"Les industries techniques du cinéma sont en grand péril"

Les producteurs de 36 films en cours de montage sont suspendus aux lèvres du liquidateur judiciaire de la société Quinta. Hervé Chateauneuf, délégué général de la Fédération des industries du cinéma (Ficam) déroule avec L’Usine Nouvelle le scénario de la chute des laboratoires techniques.
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L'Usine Nouvelle - Depuis l’annonce de la mise en liquidation judicaire du groupe Quinta, un vent de panique souffle sur le cinéma français. Mais quel est l’enjeu exactement ?
Hervé Chateauneuf -
D’abord il faut comprendre que cette "crise" concerne la filière technique donc les entreprises qui sont en charge de la fabrication. Pour faire un film, il faut d’abord le tourner. On obtient ainsi des rushes qui peuvent être soit sur pellicule, soit numériques. On procède ensuite au montage. Ce sont les entreprises de post production qui sont en charge de monter les images et le son. Ensuite arrive la phase durant laquelle les entreprises font de la duplication. Elle peut être photochimique pour les pellicules, ou numérique.

Quinta, quant à lui, est l’un des deux grands laboratoires de post production en France avec le groupe Eclair. Toutes deux ont une longue expérience dans le domaine technique : plus de 100 ans pour Eclair, depuis 1920 pour LTC (filialie de Quinta). Ce sont des entreprises historiques, qui ont bâti leur business modèle sur le photochimique. Evidemment, l’arrivée du numérique leur revient aujourd’hui de plein fouet.

Le phénomène se limite au cas de Quinta ou toute la filière technique est en danger ?
Nous n’avons jamais eu autant besoin d’images, et le cinéma français ne s’est jamais aussi bien porté. Pourtant les industries techniques sont en grand péril économique.

S’il fallait faire un parallèle avec l’industrie automobile, cette filière technique est un sous-traitant. Elle est aux producteurs ce que Valéo est à Renault. Ce que vit la filière technique en ce moment, ce serait comme de demander aux constructeurs automobiles que toutes les voitures roulent à l’électricité en 18 mois.

Le problème est là. Ces entreprises viennent du photochimique, de la pellicule, et on leur a demandé sans accompagnement financier, en l’espace de 18 mois, de passer au numérique.

La liquidation de Quinta a été prononcée jeudi 15 décembre, quel avenir envisager désormais ?
L’entreprise est fermée, le liquidateur est aujourd’hui le seul maître à bord. C’est l’avenir des films qui sont physiquement dans les locaux de Quinta qui est maintenant entre ses mains. Par exemple, le dernier film de Martin Scorcese "Hugo Cabret" est sorti en salle mercredi 14 décembre. Pourtant, 15 jours auparavant, les salariés de Quintas bloquaient les copies du film dans le laboratoire. Ils protestaient contre les conditions de départ et la brutalité de la décision. Le distributeur a dû trouver un élément à l’étranger pour le faire tirer dans un laboratoire à Rome in extremis.

On voit donc que cela pose un véritable problème pour 36 films. Pour ceux-là, les travaux de post production ne seront pas terminés (sont concernés notamment "Astérix 4 au service de sa Majesté" et "La Vérité si je mens 3"). C’est au liquidateur de décider ce qu’il adviendra de ces films. En effet, son accord est nécessaire pour qu'ils soient retravaillés ailleurs.

C’est donc une sonnette d’alarme que tire la Ficam ?
En effet, il y a pour environ 300 millions d’euros de travaux en cours, on ne peut pas tout arrêter comme ça ! Les producteurs qui ont investi beaucoup d’argent pour que leur film soit "fabriqué" doivent pouvoir récupérer leurs éléments.

Nous voulons que le liquidateur et les pouvoirs publics en soient bien conscients. C’est un élément essentiel pour l’ensemble de l’industrie du cinéma français pour 2012.

Et pour les salariés de ces laboratoires…
Bien sûr… Avec le cas Quinta, 115 salariés se retrouvent sur le carreau sans accompagnement. En 2008, la Ficam a pourtant mis un place un mécanisme de soutien à la formation des salariés du photochimique. Le but de ce dispositif était de faciliter leur passage dans le monde du numérique. Certaines entreprises ont laissé leurs salariés en profiter pour anticiper ces mouvements de mutation, d’autres non.

Eclair, par exemple, s’est mis en ordre de bataille dès le départ pour organiser sa décroissance ! Il y a eu des plans de sauvegarde de l’emploi, ils ont mis en place des dispositifs d’accompagnement… C’est d’autant plus important que les salariés concernés n’ont pas nécessairement une formation initiale importante, et dans une tranche d’âge qui approche les 50 ans. C’est donc une population fragile qu’il faut accompagner !

Astérix 4 et les 35 autres films concernés pourraient être sauvés par une société américaine ?
Nous avons effectivement vu circuler cette information sur le rachat de Quinta mais nous n’en savons pas plus. Nous ne sommes qu’au début de la saga pour le moment…

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