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Les industriels votent pour le conseil unique

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Enquête Dimanche 7 avril, les habitants du Bas-Rhin et du Haut-Rhin se prononceront sur la création d’une collectivité, appelée à remplacer les deux conseils généraux et le conseil régional. Le "oui" devrait l’emporter… parmi les chefs d’entreprise.

Les industriels votent pour le conseil unique © Les chefs d’entreprise espèrent que la nouvelle structure prendra ses décisions plus rapidement.

Les entreprises citées

C’est un soutien discret. Depuis que la campagne pour le référendum sur le projet de création d’une collectivité territoriale unique en Alsace est lancée, peu d’industriels ont fait entendre leur voix. Au point que le grand artisan du projet, Philippe Richert, le président (UMP) du conseil régional, en concevrait un certain chagrin. "Ce sont des gens très occupés", excuse un élu membre de la majorité régionale. "La situation est difficile et les patrons ont peut-être d’autres choses à faire en ce moment que d’afficher leur soutien à ce projet", suggère-t-on au Medef. "Les grandes entreprises ont peu d’intérêt pour le débat car leurs centres de décisions ne sont pas là et dans les petites entreprises les gens sont difficilement atteignables par ce type de discussions", analyse le patron d’une grosse PME. "Le danger, c’est la récupération politique", tranche l’un de ses confrères. N’empêche que beaucoup d’industriels sont favorables au projet de fusion des trois collectivités actuelles (les conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin et le conseil régional tous présidés par la droite) en un conseil unique. En conséquence, ils voteront "oui" au référendum organisé le dimanche 7 avril. Explications.

départements témoins

  • Population 1 860 250 habitants au 1er janvier 2011
  • Taux de chômage 8,9% au troisième trimestre 2012

Source : Insee

Une régionalisation industrielle

La région Alsace et ses deux départements comptent autant d’agences de développement économique : le Comité d’action économique du Haut-Rhin (Cahr), l’Agence de développement économique du Bas-Rhin (Adira) et Alsace International, spécialisée dans la prospection des investisseurs étrangers. "La superposition des structures entraîne la multiplication des interlocuteurs et parfois des méandres pour joindre la bonne personne ou pour obtenir le bon document ou la bonne information", décrit Nicolas Schulé, le président du torréfacteur Café Sati, à Strasbourg. "Pour une entreprise bas-rhinoise qui investit dans le Haut-Rhin, c’est plus compliqué que si on avait une entreprise alsacienne qui investissait en Alsace, avec en face d’elle des Alsaciens", illustre Steve Risch, le patron des pains d’épices Fortwenger, à Gertwiller.

"Ce qui rend les chefs d’entreprise fous, c’est d’être obligés de faire le tour de popotes, de devoir frapper à une, dix, cinquante portes, d’où on les renvoie parfois vers d’autres", confirme Vincent Froehlicher, le directeur général de l’Adira. "Ils sont plutôt favorables à tout ce qui va dans le sens d’un raccourcissement de la prise de décision", résume Bruno Russo, le directeur général de Constructions électriques Fels, à Illkirch, et vice-président de l’UIMM Alsace.

"L’Alsace est une petite région, c’est un peu ridicule qu’elle soit divisée en deux", considère Manou Heitzmann-Massenez, la PDG de la distillerie Massenez de Dieffenbach-au-Val et présidente de l’Association régionale des industries alimentaires (Aria). De plus en plus nombreux à partager cet avis, les patrons se sont engagés dans la voie d’une régionalisation de leurs instances représentatives. La démarche a débuté avec la refonte des chambres de commerce et d’industrie, en 2011. Puis l’Union des industries du Bas-Rhin (UIBR) a étendu ses activités au département du Haut-Rhin et a été rebaptisée Fédération des industries d’Alsace (FIA).

À la fin de 2012, l’UIMM Alsace est née de la fusion des deux fédérations départementales de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie. Le premier Medef régional a quant à lui été créé grâce au regroupement des trois organisations locales. Les mots d’ordre sont toujours les mêmes : plus de force, plus de visibilité. Aujourd’hui, Jean-Jacques Leguay, le PDG de Stein Énergie, à Cernay, et président du Medef Alsace, affiche son soutien au projet de collectivité unique. Le syndicat patronal demande à ses adhérents d’inciter leurs salariés à voter "oui".

