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[Laval Virtual] Chez Airbus et STX France, les industriels s'emparent de la réalité virtuelle

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Publié le , mis à jour le 03/04/2018 À 08H07

Enquête À Saint-Nazaire, la réalité virtuelle et les technologies immersives font partie du quotidien d’Airbus et de STX France, portés par l’expertise du pôle Clarté, à Laval. Reportage, alors que se tient du 3 au 8 avril la 20ème édition du salon Laval Virtual sur la réalité virtuelle et augmentée.

[Laval Virtual] Chez Airbus et STX France, les industriels s'emparent de la réalité virtuelle
Les chantiers navals STX ont recours au Cave pour la conception des paquebots.

La réalité virtuelle est une pratique quasi quotidienne chez Airbus, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Ce site, spécialisé dans le montage des tronçons avant et centraux des avions, fut, en 2014, l’un des instigateurs du Technocampus Smart Factory, voisin immédiat de ses halls de production. Financé par la région des Pays de la Loire, ce centre a été conçu comme un outil mutualisé au service des industriels locaux avec, pour atout maître, un Cave – une salle immersive – de trois mètres sur trois permettant des visites interactives à l’échelle 1 en 3D.

"Toute l’industrialisation de l’A350-1000, pour le site de Saint-Nazaire s’est faite avec cet équipement, rappelle Jean-Philippe Laurent, le directeur adjoint de l’usine. L’enjeu était de s’assurer que l’avion et les moyens de production étaient compatibles." Le Cave permet aux opérateurs de visualiser le poste d’assemblage et le tronçon en cours de montage, de vérifier l’adéquation des postes, si l’ergonomie ou l’accessibilité est optimisée pour l’opérateur, de localiser le passage des harnais et autres réseaux, d’intégrer la logistique, la chronologie des opérations de montage pour une meilleure accessibilité. "L’idée est de définir l’avion en même temps que le moyen de production, et de parvenir à une industrialisation proche du premier coup", explique Christian Berthelier, chargé de la réalité virtuelle pour Airbus au Technocampus.

Un marché étroit

Si Airbus est le premier utilisateur du Technocampus, et de loin, d’autres industriels y ont recours : General Electric l’a mis à contribution pour la revue technique de l’Haliade – son éolienne marine –, Man Diesel pour ses gros moteurs et l’équipementier Famat pour définir son outil de production. Pour la région Pays de la Loire, qui a investi 8 millions d’euros dans cet équipement, l’enjeu est aussi de le faire vivre auprès des PME. Le marché est cependant ténu. "Encore faut-il que ces PME aient une activité immersive qui le justifie, comme le transport ou le bâtiment", estime Sophie Sagot-Duvauroux, la directrice du Technocampus, soulignant que la démocratisation des casques suffit à couvrir un certain nombre d’usages. La dirigeante voit cependant à l’outil une vocation en matière de formation, sur le montage de grandes structures ou la conduite d’un pont roulant avec simulation de pièces et d’obstacles. Le Technocampus pourrait aussi trouver sa place dans l’industrie touristique, florissante à Saint-Nazaire.

Sur ce point, l’inspirateur pourrait être STX France, qui a recours au Cave pour produire des immersions ultra-réalistes à l’intérieur de ses navires, avec un rendu des matériaux, des textures, de la lumière. "Cela permet de visiter un navire qui n’existe pas encore et d’avoir des discussions sur la structuration, la position d’un restaurant, le rendu d’une salle de spectacle, explique Patrick Pirrat, qui pilote ces projets au sein du chantier naval. La réalité virtuelle permet d’aller très loin, de voir comment disposer des tables ou si un fauteuil pour une personne handicapée peut passer…" Cette technologie a tellement impressionné l’armateur RCCL, l’un des clients de STX France, qu’il s’est lui aussi doté d’un Cave à Miami ! Prochaine étape : l’immersion simultanée à distance, entre Saint-Nazaire et Miami.

