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Quotidien des Usines

LES INDUSTRIELS NE COMPTENT PLUS QUE SUR EUX

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LES INDUSTRIELS NE COMPTENT PLUS QUE SUR EUX



Après le plongeon de la fin de l'année dernière, l'industrie (hors B-TP) confirme sa capacité à résister. Selon le sondage réalisé par la Sofres pour " L'Usine Nouvelle ", trois industriels sur quatre prévoient maintenant de maintenir ou d'augmenter leurs investissements en 1996. Pourtant, en ce début d'automne, la " sinistrose " a encore gagné du terrain. Les industriels ne sont plus que 4 % à penser que la situation de l'économie française s'améliore. 89 % des " optimistes " de juin, date de notre précédente enquête, ont assombri leur verdict ! Cause ou conséquence ? Le gouvernement Juppé subit une véritable censure. 73 % des patrons jugent que l'équipe au pouvoir n'est pas à leur écoute. Plus que jamais, les industriels ne comptent que sur eux-mêmes.



ILS SONT PESSIMISTES SUR L'ECONOMIE



On nous annonçait un automne chaud. Les industriels le trouvent plutôt morne. Ce n'est pas que leurs affaires vont beaucoup plus mal. Le sondage réalisé par la Sofres pour " L'Usine Nouvelle " révèle un équilibre entre ceux qui estiment que la situation de leur entreprise se détériore et ceux qui perçoivent une amélioration.

