Les industries alimentaires sur le pied de guerre

En plein rebondissement de l'affaire de la " vache folle ", les industriels de l'alimentaire confirment, au cours du Sial 2000, leur volonté de prendre des mesures pour renforcer la sécurité alimentaire. Une démarche attendue, mais qui va sans doute alour

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Les industries alimentaires sur le pied de guerre
Les industriels de l'alimentaire n'ont pas de chance. Confrontés à des crises à répétition, leur association, l'Ania, s'était préparée à annoncer, dans le cadre du Salon international de l'alimentation 2000, un ensemble de mesures pour " répondre aux doutes des consommateurs et assumer la responsabilité de la chaîne alimentaire ". Malheureusement, cette initiative, concrétisée par la signature d'une charte d'engagement, arrive au plus mauvais moment : au lendemain de l'affaire Soviba-Carrefour, qui la plonge de nouveau dans la tourmente médiatique de la " vache folle " et voit les différents acteurs de la filière alimentaire se livrer à une véritable surenchère pour se poser en défenseurs de la " sécurité du consommateur ". Suite à une malversation présumée d'un négociant de bétail, une vache contaminée par l'ESB a été introduite dans le circuit alimentaire. L'entreprise Soviba, pourtant l'une des plus professionnelles du secteur, s'est trouvée rapidement confrontée à la " sur-réaction " de Carrefour, qui a décidé d'appliquer " un principe de précaution extrême " en rappelant tous les produits à marque Soviba. " Dans un contexte de crise, où les consommateurs sont extrêmement sensibles, c'est rarement un industriel qui a été mis en cause, mais c'est toujours l'industrie alimentaire qui, en fin de course, se retrouve sur le banc des accusés ", regrettent plusieurs professionnels. C'est pour lutter contre cet état de fait que les industriels, lassés d'être pris pour les boucs émissaires des récentes crises alimentaires, ont adopté, en plus d'une unité de façade, une attitude en rupture avec leurs habitudes. Résumée en trois mots : action, transparence et communication, qui viennent parapher la charte d'engagement prise par l'Ania. " Pour la première fois, tous les industriels de l'alimentaire sont parvenus à s'accorder sur des sujets qui dépassent le cadre concurrentiel. Il n'était plus l'heure de gémir, mais de regarder en face les réalités industrielles. Et, sur la base de ces observations, agir. Des initiatives ont donc été prises. Il nous faut maintenant les développer et les faire connaître ", a lancé Victor Scherrer, président de l'Ania, pour présenter la nouvelle démarche de l'interprofession. Il a donc présenté, en dix points, un ensemble de chantiers sur lesquels les in-dustriels s'engagent à agir et à communiquer au plus vite. Des chantiers qui ciblent à la fois les risques majeurs de dérapage et les attentes réelles des consommateurs. Ces prises de position marquées semblent accueillies avec satisfaction par l'ensemble des industriels. Fiabiliser en amont Le plus gros chantier que semble attaquer l'alimentaire concerne son amont : l'agriculture, mais également l'alimentation animale. En affirmant que le premier volet de mesures concerne l'amélioration de la qualité des matières premières, elle s'en prend implicitement à l'agriculture. " Tous les problèmes viennent globalement des l'agriculteurs. Ils ne sont pas capables de mettre de l'ordre dans leurs rangs ; il faut donc imposer des cahiers des charges stricts ", glisse un industriel. " Dans la mesure de nos moyens, nous devons assurer que l'amont réponde aux exigences minimales concernant la sécurité alimentaire. Ce n'est pas encore le cas ", poursuit un président de fédération. L'industrie alimentaire française transforme 70 % des produits agricoles de notre territoire, il est donc normal qu'elle s'intéresse de près à chaque filière et approfondisse ses cahiers des charges. " Aujourd'hui, la sécurité alimentaire est devenue la priorité des priorités. Sans pousser tout le monde vers des logiques de labels, il faut que les niveaux d'exigences soient poussés au maximum. Il faut imposer des chartes de bonne conduite à tous les éleveurs. L'amont doit encore faire des efforts pour entrer dans un schéma sécuritaire optimisé ", poursuit Laurent Spanghero, président de la Confédération française des entreprises de bétail et de viande . Travailler avec l'aval Pour annoncer des mesures visant à modifier les comportements de la grande distribution, l'industrie alimentaire prend beaucoup plus de gants. Difficile de se fâcher avec la puissante Fédération du commerce et de la distribution (FCD), son principal client... Pas étonnant, dès lors, que le mot partenariat revienne à toutes les sauces. En préconisant un audit annuel sur tous les maillons de la chaîne ou l'établissement d'un guide de bonnes pratiques logistiques, l'Ania laisse planer un doute sur le respect des températures après l'expédition des produits de l'usine. " Il est bien que les industriels prennent en compte la sécurité et deviennent plus transparents, car il est indispensable que tout le monde se mette autour de la table sur ce sujet. La confiance ne sera restaurée que si tout le monde est uni. Nous sommes bien évidemment prêts à collaborer, mais nous ne les avons pas attendus pour mener nos propres chantiers. Sur la chaîne du froid, nous avons engagé une vaste étude sur les pratiques, les meubles. L'intérêt d'une réflexion collective est d'assurer une cohérence sur des sujets sensibles en interne, mais aussi en respectant les contraintes des autres maillons de la filière ", contre-attaque Jérôme Bédier, président de la FCD. En tentant de jouer la carte de l'ouverture et de la communication, en proposant des solutions pour améliorer la sécurité des aliments, l'industrie alimentaire souhaite reprendre le contrôle de son image. Le fait, dans l'épisode du récent épisode de la vache normande introduite dans les rayons du groupe Carrefour, de voir tous les protagonistes se porter partie civile montre que les mentalités évoluent, et que les professionnels vont devenir plus intransigeants face à l'" à peu près " ou à la fraude sur la qualité. En se prononçant pour le dépistage systématique de l'ESB pour les animaux entrant dans la chaîne alimentaire, l'Ania prend aussi en compte, pour la première fois, la réalité " perçue " par le consommateur plutôt que le raisonnement purement rationnel, qui devrait la conduire à rester critique sur cette mesure (voir encadré). Ce faisant, comme cela a été le cas avec les OGM, où l'attitude de la distribution a transformé une interrogation d'une partie du public en mesure quasi obligatoire, les industriels vont s'obliger à plus de contraintes.
Patrice Toursel, avec Jean-François Arnaud et Julie Cailliau

