Les jeunes ingénieurs espagnols rêvent d’ailleurs

Parmi les jeunes qui manifestent depuis le 15 mai à la Puerta del Sol à Madrid, exprimant leur ras-le-bol face à la crise économique, les ingénieurs ne sont pas les plus à plaindre. S'ils souffrent moins que leurs pairs du chômage, leurs perspectives de carrière se sont toutefois assombries. Les propositions de voisins européens et asiatiques pour les débaucher se multiplient.

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Les jeunes ingénieurs espagnols rêvent d’ailleurs
Les indignés de la Puerta del Sol

"A Madrid, cela fait 3 ans que l’on ne construit plus", explique Miguel Angel Martinez. Il est président de l’association des ingénieurs industriels de la ville. Fermetures d’usines et réductions drastiques de personnels sont légion. Ces dernières années, les effectifs d’entreprises passaient "de 200 employés à 15, pour vous donner une idée", indique-t-il.

Dans la capitale en effet, l’impact de la "crise de la brique" est "très fort". Madrid compte 50 000 ingénieurs industriels, dont 14 000 inscrits à l’association professionnelle. Certes, ces cerveaux constituent une population privilégiée, rappelle l’homme : passés du plein emploi à 5-6% de chômage selon lui, ils sont loin du taux moyen record ibérique de 21,29%. Mais la bourse aux emplois de l’association s’est dégarnie.

L'homme connaît bien le secteur du bâtiment : il est chef de service de la conservation des biens immobiliers de la municipalité. "Notre métier est très versatile : les ingénieurs passent facilement de la construction à l’énergie. Ils se sont adaptés". Mais le génie civil est sinistré. "Si le crédit revenait, la situation pourrait revenir à la normale d’ici à un an", espère-t-il. Reste qu’il faudrait sérieusement restructurer : le secteur doit, selon lui, réduire la voilure de moitié. Ce qui représente 50 000 ingénieurs à reconvertir.

Même son de cloche à Barcelone. Dans cette ville très universitaire, "les offres d’emploi sont tombées au quart depuis 2008", déplore le doyen du collège technique d’ingénieurs, Joan Ribó. Mais une "lente récupération" se fait toutefois sentir "ce premier semestre 2011", indique le doyen.

A Grenade, pas de jeunes ingénieurs au chômage. La jauge de cols blancs en activité ne bouge pas de son niveau de 200 individus, indique le président de la chambre professionnelle locale, Ricardo Pelaez-Lopez. Contrairement à Malaga ou Séville en effet, aucune université sur place ne livre son lot annuel de nouveaux diplômés. Mais "l’activité a diminué".

Les grands projets d’énergie solaire de la région se sont taris, une fois lancés par Gamesa, Endesa ou Iberdrola. Un indicateur pour le constater ne trompe pas : le nombre de documents techniques validés par la chambre dans l’année. Témoins de la vitalité des projets, ils se chiffraient à 3500 en 2008, récapitule Ricardo Pelaez-Lopez, et sont tombés à 1500 en 2010.

"Les ingénieurs finissent par accepter n’importe quoi"

"Voici 5 ou 6 ans, le flou actuel post-diplôme n’existait pas ! Les étudiants ingénieurs signaient pour un emploi stable tout de suite" se rappelle Miguel Angel Martinez. Aujourd’hui, une fois diplômés, les bac+5 embraient souvent sur une année de stage, "payée autour de 800 euros par mois", constate-t-il. Après un an, ces vétérans du CV peuvent commencer à décrocher un CDI… rémunéré 1200 à 1500 euros net. Pas si mal, quand près de la moitié des moins de 25 ans sont sans emploi sur la péninsule. Mais peu satisfaisant.

"La qualité du travail a aussi chuté", ajoute cet ingénieur de la construction. "Les ingénieurs finissent par accepter n’importe quoi, des tâches sous-qualifiées dans des ateliers, plutôt que d’attendre une meilleure offre qui ne vient pas". Les bons postes sont déjà occupés par leurs aînés.

Seule solution : partir à l’étranger. "Inde, Canada, Chine… Le marché du travail sur nos secteurs s’est mondialisé. Alors si l’opportunité d’aller se frotter à une grande installation pétrochimique en Asie se présente, un jeune n’hésite pas longtemps !"

Silvia Encinas Herran est de ceux-là. A Londres depuis 6 mois, elle a laissé son job ibérique dans le design de chaudières industrielles pour rejoindre… la finance. L'expatriée a multiplié son salaire par trois et s'estime dotée d’un horizon plus prometteur. "C’est dommage que les ingénieurs espagnols, réputés, soient condamnés à jouer les équilibristes en début de carrière", déplore-t-elle.

Parmi les bricolages employés par ses amis, elle énumère "rester étudier un an de plus, travailler dans le pays où ils ont fait un échange Erasmus, ou naviguer de bourse en bourse faute de perspectives..." Elle juge "triste que cette matière grise formée en Espagne aille se faire presser comme des citrons ailleurs". Comme elle, de nombreux autres ingénieurs ont fait le choix de l’expatriation, raconte le quotidien national El Pais, qui leur tire le portrait.

Une fuite des cerveaux qui fait le miel des pays en manque d’ingénieurs qualifiés, tels le Canada et l’Allemagne. Les 8 et 10 juin par exemple, l’Agence nationale pour l’emploi allemande organise des rencontres de recrutement. Objectif : mettre en contact des entreprises allemandes avec des jeunes diplômés de Madrid et de Barcelone. 20 candidats seront à chaque fois sélectionnés selon leurs profils.

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