En tout cas, remarque Christian Brévard, président du directoire de Bruker France (330 millions de francs de chiffre d'affaires avec 370 salariés), " quand on part à l'étranger, on s'aperçoit que la France est un îlot de morosité dans un ensemble mondial qui semble redémarrer ". Il est vrai que, même si l'industrie tire globalement son épingle du jeu, les nouvelles ne sont pas toujours rassurantes. Dans une économie en croissance lente, les mois d'été se sont traduits par une nouvelle augmentation du chômage. La bonne tenue du franc entraîne une stagnation des ventes à l'étranger. Les industriels ne sont plus que 59 %, au lieu de 70 % en juin, à affirmer que les exportations seront le principal moteur de l'activité. Enfin, le spectacle de la vie publique est rien moins qu'encourageant. " Quand on pense aux milliards engloutis au Crédit lyonnais, alors que l'on rogne quelques millions sur les aides à l'export... ", s'indigne Yves Fiorda, P-DG d'ACM (chaudronnerie industrielle, 50 millions de francs de chiffre d'affaires) et administrateur du CFME. Est-ce d'abord une " crise psychologique ? ", comme l'estime Bernard Guinet, P-DG de la Sfaim (filiale de Gillette, réalisant 30 millions de francs de chiffre d'affaires dans les moules d'injection plastique). Gérard Protat, directeur général de HIT Industries (traitement thermique, 550 millions de francs de chiffre d'affaires), le pense : " L'activité est bonne, nos clients sont plutôt optimistes, mais, avec ce qu'on lit dans les journaux, on se dit que ce n'est pas normal et que cela ne va pas durer. " En tout cas, même les plus performants sont gagnés par la grogne. " Nos résultats sont bons parce que nous opérons sur une niche et que nous avons délocalisé une partie de notre production. Notre petite taille nous permet aussi une grande flexibilité. Mais nous ne voulons pas servir d'alibi. Faire de la chaussure, en France, c'est courir un marathon avec un sac de 20 kilos sur le dos ", clame Yvon Rautureau, l'un des dirigeants du chausseur choletais Rautureau Apple Shoes (255 millions de francs de chiffre d'affaires). Le décalage entre la situation réelle des entreprises, qui ne se détériore pas, et l'assombrissement de l'opinion des patrons s'explique. Ayant perdu confiance dans les politiques, craignant une explosion sociale dans le secteur public, les industriels ne comptent plus que sur eux-mêmes. " Sous pression ", ils sont beaucoup plus sensibles à la difficulté de leur tâche. Un exemple : 77 % des patrons du textile-habillement estiment que la situation dans leur secteur se détériore. Mais 73 % d'entre eux parient que, au cours des six prochains mois, la situation de leur entreprise va s'améliorer ou rester la même, 20 % seulement craignant une détérioration. Les difficultés sont en effet nombreuses. A commencer par la consommation, qui reste médiocre. " La crise de la vache folle ne s'est pas traduite par un report massif sur nos produits. Le consommateur a tout simplement réduit sa consommation de viande, ce qui démontre sa capacité à arbitrer ses achats ", souligne le dirigeant d'un important groupe volailler. " La pression sur les prix ne cesse de s'accentuer. Nous sommes à la limite de la déflation ", analyse Alain Rouleau, P-DG de Rouleau-Guichard (445 millions de francs de chiffre d'affaires). L'industriel toulousain, spécialisé dans la fabrication de sous-vêtements pour la grande distribution, s'attend cette année à une baisse de 5 à 10 % de son chiffre d'affaires, mais table sur de nouveaux marchés pour se relancer en 1997. La baisse des prix est une préoccupation commune à tous les secteurs. " Le problème vient d'une compétition de plus en plus forte. La volonté des grandes entreprises d'affirmer leur leadership mondial en- traîne une guerre des prix qui fait très mal ", estime Bernard Steyert, P-DG de la Socomec (construction électrique, 511 millions de francs de chiffre d'affaires). Un équipementier de premier rang raconte, comment, à l'issue d'un marchandage serré de trois mois, il vient d'être amené à baisser de 15 % le prix de la pièce livrée pour un modèle d'un constructeur français. Dans ce contexte d'attentisme du consommateur, accentué par la perspective de la baisse des prix, les industriels ont de moins en moins de visibilité. Partout les carnets de commandes sont plus courts. " Nous faisons face à d'importantes amplitudes d'activité d'un mois sur l'autre ", note Yvon Condamin, P-DG de Chimiotechnic (détergents, 300 millions de francs de chiffre d'affaires). " Notre plan de charge est très irrégulier ", constate Yves Fiorda. Quant à l'automobile, elle est soumise depuis deux ans au régime de la douche écossaise, avec la succession des systèmes d'aide. " Nous sommes dans l'incertitude sur le niveau à venir de l'activité en France, incertitude que l'on retrouve à la sortie de tout dispositif de soutien d'un secteur d'activité ", explique Daniel Dewavrin, P-DG de Bertrand Faure (équipement de l'automobile, 12,5 milliards de francs de chiffre d'affaires). Autant d'incertitudes qui alimentent dans le privé, tant du côté patronal que de celui des salariés, ce sentiment de précarité qui entraîne un certain scepticisme et engendre le divorce entre public et privé, que notre sondage fait apparaître : 93 % des industriels redoutent des conflits sociaux dans le public, mais ils sont seulement 28 % à exprimer une telle crainte pour le secteur privé. " Les salariés sont conscients de la guerre des prix, qui s'est intensifiée. Contrairement au secteur public, chez nous, les gens risquent leur existence ", analyse Louis Defline, P-DG d'Ecia (équipement de l'automobile, 9,1 milliards de francs de chiffre d'affaires). Mais là où Noël Goutard, patron de Valeo, voit un " comportement raisonnable ", auquel il rend hommage, d'autres insistent sur l'inquiétude ambiante. " Même si leur entreprise n'est pas en difficulté, les gens savent que leur emploi n'est pas garanti ", relève Gérard Protat.



Méthodologie

Sondage effectué par téléphone par la Sofres pour " L'Usine Nouvelle " du 23 au 27 septembre 1996 auprès d'un échantillon national de 402 chefs d'entreprise de l'industrie représentatif de l'ensemble des chefs d'entreprises privées de 10 salariés et plus de ce secteur.



