Les industriels sous la pression des agences de notation

En cette période de crise, les agences de notations financière sont revenues au cœur de l'actualité. Médiatisées pour les notes qu'elles attribuent aux Etats,elles tirent principalement leurs revenus de leurs évaluations des entreprises. Qui ont souvent plus à y perdre que les institutions publiques.

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Les industriels sous la pression des agences de notation

"Pour une entreprise, la notation est encore plus importante que pour un Etat." Norbert Gaillard, consultant pour la Banque mondiale et auteur de l'ouvrage "Les agences de notation", est très clair sur ce point. Malgré l'exposition médiatique des notes souveraines, les Etats ne risquent pas leur survie quand leur note est actualisée. De ces évaluations dépend le coût de la dette de l'Etat, plus la note est faible plus la dette est coûteuse. Mais les Etats peuvent toujours se financer par d'autres moyens que le marché, via la création monétaire ou des aides d'institutions internationales.

Pour les entreprises la tendance est clairement au financement sur les marchés de capitaux. La notation par les agences est donc cruciale, même si d'autres indicateurs entrent en compte. Les recommandations des banques d'affaires notamment, fonctionnant sur un rythme plus rapide que la notation, peuvent impacter fortement les cours de bourse d'un groupe.

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Il reste que les Etats ne disparaîtront pas si leur dette est restructurée. Alors qu'une entreprise peut jouer son existence si sa note est dégradée de B- à CCC+. Et que, comme le confirme Norbert Gaillard, "le [secteur] corporate est le premier contributeur au chiffre d'affaires de agences de notation"

Des méthodes un peu légères

Début août, Standard & Poor's, une des principales agences de notation financière, a annoncé que la note d'Areva pourrait baisser. Le groupe français conserve son évaluation BBB+, mais la perspective de sa note est négative. Au service communication financière d'Areva, on précise que "le changement de perspective n'a aucun impact, le coût de la dette n'augmente pas". S&P traduit dans cette modification les incertitudes touchant le secteur du nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima.

Les équipes d'Areva précisent également que les analystes de S&P n'ont pas disposé d'informations particulièrement confidentielles pour établir cette note. "Ils ont bien des contacts privilégiés avec le management, mais on leur applique le même filtre de confidentialité qu'à n'importe qui" affirment-elles.

Norbert Gaillard confirme : "Je ne considère pas que les agences disposent d'informations inédites, inconnues du reste de la communauté financière". Cet élément pose la question de la légitimité des agences de notation, qui ont progressivement acquis un statut de quasi-régulateurs. La faiblesse des moyens humains des agences est également problématique. Chaque analyste y est responsable du suivi de 15 à 20 dossiers. Impossible de suivre précisément l'actualité de 15 Etats et multinationales. Enfin, les rencontres annuelles des analystes avec le haut management ne durent jamais plus de trois ou quatre jours. Un peu court pour dresser l'état des lieux d'un grand groupe.

Les entreprises ne protestent pas : ce sont elles qui rémunèrent les agences de notation. La facture est calculée en fonction du montant de la dette, un minimum de 100 000 euros est évoqué. L'utilité de ces agences pour les investisseurs est reconnue, mais leurs méthodes devront peut être évoluer, avant que la crédibilité de ces analyses ne soit dégradée.

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