Acceptabilité et surcharge cognitive

Côté production, STX France croit fermement à l’usage de la réalité augmentée dans ses ateliers. "L’objectif est d’assister les opérateurs par le biais d’un casque ou d’une tablette", assure Patrick Pirrat. Il s’agit par exemple de scanner un tuyau pour voir où il se place dans l’embrouillamini des coursives de ces navires géants. "On est encore au stade pré-industriel", relativise l’ingénieur. Une telle assistance permettra d’accroître la productivité, d’établir une traçabilité, mais aussi de transmettre sans délai plans et instructions pour une plus grande agilité. Reste à savoir quelle technologie sera la plus appropriée et la plus confortable pour l’opérateur, un masque pouvant provoquer nausée et maux de tête. "Il faut étudier l’acceptabilité de telles technologies", souligne Patrick Pirrat qui envisage aussi la réalité augmentée comme un outil du "bureau d’études du futur" dans la suite logique de la table à dessin, puis la station CAO.

"L’un des grands défis à relever est d’adapter la réalité augmentée pour éviter la surcharge cognitive, prodiguer la bonne information, au bon endroit et au bon moment sur les chaînes de production où l’opérateur peut être noyé sous les consignes", confirme Alexandre Bouchet, le directeur de Clarté à Laval (Mayenne), qui accompagne STX France dans ses expérimentations immersives. À plus long terme, le responsable de ce centre de ressources technologiques spécialisé en réalité virtuelle perçoit d’autres technologies applicables à l’industrie telle "l’interface entre le cerveau et la machine", mettant en œuvre des capteurs EEG (électroencéphalographie), qui pourraient trouver leur place dans les casques des opérateurs "dans les cinq ans". On pourra dès lors prendre la mesure "des signaux attentionnels, des niveaux de concentration, de stress, de fatigue".

Clarté entend creuser la dimension collaborative de la réalité virtuelle, technologie relativement isolante, mieux associer plusieurs collaborateurs autour d’un prototype virtuel, par exemple. Pour Airbus, la nouvelle frontière de la réalité virtuelle réside dans "la prise en compte de l’intelligence artificielle, des big data et de la notion de temporalité", résume Jean-Philippe Laurent. Ou comment prendre en compte le caractère évolutif de la production.

LAVAL CREUSE LE SILLON DES TECHNOLOGIES IMMERSIVES

Le salon Laval Virtual est, chaque printemps, l’un des rendez-vous clé des technologies immersives. La vingtième édition, du 4 au 8 avril 2018, prend encore de l’ampleur avec 300 exposants du monde entier et 20 000 visiteurs attendus, dont de nombreux professionnels. Ils pourront découvrir le nouveau Laval Virtual Center. Cet édifice de 3 000 m², un investissement public de 6,5 millions d’euros, regroupe notamment l’équipe de Clarté, prestataire clé de l’industrie en matière de conseil, de veille, de propriété intellectuelle et d’accompagnement des entreprises, parfois jusqu’au démonstrateur. "Nous sommes le maillon entre l’identification des tendances et les usages", résume Alexandre Bouchet, son directeur. Clarté a gagné une vocation nationale avec des clients tels Vinci Construction, Naval Group, STX France et Renault. Avec ce dernier, Clarté a élaboré un démonstrateur permettant à l’utilisateur immergé de ressentir des sensations haptiques (toucher), des échantillons de plastique, cuir ou textile restituant les perceptions de l’habitacle. L’haptique, tout comme le retour d’effort, sont aussi les points forts de HRV. Née dans la mouvance de Clarté, cette société lavalloise de 15 salariés a développé des simulateurs étonnement réalistes pour les étudiants en dentaire. Elle est aussi un spécialiste de la simulation dans l’industrie dans le but d’éradiquer les troubles musculo-squelettiques (TMS). La mouvance lavalloise a fait naître d’autres start-up telles AF’ergo, sur l’ergonomie des postes de travail, Haption, référence mondiale en termes de retour d’effort, ou Realyz, qui met à la portée des PME des systèmes clés en main d’immersion mobiles pour la conception. Le cluster a aussi attiré d’autres acteurs tels le parisien Uraniom ou l’américain Eon Reality, fort de 80 salariés dans le développement d’outils et d’applications pour l’industrie, l’éducation et les équipements culturels.

 

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