Thierry Agard, p-dg d'uniflockage

Tout le monde est inquiet

" Je ne connais pas une seule entreprise de mon entourage qui ne soit pas inquiète pour l'avenir. Dans ma région, tout le monde s'attend à des dépôts de bilan, notamment dans l'agroalimentaire, où les PMI ont dû investir pour mettre leur outil en conformité avec les normes européennes. Signe des temps : nos clients, les industriels du luxe, parlent eux aussi de rentabilité et d'économies d'échelle. "

Philippe Brongniart, directeur général de la Lyonnaise des eaux

Les restrictrions budgétaires pèsent lourd

" La situation ne s'améliore pas, en particulier pour les industries, comme la nôtre, liées au secteur public, qui font face aux restrictions budgétaires et à l'attentisme des collectivités locales. Mais il est vrai que la marge de manoeuvre des Pouvoirs publics est faible, tant du point de vue fiscal que budgétaire. "



ILS DESESPERENT DU GOUVERNEMENT JUPPE



La condamnation n'est pas surprenante, mais sa netteté est inattendue. 69 % des industriels interrogés par la Sofres pour " L'Usine Nouvelle " estiment que le gouvernement d'Alain Juppé ne prend pas de bonnes mesures pour relancer l'activité économique. Ils sont encore plus nombreux, 73 %, à accuser l'équipe au pouvoir de ne pas être vraiment à leur écoute. Cette fois, le divorce est profond. " Le gouvernement n'est à l'écoute que de certains chefs d'entreprise. Ceux qui font partie du microcosme politique ou gravitent autour ", accuse un industriel du textile. Ce jugement sévère prend d'autant plus de relief que, contrairement à l'opinion publique, les patrons ont tardé à retirer leur crédit à Alain Juppé. Interrogés début décembre 1995, 69 % des chefs d'entreprise de notre panel faisaient confiance au chef du gouvernement pour mettre fin aux conflits sociaux. Et 67 % d'entre eux exprimaient le sentiment que " le gouvernement sait où il va et poursuit une stratégie à long terme ".

Le fossé s'agrandit entre les entreprises et les élus

Aujourd'hui, à une écrasante majorité (64 % à 78 %), les industriels qualifient de non satisfaisantes les mesures gouvernementales dans les domaines de la fiscalité des ménages et des entreprises, de l'emploi et de la maîtrise des déficits publics. Selon les cas, les " très satisfaits " sont entre 0 % et 2 %, alors que les " pas du tout satisfaits " représentent de 28 % (pour la maîtrise des déficits publics) à 40 % (pour la fiscalité des entreprises) ! " Parmi le lot des mesures prises, il y en a évidemment quelques bonnes. Mais le fossé est tellement grand entre les entreprises et les politiques, qui connaissent si peu nos problèmes, que les bonnes décisions ne peuvent pas être prises ", analyse Frédéric Roure, P-DG de GFI Industries. A l'évidence, le président de la République avait vu juste quand il déclarait, le 30 septembre : " Les Français doutent de tout, y compris de notre aptitude à faire face. " Tout se passe comme si, en ce moment, politiques et industriels vivaient dans des mondes séparés. Aux incantations sur la " confiance ", les patrons répondent par des demandes de mesures concrètes et significatives concernant la diminution des impôts et des charges des entreprises, la réduction des déficits publics. " Nous souhaitons depuis plusieurs mois embaucher sept personnes dans le cadre de la loi de Robien, mais ce projet ne pourra déboucher avant 1997 en raison des lenteurs administratives. C'est lamentable ! Je préférerais que le gouvernement supprime toutes les subventions et aides, trop complexes à mettre en place, et allège d'autant les charges des entreprises ", propose Claude Billon, président du directoire de Billon Frères (tissu maille, 155 millions de francs de chiffre d'affaires). Une exigence de simplification qui est largement partagée. " Ce ne sont pas les aides à l'emploi, qui provoquent les embauches, mais le développement des entreprises ", affirme Bernard Steyert (Socomec), qui a recruté 120 personnes au cours des deux dernières années. " Le gouvernement Juppé applique la solution à la française qui consiste à s'attaquer aux conséquences plutôt qu'aux causes. Cessons donc la politique de la " juppette " et regardons ce que font les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, qui obtiennent des résultats bien meilleurs que les nôtres ", insiste Alain Rouleau (Rouleau-Guichard). Dans ces conditions, les moyens classiques de la rhétorique politique perdent de leur efficacité. Les " effets d'annonce " ne séduisent plus. " La manière selon laquelle on a annoncé la baisse de l'impôt sur le revenu ne pouvait produire aucun effet ", note le patron d'un grand groupe laitier. " Après les hausses de 1995, les baisses d'impôts apparaissent comme un artifice, manquant de crédibilité ", insiste Laurent Bernard, P-DG d'OPF (mécanique, 27 millions de francs de chiffre d'affaires). " A quoi sert-il de baisser les charges des entreprises si l'on augmente dans le même temps la taxe professionnelle ? ", demande Alain Rouleau. " En visite dans notre région (l'Alsace), Jean-Pierre Raffarin s'est contenté d'annoncer une baisse des charges sociales sur les bas salaires, qui était déjà connue ", remarque Christian Brévard (Bruker France).

