Les laboratoires cherchent la pilule miracle

Acomplia, le traitement des troubles associés à l'obésité de Sanofi-Aventis, vient de débarquer dans les pharmacies françaises. Mais le marché reste peu développé. Les industriels peinent à trouver des médicaments efficaces.

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Les laboratoires cherchent la pilule miracle

Les précieuses boîtes ont quitté l'usine de Tours (Indre-et-Loire) et rejoint les rayonnages des pharmacies. Déjà lancé dans dix pays européens, en Argentine et au Mexique, Acomplia a fait la semaine dernière une entrée en fanfare sur le marché français. Les inconditionnels des régimes qui voient dans le médicament de Sanofi-Aventis « LA » solution pour maigrir vont pourtant être déçus. « Notre produit n'est en aucun cas une pilule miracle contre l'obésité », prévient Jacques Cessot, le directeur des opérations commerciales France. Acomplia (rimonabant du nom de la molécule) sera délivré sur prescription médicale. Et remboursé à hauteur de 35 % pour une population précise de diabétiques obèses. Soit entre 170 000 à 200 000 patients, loin des 3,6 millions d'obèses comptabilisés en 2003 par l'Insee. « Pour des raisons historiques, Acomplia a été présenté comme un réducteur de poids. Nous avons démontré que c'est un vrai antidiabétique. Il agit en diminuant le poids et en améliorant un certain nombre de paramètres, comme le cholestérol », expliquait Marc Cluzel, le directeur de la R & D du groupe, en février.

Les principales maladies liées
à l'obésité

> Diabète
> Hypertension
> Maladies cardiovasculaires
> Ostéoarthrose
> Plusieurs types de cancers :
sein, rein...
> Irritations de la vessie
> Apnée du sommeil
> Dépression

Le « repositionnement » d'Acomplia est révélateur des difficultés des laboratoires en quête de traitements anti-obésité. Leur principal défi ? Transformer une molécule efficace cliniquement en un succès commercial. Bon nombre de médecins considèrent ces médicaments comme des produits de confort. « L'obésité ne renvoie pas à l'idée de maladie. Sanofi-Aventis a choisi de positionner Acomplia sur le diabète, un domaine médicalement solide. Il élargira probablement les indications par la suite », estime Frédéric Desdouits, associé au sein de la société de conseils Bionest Partners. Car un référencement en médicament « cosmétique » signifie un adieu au remboursement et à la possibilité de fixer des prix plus élevés. Délicat pour Sanofi-Aventis qui espère tirer à terme plus de 3 milliards d'euros de revenus annuels de son rimonabant !

Acomplia arrive sur un marché encore peu développé. Le Xenical (orlistat) du suisse Roche, dont les ventes se sont élevées à 427 millions d'euros en 2006, et Meridia (sibutramine) de l'américain Abbott sont les deux principaux traitements anti-obésité délivrés sur ordonnance. Des molécules réputées pour leurs effets secondaires indésirables. Elles côtoient des coupe-faim (mazindol, diéthylpropion) mais aussi des antidépresseurs, type Prozac, ou des produits de sevrage tabagique, détournés de leur fonction initiale et utilisés pour leurs propriétés amaigrissantes.

Pourquoi si peu de traitements alors que l'obésité gagne du terrain sur toute la planète ? « Les échecs d'essais cliniques ou de commercialisation ont échaudé les laboratoires. Et les autorités de santé sont très vigilantes », explique Eric Halioua, senior manager chez Arthur D. Little, à Boston. Plusieurs traitements ont été retirés du marché. Le cas le plus retentissant reste celui des « Fen-Phen ». Autorisé par la FDA en 1996, ce traitement à base d'amphétamines quitte le marché un an plus tard pour avoir provoqué des troubles cardiaques.

