Les Jeannette à l’Assemblée nationale

Le dirigeant et les salariés de la nouvelle entreprise Jeannette sont invités mardi 16 février à l’Assemblée nationale par Laurence Dumont, députée (PS) du Calvados. Ils présenteront le combat qu’ils ont mené ensemble pour faire renaître le plus ancien biscuitier caennais Jeannette. Des madeleines Jeannette seront proposées à la dégustation.

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Les Jeannette à l’Assemblée nationale


Crédit Biscuiterie Jeannette


Les madeleines Jeannette à l’Assemblée nationale ! Mardi 16 février, les "Jeannette" sont invités par Laurence Dumont, députée (PS) du Calvados, à présenter le combat qu’ils ont mené pour faire renaître l’illustre marque de madeleines. La liquidation judiciaire de l’entreprise prononcée le 18 décembre 2013 par le tribunal de commerce de Caen aurait dû logiquement signifier la fin d’une histoire, celle du biscuitier caennais né en 1850. Il en a été autrement. Il y a tout juste un an était créée une nouvelle société Jeannette. Elle emploie 18 salariés aujourd’hui. Retour sur un feuilleton à rebondissements.

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Gros succès pour les ventes solidaires de madeleines

Deux mois après la liquidation, les 37 salariés licenciés - des femmes pour l’essentiel - décident d’occuper l’usine et d’empêcher la vente des machines aux enchères. Ils sont habitués aux soubresauts de leur entreprise - six dépôts de bilan en 18 ans - et aux changements de propriétaires. Ils rallument les fours pour relancer la fabrication, ne pas perdre la main et maintenir l’outil de travail en bon état pour les visiteurs. Ils organisent aussi des ventes solidaires. Les madeleines s’arrachent comme des petits pains ce qui les conforte dans leur combat.

Un combat que tout le monde croit sans issue. "Je me souviens des réunions à la préfecture où l’on nous expliquait qu’il fallait être bien sages car nous allions être accompagnés par Pôle emploi", raconte Franck Mérouze, le secrétaire de l’union locale CGT de Caen. Très impliqué dans le combat des Jeannette, il sera lui aussi du voyage à l’Assemblée nationale.

Le 1er août 2014 est un jour sombre pour les Jeannette. Toutes les offres de reprise sont rejetées par le tribunal de commerce de Caen, aucune ne "remplissant les critères légaux". En parallèle, le tribunal se déclare "incompétent" concernant le volet de la reprise des actifs et de la marque et remet ce volet du dossier entre les mains du juge-commissaire. Le ministère du Redressement productif émet alors le souhait que le tribunal examine de nouvelles offres.

Succès des opérations de crowdfunding

Georges Viana, un ancien cadre issu de l’univers de l’informatique qui veut se lancer dans l’aventure de la reprise d’entreprise, est séduit par l’idée de reprendre cette marque à forte notoriété. Il est impressionné par la détermination des salariés qui, encouragés par une certaine ferveur populaire, continuent de vendre leur auto-production sur le marché Saint-Sauveur et aux portes du stade d’Ornano. Il reçoit aussi le soutien d’un confrère normand, le fabricant de sablés La Biscuiterie de l’Abbaye. Il trouve en Franck Mérouze un partenaire pour parler stratégie. L’intéressé confirme : "Nous avons beaucoup discuté ensemble de positionnement et de débouchés." Il s’amuse d’un désaccord. "Il ne voulait pas trop entendre parler de madeleine nature. Mais M. Viana est quelqu’un qui écoute. Il a donc fait de la madeleine nature et il a raison car elle se vend bien !"

Pour se lancer, Georges Viana doit obtenir un prêt bancaire, quitter les locaux vétustes du centre-ville et renouveler l’outil industriel. Repartir de zéro. "Les banques ne voulant pas nous prêter de l’argent, nous avons opté pour le financement participatif", raconte-t-il. Le crowdfunding est un énorme succès. La première campagne consiste en du don avec contrepartie : des euros contre des madeleines. Elle attire 2 000 contributeurs qui amènent 100 000 euros. Georges Viana lance une deuxième campagne. Cette fois, il propose de devenir actionnaire de la nouvelle société et réussit à lever 300 000 euros. "Nous avons réuni 150 actionnaires pour des participations allant de 300 euros à 100 000 euros", précise-t-il.

La bonne odeur du biscuit chaud

Le 24 novembre 2014, le tribunal de commerce de Caen confie la marque Jeannette à Georges Viana. Les Jeannette cessent d’occuper l’usine où ils se relayaient nuit et jour depuis dix mois. Dix mois d’occupation illégale sans intervention de la force publique, voilà qui peut surprendre. Franck Mérouze a bien été assigné avec d’ex salariés de Jeannette pour "troubles manifestement illicites" liés à l’occupation de l’usine et au blocage de la vente aux enchères. Mais, "rien de bien méchant" estime-t-il aujourd’hui.

