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L'Usine Santé

Les industriels sont-ils préparés à l'attaque des bactéries résistantes aux antibiotiques ?

Astrid Gouzik , , ,

Publié le

Des chercheurs américains ont détecté, sur une femme de 49 ans, une bactérie résistante aux antibiotiques. S'il s'agit de la première apparition de cette bactérie aux Etats-Unis, elle avait déjà été repérée en Chine et dans plusieurs pays européens. De quoi raviver le présage d'un monde sans antibiotiques que formule la communauté scientifique depuis de nombreuses années. Que prévoient les industriels pour lutter contre ces bactéries multi résistantes ?

Les industriels sont-ils préparés à l'attaque des bactéries résistantes aux antibiotiques ?
Des bactéries pathogènes, vues dans le dessin animé devenu culte : Il était une fois la vie
© D.R.

L'information est quelque peu anxiogène. Elle nous parvient de l'autre côté de l'Atlantique. Des chercheurs américains ont identifié une sorte de "super bactérie". Elle serait indestructible, résistante aux antibiotiques. La dénommée mcr-1 réveille alors le spectre d'une ère post antibiotiques et les  angoisses qui vont avec.

Deux faits sont pourtant essentiels dans le cas de cette patiente américaine infectée par la bactérie résistante. D'une part, il ne s'agit pas de la première apparition de la bactérie. "Elle existe depuis assez longtemps, elle a d'ailleurs été décrite chez l'Homme il y a quelques mois, en Chine, en Europe également", nous explique Jean Carlet, président de la World alliance against antibiotic resistance et président du groupe de travail instauré par le ministère de la Santé pour la préservation des antibiotiques.

D'autre part, la bactérie porteuse du gène mcr-1 n'est pas absolument résistante à toutes formes d'antibiotiques. Elle se montre invulnérable à la colistine, un vieil antibiotique considéré comme le dernier recours censé porter le coup de grâce à une bactérie récalcitrante. Nuance. Revenons au cas de la patiente américaine, si la colistine n'a eu aucun effet, un antibiotique de la classe des carbapénèmes a fini par venir à bout de la bactérie porteuse du mcr-1. 

L'accumulation des gènes de résistance...

La véritable menace serait que cette bactérie, porteuse d'un gène qui le rend résistante à la colistine, rencontre une autre bactérie qui serait, elle, résistante aux carbapénèmes. La particularité de ces organismes étant de pouvoir se transférer du matériel génétique, cette association donnerait naissance à une bactérie ravageuse. "Une fois qu'elle est formée, il est très difficile de la détériorer. Les possibilités thérapeutiques sont faibles", détaille Patrice Nordmann, professeur de microbiologie à l'université de Fribourg et directeur de l'unité Inserm "Résistance émergente aux antibiotiques".

"Le danger étant l'accumulation des gènes de résistance, il est crucial de limiter leur propagation. Pour cela, des mesures adéquates doivent être prises rapidement à la fois dans le domaine médical et vétérinaire", renchérit-il. C'est bien le recours trop systématique aux antibiotiques qui est dans sa ligne de mire. "En Europe, en Bretagne notamment, la colistine est énormément prescrite pour les porcs malades. En Asie, c'est encore différent, on donne de la colistine aux animaux pour favoriser leur croissance", explique-t-il. Chez l'homme, la France reste parmi les premiers consommateurs d'antibiotiques en Europe.

... sur la bactérie la plus courante

Plus ces bactéries rencontrent les antibiotiques plus elles apprennent à leur résister. "Si ces souches résistantes s'installent de façon importante dans beaucoup de pays cela risque d'être un véritable problème", avertit Jean Carlet. Or le gène mcr-1 se trouve localisé chez le colibacille, la bactérie la plus courante et la plus facilement transférée entre l'environnement, l'animal, la nourriture et l'homme. "C'est la monnaie d'échange, l'euro de la résistance aux antibiotiques", selon Patrice Nordmann. Un moyen de transport ultra rapide pour ces gènes de la résistance.

Seul Astrazeneca a développé un nouvel antibiotique qui serait efficace sur certaines formes de résistance.

Face à cette menace, comment se sont préparés les industriels ? "Il y a un redémarrage récent de la recherche et développement pour ces produits. Mais cela ne va pas donner naissance à de nouveaux antibiotiques avant dix ou quinze ans", estime Jean Carlet. "A ma connaissance, même Sanofi n'a rien dans les pipelines à ce niveau", ajoute Patrice Nordmann.

Des boucliers ?

Seul Astrazeneca développe un nouvel antibiotique qui serait efficace sur certaines formes de résistance. Ce combiné de ceftazidime, un antibiotique et d'avibactam, un inhibiteur d'enzyme, est mis en vente depuis six mois aux Etats-Unis, il devrait être commercialisé en France fin 2016. Malgré nos sollicitations, le laboratoire n'était pas disponible pour répondre à nos questions.

Une autre voie arrive tout droit de la Géorgie des années 1910 : la phagothérapie, l'utilisation de virus pour combattre les bactéries. "En terme de régulation et d'admission, de la part des autorités publiques, cela me semble compliqué. Le patient lui-même aura des réticences", tempère Patrice Nordmann.

Les alertes se font de plus en plus nombreuses concernant la résistance bactérienne. Pourtant, selon le chercheur, "ce n'est que lorsque l'on arrivera à une situation d'urgence, avec des morts en grand nombre, que l'on verra la recherche s'accélérer et une molécule apparaître". D'ici la fin du siècle ? Silence. "D'ici cinq à dix ans".

Astrid Gouzik

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