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Les industries agro-alimentaires ont tiré les leçons de la flambée de 2008

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Les groupes Danone, Sodiaal ou Nestlé ne se feront pas prendre de court cette fois-ci. L’envolée des produits agricoles les trouvera mieux préparés pour limiter l’impact sur leurs volumes vendus, et sur leur rentabilité. C’est la conclusion d’une étude dévoilée aujourd’hui par Groupama Asset Management. Valérie Gadon, l’analyste financière qui a bâti l’étude aux côtés de l’analyste Jana Celeste, explique à l'Usine Nouvelle les pistes explorées par ces entreprises.

Les industries agro-alimentaires ont tiré les leçons de la flambée de 2008 © Groupama

L'Usine Nouvelle - Que nous dit votre étude ?
Valérie Gadon - Nous sommes partis du constat de marchés agricoles très volatiles. Et d’un équilibre fragile entre l’offre et la demande sur les marchés agricoles mondiaux.  Les stocks mondiaux en pourcentage de la consommation s’amenuisent. Le moindre choc d’offre, récoltes mauvaises ou envolée du prix du combustible, entraîne des flambées des cours. Cette fragilité est accentuée par la financiarisation des matières agricoles.

Le rebond des marchés actuel aggrave la hausse des cours : aujourd’hui nous nous situons environ aux niveaux de 2008, lors de la flambée des prix alimentaires. La hausse actuelle des prix agroalimentaires est d’environ 3%. Or les prix agricoles et énergétiques concernent une part importante du budget des industries agroalimentaires : environ 40% de leurs coûts.

Comment les groupes ont-ils réagi en 2008 ?

En 2008, les grands groupes industriels ont été pris de court et ont répercuté toute la hausse des prix agricoles aux consommateurs. Les industriels européens ont globalement augmenté de 6% leurs prix dans le monde. Résultat : les consommateurs se sont détournés des produits à marque nationale en faveur de leurs concurrents, les MDD. Rappelons qu’il existe un différentiel de 20% à 30% entre les prix d’une marque nationale et ceux d’une MDD. 

Or s’il est très facile de perdre des parts de marché, et très difficile d’en récupérer. Les industriels y sont toutefois parvenus, en effectuant de manière très réactive des baisses de prix courant 2009. 

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Aujourd’hui, la stratégie des groupes est beaucoup plus fine, avec des différentiations de prix par zone géographique et par produit. Depuis 2008, les économies de coûts se sont accélérées. Il s’agit d’une somme de petites économies faciles à agréger dans si grands groupes, présents sur 120 pays. Des pistes ont été explorées sur les achats, la logistique, le packaging, la distribution,  l’organisation industrielle…

Justement, quelles sont les innovations que l’agroalimentaire doit à la crise de 2008 ?
Pour la logistique, Danone a par exemple décidé en Egypte de mettre en place des micro-usines à proximité des lieux de consommation d’eau. Pour les achats, Danone toujours a inventé la technique du « cracking » du lait. Une méthode qui permet d’en tirer séparément l’ensemble de ses composants (la crème, etc) et d’utiliser juste la composante du lait nécessaire à leur produit. Le reste est soit réutilisé ailleurs, soit revendu sur le marché.

Il s’agit d’une innovation capitale : le lait est la première matière première achetée par Danone. Dans les pays émergents, le groupe cherche à remplacer le lait par des substituts à base de céréales, et tente différentes formules pour mettre au point ce produit alternatif.

Quant au prix, les données de 2008 ont été passées à la loupe.  On s’est ainsi rendu compte que les hausses de prix n’avaient déclenché aucun changement de comportement chez les consommateurs. En Grande-Bretagne par exemple, cela n’a quasiment pas bougé. A l’opposé, la Pologne est le pays où les volumes consommés ont le plus chuté. De même en France, les volumes de produits laitiers ont chuté de 4%, du jamais vu !

Comment se portent les grands groupes agroalimentaires aujourd’hui ?
Ce sont des groupes très rentables, générateurs de cash flow, et peu endettés. Nous mettons les investisseurs en garde toutefois sur les risques liés aux possibles mouvements d’acquisitions dans les années à venir. Cela fait quelque temps que nous n’avons pas assisté à des rachats de grande ampleur, 10 à 40 milliards de dollars. Le rachat de Parmalat par Lactalis  ne représente que 5 milliards d’euros, ce qui est relativement petit pour le secteur.

Quelles futures acquisitions sont-elles dans les tuyaux ?
On parle d’un rachat par Nestlé de Lindt ou General Mills, d’un rachat par Univelever de Colgate ou Reckitt, d’un rachat par Danone d’Unilever, Danone pouvant à son tour être la cible d’Unilever et de Pepsico… les paris sont ouverts.

 

Conf de Presse 2011-Food

 

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