De même, les débats sur une hypothétique " autre politique " ne passionnent pas. Interrogés sur les mesures à prendre pour relancer l'activité économique, ils ne sont qu'une infime minorité à citer la dévaluation du franc ou l'allègement des critères de Maastricht (en réponses spontanées). Ce qui n'empêche pas les chefs d'entreprise d'être sensibilisés aux effets dévastateurs des fluctuations monétaires. " Quand je vous aurai dit que nous avons un concurrent italien, je vous aurai tout dit. En France, notre part de marché est passée de 90 à 70 % ", explique Robert Lohr, P-DG de Lohr Industrie (remorques porte-voitures et porte-engins, 460 millions de francs de chiffre d'affaires). " Les problèmes posés par les pays européens à monnaie faible restent toujours d'actualité ", ajoute Albert Zajtmann, P-DG de Palladium (chaussure, 250 millions de francs de chiffre d'affaires). Mais, plus qu'une réponse de circonstance, comme le plan Borotra pour le textile, l'industrie attend surtout des Pouvoirs publics qu'ils définissent clairement leur politique. " Quel avenir les industries de main-d'oeuvre ont-elles en Europe ? ", demande ainsi Jérôme Fechter, directeur commercial de Heckel Sécurité (chaussure de sécurité, 63 millions de francs de chiffre d'affaires). Est-ce le signe d'une nouvelle maturité ? Les industriels semblent moins croire qu'auparavant aux mesures catégorielles, comme s'ils prenaient conscience que le clientélisme électoral touchait à ses limites. " Les actions spécifiques, concernant telle ou telle catégorie de la population, tel ou tel paramètre économique, aboutissent à des distorsions et manquent d'efficacité. L'Etat doit plutôt créer un environnement favorable aux affaires, dans les domaines social, fiscal, monétaire, etc. Pour le reste, c'est aux entreprises de jouer ", analyse Marc Assa, P-DG de Sommer-Allibert (12,6 milliards de francs de chiffre d'affaires). J. - P. G.



Alain Rouleau, p-dg de rouleau-guichard

Regarder ce que font les Etats-Unis et la Grande-Bretagne

" Le gouvernement Juppé applique la solution à la française, qui consiste à s'attaquer aux conséquences plutôt qu'aux causes. Cessons donc la politique de la "juppette" et regardons ce que font les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, qui obtiennent des résultats bien meilleurs que les nôtres. "

Frédéric Roure, p-dg de GFI industries

Améliorer la productivité de la Fonction publique

" Le fossé est large entre les élus et les entreprises. Les Pouvoirs publics n'osent pas se confronter aux syndicats comme les entreprises ont su le faire il y a dix ou quinze ans. Dès que des voix s'élèvent, ils font marche arrière. Et ils ne prennent aucune mesure pour améliorer la productivité de la Fonction publique. "

Marc Assa, p-dg de sommer-allibert

Créer un environnement favorable aux affaires

" Les mesures spécifiques concernant telle ou telle catégorie de la population, tel ou tel secteur, aboutissent à des distorsions et se révèlent inefficaces. L'Etat doit se contenter de créer un environnement favorable aux affaires, dans les domaines social, fiscal ou monétaire. "



