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L'Usine Santé

Les labos partent en guerre contre le cancer

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Pour mettre au point les anticancéreux de demain, l’industrie pharmaceutique investit massivement dans de nouvelles technologies.

Les labos partent en guerre contre le cancer © Les laboratoires orientent leur R & D vers de nouvelles voies, notamment les thérapies ciblées et les associations de traitements.

C’est la maladie du xxie siècle. En 2012, 14 millions de personnes à travers le monde se sont vu diagnostiquer un cancer. Huit millions en sont décédées. L’équivalent de la population de la Suisse ou d’Israël… Pour vaincre ce fléau, qui n’épargne aucune région du globe, les gouvernements multiplient les grands plans d’action. En janvier, Barack Obama annonçait un ambitieux programme de 1 milliard de dollars (900 millions d’euros) : la Moonshot initiative. Elle combine diagnostic, suivi, prévention et traitements. Tandis que 1,5 milliard d’euros a été promis en 2014 par François Hollande pour le troisième plan Cancer, qui court jusqu’en 2019.

Des perspectives qui mobilisent l’industrie pharmaceutique. Plus de 500 entreprises finalisent les essais d’anticancéreux, selon le cabinet d’études IMS Health. Même le géant du nucléaire Areva s’est engagé dans la bataille. En couplant le plomb 212, un radioélément qu’il produit à partir du thorium, avec un anticorps injecté au patient, il espère concevoir des traitements plus ciblés en radiothérapie et atteindre des tumeurs difficiles d’accès.

Quant aux laboratoires français plus traditionnels, ils n’hésitent pas à casser leur tirelire. C’est le cas d’Ipsen, qui a déboursé 180 millions d’euros en février et pourrait payer jusqu’à 500 millions d’euros pour s’emparer des droits (hors Amérique du Nord et Japon) sur le traitement de niche d’une biotech californienne. Chez Sanofi, champion français de la pharmacie, le nouveau patron a fait de l’oncologie l’une de ses priorités. Il compte bien rattraper son retard et annonçait en janvier dernier plus de 1 milliard d’euros d’investissements dans des partenariats. Et il a tenté pendant plusieurs mois de croquer, pour 9 milliards d’euros, l’américain Medivation, aux produits prometteurs contre le cancer du sein et détenteur d’un traitement déjà commercialisé dans la prostate. Mais il a perdu la bataille face à l’américain Pfizer, qui a mis sur la table près de 14 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros)… Servier, quant à lui, a su attirer le numéro un mondial du secteur Novartis pour collaborer. Et investit la moitié de ses bénéfices pour se faire une place sur ce marché à l’horizon 2020-2024. N’hésitant pas à explorer des voies risquées, comme la thérapie cellulaire [lire page 56].

Pas de technologie miracle

Cette mobilisation massive commence à porter ses fruits. Entre 2011 et 2015, 70 nouveaux médicaments anticancéreux ont été lancés dans le monde, couvrant une vingtaine d’indications, selon IMS. Et parmi les centaines de molécules en développement, 87 % sont des « thérapies ciblées », visant à offrir une médecine plus personnalisée en s’adaptant au profil génétique des malades et de leur tumeur. C’est la spécialité du géant suisse Roche. Pour garder ses 30 % de parts de marché, il teste actuellement chez l’homme 32 molécules. Problème, « la survie dans le cancer est améliorée de 1,6 à 2 % chaque année, mais il reste encore des progrès à réaliser, notamment dans les tumeurs de type solide », reconnaît Dietmar Berger, qui supervise le développement de ses anticancéreux. Malgré les progrès réalisés par le séquençage de l’ADN et la médecine personnalisée, le cancer fait de la résistance. Pour le poumon, par exemple, ce n’est pas une, mais quatorze différentes maladies qu’il faut combattre, avec chacune ses propres caractéristiques moléculaires !

De nouvelles voies sont donc explorées, avec leurs limites… La technologie miracle n’existe pas, reconnaît Jérôme Garnier, le directeur médical France de l’américain Celgene. « La complexité de la maladie laisse à penser que ce seront des associations qui nous permettront de repousser l’espérance de vie : chimiothérapie, traitement ciblé, radiothérapie, immunothérapie, mais aussi thérapie cellulaire… » Reste la question de leur prix [lire l’encadré ci-dessus] et celle des effets secondaires tolérés par les patients… Le chemin à parcourir sera encore long pour transformer le cancer en maladie chronique, voire pour le guérir. Rendant l’utilisation des big data et la collaboration entre entreprises et institutions de pointe comme l’institut Gustave Roussy encore plus indispensables… 

Débat sur le prix des anticancéreux

Les chiffres du cabinet IMS Health ont ravivé la polémique. En 2015, les dépenses mondiales pour lutter contre le cancer ont atteint 94 milliards d’euros, soit une hausse de 11,5 %. Une facture qui devrait grimper à 132 milliards en 2020. Trop chers, les anticancéreux ? Des oncologues et associations l’assurent. Or la mise au point d’une innovation est très coûteuse – 1,3 milliard d’euros en moyenne –, car longue et risquée, insiste l’industrie pharmaceutique. Les labos sont-ils trop gourmands ? Novartis propose son Glivec dans la lutte contre la leucémie pour 40 000 euros par an et, selon Médecins du monde, le Keytruda de Merck coûte 100 000 euros. Dans l’immunothérapie, « les innovations arrivent peu à peu, avec en premier lieu des monothérapies s’adressant à un petit nombre de patients, assure Arnaud Bedin, le directeur médical oncologie de BMS France. Les indications plus larges et les associations arriveront dans quelques années. Le système a le temps de s’adapter. En France, les dépenses de médicaments ont peu évolué depuis 2007. Les anticancéreux représentent 2 % du budget de la Sécurité sociale. Et certains traitements vont perdre leur brevet dans les cinq ans à venir, ce qui va générer des économies permettant de financer les innovations ». L’industrie expérimente aussi le concept d’« efficace ou remboursé ». C’est le cas du laboratoire Celgene avec l’Imnovid, un traitement contre des cancers rares du sang, dont le tarif pourra être réévalué en fonction de son impact réel. Les prémices d’une coopération internationale sur les prix des médicaments innovants ont été posées début septembre, lors du sommet du G7 au Japon. La Française Marisol Touraine a annoncé que l’OCDE allait mener une étude « diagnostique » de la situation, puis énoncer des propositions d’amélioration de la soutenabilité de l’accès aux médicaments innovants. Un rapport intermédiaire est attendu en janvier. 

Tous touchés

  • Un marché mondial de 94 milliards d’euros en 2015 (en hausse de 11,5 %)
  • Dont 43 % aux États-Unis et 20 % dans les 5 premiers pays européens
  • Taux de survie à cinq ans de 54 % en Europe
  • 400 000 nouveaux cas en France chaque année

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