Si les Jeannette n’ont pas été délogés, analyse-t-il, c’est en raison de leur "capital sympathie, du caractère paisible de l’occupation, du soutien des élus et du fait que les ex salariés avaient rallumé les fours de l’usine montrant par là qu’ils étaient acteurs d’un projet".

Le 16 février 2015, une nouvelle étape est franchie. Georges Viana créée l’entreprise Biscuiterie Jeannette 1850 société nouvelle. En avril, il signe un bail pour la location d’un atelier à Démouville à la périphérie de Caen. Il investit les fonds recueillis dans du matériel de pâtisserie classique : des chambres froides, un batteur pour réaliser la pâte, des moules, un four rotatif et une machine Flowpak japonaise (pour la mise en sachet unitaire des madeleines). L’atelier de fabrication est complété par un petit magasin d’usine d’où l’on peut apercevoir la sortie des madeleines du four ainsi que leur démoulage.

Georges Viana recrute en mai 2015 deux anciennes chefs de ligne puis d’autres ex-Jeannette. La bonne odeur du biscuit chaud s’échappe à nouveau du petit atelier. Mais il faut régler le nouveau matériel, apprendre à travailler de façon artisanale. "Nous ne produisions pas tous les jours. Il y avait pas mal de perte à cause des tests", se souvient Georges Viana. En septembre, les "premières productions officielles" sortent de l’atelier de Démouville.

Une madeleine au beurre d’Isigny

La nouvelle madeleine Jeannette n’a pas grand-chose à voir avec celle de 2013. C’est toujours un coquillage bombé, mais elle n’a plus l’allure d’un bateau. Elle s’est arrondie pour ressembler à la coquille Saint-Jacques, sa forme originelle. L’autre révolution est son positionnement. Fini le biscuit ordinaire. C’est désormais un biscuit haut de gamme qui coûte cher : quatre euros la boîte de huit madeleines. Les ingrédients sont locaux pour l’essentiel. L’huile est remplacée par du beurre d’Isigny livré en mottes travaillées manuellement. Les œufs sont pondus par des poules locales élevées en plein air et la farine provient d’un minotier de la Manche, la Minoterie des Bois Olives.

Le pari de Georges Viana est de jouer à la fois sur la tradition avec des matières premières locales travaillées de façon artisanale et sur l’innovation avec des recettes exotiques au gingembre ou au yuzu. Pour ces innovations, Georges Viana a reçu la participation bénévole d’une pointure de la pâtisserie, Philippe Parc. Aujourd’hui formateur international gastronomique, ce dernier a collectionné les prix, dont les titres de meilleur ouvrier de France et de champion du monde des métiers du dessert.

Qui dit produit haut de gamme dit emballage soigné. Les madeleines sont vendues dans des boîtes en carton aux motifs vernis fabriquées par l’alsacien Able. L’ambition est de hisser la boîte de madeleines Jeannette au rang de cadeau, comme la boîte de chocolats, explique Georges Viana qui prévoit de proposer aussi à l’avenir des boîtes en fer et en bois.

Les ventes sont aujourd’hui assurées par le magasin d’usine accolé à l’atelier. A cela s’ajoutent des ventes aux comités d’entreprise et à quelques épiceries fines. Georges Viana en est convaincu : l’avenir de Jeannette passe par la grande distribution visiblement désireuse de mettre des madeleines Jeannette sur ses linéaires. Mais impossible jusqu’à présent de répondre favorablement. "Les Carrefour, Leclerc, Super U, Intermarché, Cora, Auchan, ont frappé à notre porte, mais nous avons dû les freiner car nous n’avions pas la capacité industrielle de fournir en termes de volumes, et nous ne voulions pas servir un distributeur et nous fâcher avec tous les autres."

La visite au Palais Bourbon devrait être l’occasion pour Georges Viana d’adresser au monde politique un message du terrain. Dans son nouveau métier de chef d’entreprise, il est confronté aux "décalages entre les discours et la réalité". Le "premier remboursement de TVA a pris six mois alors que du côté de l’Urssaf, cela a été très rapide".

Georges Viana confie aussi qu’il a obtenu un prêt bancaire en juillet 2015 qui tarde à être débloqué. "C’est cela qui nous empêche d’acheter du matériel - un deuxième four et un deuxième batteur - pour produire plus et vendre à la grande distribution qui frappe à notre porte" explique-t-il, en laissant transparaître une pointe d’amertume. Pas question pour autant de céder au pessimisme, ni de reculer. "Nous venons de commencer à recontacter les distributeurs pour leur dire que nous serons bientôt prêts à les servir. Mais uniquement les magasins situés dans l’agglomération caennaise." Les épiceries fines de Paris auront aussi leurs madeleines Jeannette.

Claire Garnier

CLAIRE GARNIER

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