sept réacteurs les plus anciens sont stoppés, ainsi qu’un huitième, sujet à des pannes à répétition. Brutalement, 8 000 MW de production disparaissent du réseau. La part du nucléaire dans le mix électrique allemand passe en quelques mois de 22,4% à 16%. L’Allemagne compense sans difficulté par les énergies renouvelables et par la production thermique à base de charbon et de lignite. Depuis, les grands opérateurs, dont E.on et RWE, ont annoncé des résultats annuels en perte et de massives suppressions de postes.

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