Le marché

320 millions d'euros en France en 2005 (toutes offres pour maigrir), dont 30 millions pour le médicament.
Source : Roche

Les procès ont coûté 20 milliards de dollars à l'américain Wyeth, fabricant de l'un des composés... Traiter le surpoids ou l'obésité est en effet une tâche complexe au vue des connaissances scientifiques actuelles. Le marché reste donc relativement restreint, tiré essentiellement par l'augmentation des prix. Il s'élevait à 800 millions de dollars en 2004 dans le monde (300 millions aux Etats-Unis). Et, selon Datamonitor, les volumes de ventes pourraient stagner, voire diminuer à l'avenir. Car ces médicaments, qui entraînent des pertes de poids relativement limitées (entre 5 et 10 %), se retrouvent en concurrence avec une myriade de compléments alimentaires hyperprotéinés ou autres régimes aux effets parfois plus flagrants.

La R & D frappe tous azimuts

Les industriels n'ont pourtant pas dit leur dernier mot. « Il y a une opportunité de marché extraordinaire. Sur les 160 millions de personnes souffrant d'obésité dans les pays industrialisés, seules 6 millions sont traitées et 50 % ne répondent pas efficacement aux traitements », explique Delphine Le Louët, analyste de la banque Lombard Odier Darier Hentsch. Selon IMS Health, 58 médicaments sont en cours d'essais cliniques dans le monde. Les premiers devraient faire leur apparition au cours des dix prochaines années.

Les géants de la pharmacie mais aussi des sociétés de biotechnologies tentent l'aventure. Les américains Merck et Co et Pfizer, les japonais Astellas et Daiichi Sankyo ou les biotechs Alizyme, AdipoGenix ou encore Regeneron explorent différentes pistes. Des suppresseurs d'appétit aux régulateurs de l'absorption des nutriments en passant par des agents réducteurs du nombre ou de la taille des adipocytes, la R &D frappe tous azimuts. Avec une priorité : s'attaquer aux pathologies gravitant autour de l'obésité.

La société de biotechnologies lilloise Genfit développe des composés traitant dans une seule molécule plusieurs facteurs du risque cardio-vasculaire (obésité, dyslipidémie, diabète, hypertension). « Je me méfie de ceux qui veulent faire de l'obésité un combat générique. Il doit être ciblé sur certains aspects plus morbides que d'autres », soutient Jean-François Mouney, le président du directoire. Et au-delà du médicament, seule une approche globale, conjuguant des précautions alimentaires et une activité sportive, permettra de combattre cette maladie multifactorielle.

Camille Chandès

50 ans de produits plus ou moins concluants

Les amphétamines
Utilisées à la fin des années 50 aux Etats-Unis. Les pertes de poids sont fulgurantes. L'accoutumance aussi. Elles seront retirées du marché à la fin des années 70.

Fen-Phen
Dans les années 90, des chercheurs concoctent un produit à base d'amphétamines (fenfluramine et phentermine). La Food and Drug Administration (FDA) autorise le produit en 1996. Un an plus tard, un lien est établi avec des problèmes cardiaques. La fenfluramine est retirée du marché.

Sibutramine
En 1997, la FDA donne son feu vert à la commercialisation de Meridia (Abbott). Ce suppresseur d'appétit conduit à des pertes de poids évaluées autour de 5 %. Les effets secondaires sont importants : augmentation de la pression artérielle, nausées, insomnie... orlistat. Vendue sous le nom de Xenical (Roche), la molécule est commercialisée en France en 1998 et aux Etats-Unis un an plus tard. Cet inhibiteur des lipases gastriques bloque l'absorption de graisses. Là encore les effets secondaires découragent : flatulences, pertes de selles...

Acomplia
Fruit de quinze années de recherche de Sanofi-Aventis, ce rimonabant, un antagoniste des récepteurs cannabinoïdes, améliore le métabolisme en même temps qu'il diminue le poids et le périmètre abdominal. Contre-indiqué pour les personnes sous antidépresseurs, le produit a été autorisé en Europe en juin 2006. Il attend toujours l'aval de la FDA.

C.C.

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