Les limites des tests de dépistage de l'ESB L'Ania exige le dépistage systématique de l'ESB sur tous les animaux passant à l'abattoir. Soit 4 millions de têtes par an, près de cent fois plus que dans l'actuel dispositif réservé à 48 000 animaux à risques. La mesure a ses partisans, comme José Bové, mais semble irréaliste à beaucoup d'autres. Première objection, le coût, estimé entre 800 et 900 millions de francs par l'Ania. Qui paiera ? La question reste entière. L'Ania propose de puiser dans les " cagnottes " de Bercy. Interpellé, le gouvernement renvoie la question sur le terrain scientifique. Car, actuellement, aucun des trois tests disponibles, ceux du suisse Prionics, de l'américain Bio-Rad et de l'irlandais Enfer Scientific, n'est totalement fiable. Le prion reste indétectable durant la phase d'incubation. De plus, sa répartition est hétérogène dans les organes touchés, si bien qu'un résultat négatif ne garantit pas que l'animal est sain. DE BONNES RESOLUTIONS DIFFICILES A METTRE EN OEUVRE Les principaux objectifs de l'Ania Mieux maîtriser la qualité des matières premières -Proposition : Demander un test de dépistage systématique et contractualisé de l'ESB sur tous les animaux entrant dans la chaîne alimentaire. Application : Irréalisable techniquement et économiquement. -Proposition : Elaborer une liste positive des matières pour l'alimentation animale. Application : Discussions en cours avec les secteurs concernés. Améliorer les contrôles dans les usines -Proposition : Mise en assurance qualité des laboratoires d'entreprise. Mise en place d'analyses externes par des laboratoires accrédités. Application : Coût économique élevé pour les PME. Améliorer le retrait des produits -Proposition : Mise en réseau des procédures de rappel de produits et de gestion de crise des Pouvoirs publics, des distributeurs et des industriels Application : En cours avec la Fédération du commerce et de la distribution. Mieux contrôler la chaîne du froid -Proposition Audit annuel de la chaîne du froid chez les industriels, transporteurs, organismes de stockage, distributeurs. Partenariats pour l'élaboration de guides logistiques. Application L'attitude de la grande distribution rend improbable un accord rapide dans ce domaine. La diversité des produits et les divergences d'intérêts entre acteurs semblent incontournables.

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