Les insectes valorisés pour l'alimentation

La société Ynsect travaille depuis  2011 à la valorisation des éléments contenus dans les insectes. Une première génération de bioraffineries devrait lui permettre de commercialiser des produits d’intérêt pour l’alimentation animale ou pour des marchés de niche comme la nutraceutique. Explications avec Alexis Angot, l’un des quatre cofondateurs de la société.

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Les insectes valorisés pour l'alimentation

Comment est née Ynsect ?

Quatre fondateurs sont à l’origine d’Ynsect. Nous avons créé l’entreprise en septembre 2011, sur le constat que si l’on utilise tous les types d’organismes dans l’industrie, toute une biodiversité est sous-estimée. Ce sont les insectes, qui représentent pourtant la première biodiversité mondiale.

En quoi les insectes peuvent-ils être intéressants pour l’alimentation humaine ?

Trois éléments de base sont présents dans les insectes. On trouve des protéines et des lipides dans le corps et de la chitine dans la carapace. En termes nutritionnels, le profil en acides aminés des insectes est de bonne qualité, proche de celui de la viande. Les protéines sont plus digestes que dans les autres sources animales et plus concentrées. Cela dit, les problématiques sont différentes dans l’alimentation humaine et animale. L’alimentation humaine avec des protéines issues des insectes fait parler d'elle, mais c'est d’abord un phénomène médiatique, un effet de mode. Nous envisageons surtout de travailler pour l’alimentation animale, pour laquelle on a un sérieux problème d’accessibilité aux protéines en France. On importe 70 % des protéines destinées à l’alimentation animale, issues en grande partie du poisson mais aussi des protéines végétales. Cela représente une somme plus importante que la facture énergétique.

Comment procédez-vous pour extraire les molécules d’intérêt ?

Concrètement, il y a deux étapes. Les insectes passent d’abord par un atelier bioréacteur, où ils sont élevés. Puis ils passent par l’atelier transformation, ils sont broyés puis fractionnés en différents éléments. Les procédés de bioraffinerie d’insectes sont proches des procédés utilisés pour transformer les micro-algues en biocarburants mais on utilise aussi les principes et les outils utilisés pour l’extraction des protéines végétales.

Sur quels marchés vous tournez vous ?

Notre travail, c’est d’arriver à identifier des éléments à haute valeur ajoutée, ce qui va nous demander encore beaucoup de travail de R&D. Il nous faut trouver des marchés spécifiques. Par exemple, les prix ont été multipliés par trois sur les farines de poisson mais même en hausse, ce sont des marchés trop compétitifs. Il nous faut d’abord travailler sur des marchés à haute valeur ajoutée. C’est ainsi que les micro-algues, si elles ont vocation à toucher les marchés des biocarburants, ont commencé avec la mise en valeur de l’oméga 3. Parmi ces marchés, nous visons celui de la nutraceutique, en utilisant notamment la chitosane, un dérivé de la chitine dont il existe de nombreuses variantes intéressantes comme additifs alimentaires. Pour que cela marche, il faut que les matières soit extractibles à prix compétitifs et que les protéines soient originales. On sait qu’il y a des fonctionnalités qui sont uniques, la question est de trouver un marché intéressé, d’abord hors d’Europe. En Europe en effet, seul le carmin, issu de la cochenille est autorisé en agroalimentaire, car il a un historique de consommation d’avant 1987, date de mise en place du règlement Novel Food. Nul n’a prouvé que c’était mauvais, mais l’Europe veut être rassurée, en particulier sur les procédés d’extraction. C’est le principe de précaution qui s’applique.

Quand prévoyez-vous une première industrialisation ?

Pour l’instant nous en sommes encore au stade de la R&D. Nous allons lancer une première unité industrielle de quelques milliers de tonnes pour apprendre à industrialiser le produit, puis nous nous lancerons sur des marchés de gros volume dans un second temps. Un premier projet pilote sera lancé en 2014 avec une production de quelques dizaines de tonnes par an. Nous commencerons un projet industriel vers 2016-2017. Pour l’instant, cela coûte plus cher que ce qui se fait d’autre dans l’alimentation animale et il est encore difficile d’être compétitif. Le 1er pilote de 2014 aura pour objectif de tester différents produits, parmi lesquels les produits destinés à l’alimentation humaine ne sont pas une priorité, d’autant que l’on est pas sûr non plus qu’il y ait un marché pour cela. Les premiers produits le seront donc sûrement dans les barrières actives : la nutraceutique, le biomédical, etc.

Sur quoi travaillez-vous en R&D ?

Le projet a pris une ampleur plus importante depuis juillet 2012, avec différentes collaborations avec le CNRS, l’Inra et le CEA dans le cadre du projet Désirable. Avec ce programme, la France se positionne en fer de lance du projet, dont le premier défi sera de faire reconnaître l’insecte comme une biotechnologie d’intérêt.

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