Les industriels se préparent à affronter la crise

La bourse dévisse et les industriels s'activent pour résister. Chacun a sa perception de la crise, sa stratégie pour la surmonter et son conseil pour renforcer l’industrie française.

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Les industriels se préparent à affronter la crise

Cette semaine d'août a été le théâtre d’un affolement des bourses internationales. Vendredi 12 août, elles semblent s’apaiser. A 15h30, le CAC40 est à 3 124 points, en hausse de 4%. Wall Street de son côté ouvre à la hausse. Malgré tout, les chutes vertigineuses de ces derniers jours nous ont rappelé que la crise qui a débuté en 2007 n’était pas finie.

Face à cette conjoncture, les industriels s’inquiètent mais sont aussi force de proposition. 60 entrepreneurs français se réuniront avec 540 homologues des pays du G20 du 31 octobre au 2 novembre à Nice lors du sommet G20 YES (Young Entrepreneur Summit). Avec pour objectif de proposer aux autorités politiques des solutions à la crise. En attendant, quatre d’entre eux, tous industriels, expliquent à L’Usine Nouvelle leur vision de la crise et comment la surmonter à l’échelle de leur entreprise puis au niveau des pays du G20.

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Jean-Yves Courtois, P-DG d’Orolia, équipements et systèmes GPS uniques

Sa perception. "Nous sommes inquiets à cause de l’incertitude créée. La machine tournera très vite au ralenti. A moyen terme, nous anticipons une baisse de la croissance, ne serait-ce que sur le marché du militaire et de la sécurité civile. On percevait déjà il ya quelques mois des indices comme des baisses de commandes ou des retards de paiement de la part des Etats. Aujourd’hui, nous nous attendons à deux ou trois années atones".

Sa stratégie. "Nous avons toujours accumulé de la trésorerie pour saisir les opportunités. Concrètement, on va commencer par faire des stress tests pour envisager les différents scénarii. La crise va arriver vite donc on anticipe pour pouvoir passer l’orage. On va aussi s’assurer que nos partenaires bancaires auront la capacité de lever des fonds pour pouvoir chercher des acquisitions à bon prix. Car la crise permet aussi de faire de bonnes opérations. Nous sommes plutôt en mode offensif. La situation est plus risquée mais cela permet d’acquérir de beaux actifs que l’on pourra faire fructifier".

Son conseil. "L’industrie a besoin d’être plus productive en France. Avec l’arrivée des pays émergents, nous devons être plus malins et innover. Pour cela, nous devons avoir à la fois de bons projets mais aussi avoir le sens du business. Je m’investis dans le "Réseau entreprendre" qui aide les jeunes entrepreneurs. Ceux-ci sont porteurs d’innovation prometteuse mais ils ne pensent pas assez aux clients potentiels. Dans la high-tech, il faut plus qu'un nouveau produit. Il faut un produit qui améliore la vie du client. Je pense que le problème est qu’il nous manque des ingénieurs formés au marketing, des "product manager" à l’américaine. Ceux-ci connaissent à la fois le background technique et savent anticiper les besoins du marché".

Jean-Marc Barki, P-DG de Sealock, fabrications de Colles Industrielles

Sa perception. "La crise ne nous touche pas. Et ça me conforte dans l’idée que les PME n’ont rien à gagner à entrer en bourse. C’est un terrain pour les grands. Nous, nous sommes plutôt "Hobbie Cat" que gros paquebot. Pour moi, le vrai souci au quotidien est de gérer mon approvisionnement en matières premières, alors que nous sommes face à une raréfaction depuis deux ans".

Sa stratégie. "Nous avons une croissance de 20% grâce à l’accent mis sur la R&D. Le crédit-impôt recherche mis en place pendant les Etats généraux de l’industrie nous a beaucoup aidé. Le remboursement par anticipation est très utile pour les PMI qui réinvestissent beaucoup de leur résultat net. Par ailleurs, nous nous en sortirons car nous avons un portefeuille clients équilibré et il est dilué. Nous avons réparti les risques si la demande venait à baisser de la part de l’un de nos clients".

Son conseil. "Une de mes idées est de ne pas taxer les 100 000 premiers euros de résultat net des PME s’ils vont dans les fonds propres. Cela ne coûte de toute façon rien à l’Etat puisque les PME se débrouillent toujours plus ou moins pour faire des prévisions dans leurs résultats afin de les réduire au maximum l’imposition. Et ce système permettrait de stabiliser les PME qui forment la majeure partie des entreprises françaises et qui créent le plus d’emplois".

Ludovic Huitorel, P-DG de Feralco, chimie et produits pour le traitement de l’eau

Sa perception. "Ca bouge beaucoup en bourse mais cela n’a pas d’incidence directe sur Feralco. L’industrie ne sent pas encore l’onde de choc. L’année 2011 s’annonçait comme une année de croissance en Europe et la crise aura forcément un impact négatif. Quant à nous, plus de 70% de notre business sert à traiter l’eau potable. Même en temps de crise, on ne coupe pas l’eau potable. Notre souci aujourd’hui porte sur les matières premières. C’est une interrogation que l’on a depuis longtemps mais la crise risque de compliquer les choses. La deuxième chose qui pourrait nous impacter est le volet financement bancaire".

Sa stratégie. "Nos matières premières de base pour "potabiliser" l’eau sont les minerais de fer et d’aluminium. Lors de la précédente crise, des mines ont suspendu leur activité en 2008. Cela peut être difficile à gérer pour nous. Nous sommes donc en train de sécuriser nos achats de matières premières en travaillant directement avec les mines. Nous essayons de bloquer des volumes minimums avec chacun de nos fournisseurs puis nous achetons sur plusieurs pays pour équilibrer les risques".

Son conseil. "Une crise n’est jamais bonne au niveau macroéconomique mais cela peut aussi se transformer en opportunité. Certains acteurs ont de bons atouts industriels mais ont, malheureusement, une mauvaise santé financière. Nous pouvons alors les acquérir à prix bas. Mais il s’agit alors d’avoir la puissance financière de les racheter, dans un contexte où les crédits bancaires sont plus difficiles à obtenir".

Bruno Lechevin, P-DG d’Enhance Aero, maintenance aéronautique

Sa perception. "L’aérien n’est pas encore touché sur le plan militaire et sur le plan civil. Le militaire ne devrait pas trop en souffrir car cela dépend de choix politiques. Pour le civil, le risque est que la demande des passagers eux-mêmes chute. Et que la vente des billets d’avion diminue. Mais honnêtement, pour le moment, nous n’avons pas de pronostic. Nous suivons l’actualité de très près".

Sa stratégie. "Ces variations en bourse me désarçonnent. Heureusement, nous avons varié nos commandes. Nous avons 15 clients différents allant de l’Etat pour des avions militaires à de grands consortiums de l’aviation civile. Dans ces cas-là, les contrats s’étalent sur plusieurs années. Ce qui nous permet de venir voir. Nous avons un petite protection grâce à ces contrats. Nous avons aussi des accords court-termistes mais on essaye de les consolider au maximum.

Son conseil. "Il faudrait les mêmes règles pour tous. Nous sommes dans une économie mondialisée et les charges sociales varient vraiment d’un pays à l’autre, ce qui pose des problèmes de concurrence".

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