Les patrons se sont engagés dans la voie d’une régionalisation, en 2011, avec la refonte des chambres de commerce et d’industrie.

"Ce que les entreprises attendent du monde politique, c’est qu’on soit transparents, prédictibles, capables d’apporter une réponse rapide. Alors, supprimer une couche du mille-feuille c’est la solution idéale", affirme François Loos, le vice-président (UDI) du conseil régional chargé du développement économique et ex-directeur général de Lohr Industrie. Jean-Claude Lasthaus, le délégué général du Medef Alsace, anticipe : "Ça réglera tous les problèmes de lisibilité, il n’y aura plus à se demander qui est compétent pour quoi."

"Un guichet unique, c’est plus de transparence, plus de rapidité, plus d’efficacité", poursuit Manou Heitzmann-Massenez. Un guichet unique, c’est aussi le risque d’un niveau d’aide revu à la baisse. "C’est vrai que s’il n’y en a qu’un qui donne, il donnera peut-être moins, mais il coûtera peut-être moins aussi, donc il pourra peut-être donner plus à terme", corrige Steve Risch.

Un guichet unique, c’est plus de transparence, plus de rapidité, plus d’efficacité.

Manou Heitzmann-Massenez, PDG de la distillerie Massenez de Dieffenbach-au-Val

Pour plus d’efficacité

La fusion des collectivités est perçue comme une promesse d’économies. Les industriels en veulent pour exemple la fusion des agences de développement, programmée indépendamment des résultats du référendum. "Le total des trois agences, précise Vincent Froehlicher, pressenti pour prendre la tête de l’agence unique, c’est 50 collaborateurs et un budget de 7 millions d’euros. La feuille de route qui sera la mienne, consiste à réaliser 30% d’économies, en gardant toutes nos compétences." Bruno Russo, de son côté, met en garde : "L’Adira est un outil extrêmement performant. Il faut absolument faire en sorte que cela reste un point fort." Autre revendication du vice-président de l’UIMM Alsace : "Il faut une véritable coordination au niveau des organes de soutien à l’innovation. Et là, on peut s’améliorer."

L’exemple alsacien pourrait faire école. Une dizaine de départements réfléchissent, d’ores et déjà, à nouer de nouvelles relations entre eux. D’autres fusions en vue ?

"La régionalisation doit être proche des territoires"

Jean-Claude Rebischung, PDG d’Europe Environnement, à Aspach-le-Haut, et président de la commission industrie de la chambre de commerce et d’industrie régionale
  • Le 7 avril, voterez-vous en faveur du projet de création d’une collectivité territoriale unique en Alsace ?

Je soutiens ce projet. Nous avons fait la régionalisation au niveau de la chambre de commerce et d’industrie [CCI]. Cela nous a permis d’aller plus loin dans l’efficacité et dans les économies de moyens. Et nous avons pu parler d’une seule voix. C’est un projet qui va défrayer la chronique. On va parler de l’Alsace. Mais derrière, il faut que ça suive.

  • C’est-à-dire ?

Il faut une vision politique, un objectif. On nous explique que ça coûtera moins cher, c’est bien. Mais il ne faut pas que ça devienne l’horizon unique. Il faut un projet, par exemple trouver des compétences nouvelles ou créer des services, en tout cas une dynamisation. Je suis pour une régionalisation qui soit proche des territoires. À la CCI, nous avons un maillage d’une dizaine de grands territoires, pour être proches des gens, écouter les entrepreneurs, leur porter la bonne parole. J’ai peur que ce maillage manque. Et je crains qu’il faille beaucoup d’arrangements entre élus avant qu’on arrive à quelque chose de compétitif.

  • Mais la fusion des agences de développement est en route…

C’est vrai qu’elle nous manque cette structure centralisée, pour être plus fort, pour avoir plus de puissance de frappe. Quand on se compare à d’autres régions européennes pour attirer des projets, on est ridicules.

  • On entend peu les industriels…

Il y a un grand écart entre le politique et l’économique. Très peu d’industriels sont engagés en politique…

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