TROIS SUR QUATRE MAINTIENNENT OU AUGMENTENT LEURS EFFECTIFS ET LEURS INVESTISSEMENTS



Pessimistes pour l'économie, très sévères vis-à-vis du gouvernement, les industriels gardent pourtant le cap dès qu'il s'agit de leur entreprise. 17 % d'entre eux seulement - autant qu'en juin - redoutent une détérioration de la situation de leur entreprise dans les six prochains mois. La proportion de ces pessimistes tombant même à 15 % dans le secteur de la chimie, des matériaux et de la métallurgie, et à 10 % pour les machines et équipements. " La demande française reste très plate, mais notre chiffre d'affaires devrait augmenter de 12 % en 1996, et notre résultat net devrait doubler grâce à l'international, qui représente 60 % de nos ventes ", indique ainsi Pierre Schmidt, P-DG de Bongard, une filiale du groupe Strafor-Facom réalisant 418 millions de francs de chiffre d'affaires avec 480 personnes, implantée à Holtzheim (Bas-Rhin) et spécialisée dans les fours de boulangerie. Habitués depuis trois ans à naviguer avec une visibilité réduite, les industriels ont manifestement appris à réagir. En se redéployant sur les marchés étrangers, en innovant et en jouant sur la réactivité.

Proposer des produits innovants et de qualité

" Avec un plan de charge moyen et surtout très irrégulier sur la France et sur l'Europe, nous devons nous tourner vers la grande exportation, note Yves Fiorda, P-DG de l'entreprise de chaudronnerie industrielle ACM. C'est ce que nous faisons en allant exposer notamment en Inde et en Thaïlande. " " Depuis dix-huit mois, le marché algérien s'est brutalement ouvert pour nous avec la convertibilité du dinar ", ajoute Pierre Schmidt. Tandis que son voisin, Patrick Bertillon, directeur de Flowtec (filiale du groupe suisse Endress + Hauser), qui fabrique des débitmètres à Cernay (Haut-Rhin) avec 147 salariés, trouve " les pays méditerranéens et asiatiques très dynamiques dans le domaine de l'eau. " Parallèlement à ce dynamisme à l'export, la plupart des industriels misent sur des produits nouveaux pour compenser un marché atone. " Les industriels qui offrent une réelle valeur ajoutée, qui proposent des produits innovants, de qualité et dans de brefs délais s'en sortent ", analyse Claude Billon, président du directoire de la société textile Billon Frères, qui s'attend à une croissance de 2 à 3 % de ses ventes en 1996. " Pour provoquer l'acte d'achat, les prix bas ne sont pas toujours le moyen le plus efficace, ajoute Pierre Schmidt. Les gens sont prêts à acheter un produit, même plus cher, s'il leur apporte un réel avantage. Chez Bongard, nous faisons tourner la CAO à marche forcée depuis 1993. "

L'investissement apparaît comme une quasi-obligation

Pas question, avec de tels projets, de tirer un trait sur les investissements. Malgré une baisse de 5 à 10 % de son chiffre d'affaires cette année, Rouleau-Guichard, qui investit chaque année 13 % de son chiffre d'affaires, va accroître ce poste de 5 à 10 % en 1996. Il n'est pas le seul dans son secteur - pourtant considéré comme sinistré - puisque 20 % des entreprises du textile prévoient une hausse d'au moins 5 % de leurs investissements en 1996. Même les entreprises les plus petites sont engagées dans ce mouvement, puisque seules 26 % des PMI de moins de 50 salariés et 23 % de celles employant de 50 à 200 personnes prévoient de baisser leurs investissements en 1996 par rapport à 1995. Une tendance confirmée par deux enquêtes récentes. UFB Locabail prévoit ainsi, pour l'industrie, une croissance de 2 % en volume des investissements pour 1996. Tandis que la Slifac, une filiale du Crédit lyonnais spécialisée dans la gestion des comptes clients, qui vient de réaliser une enquête auprès de 1 500 PME, affirme que 72 % des PME de l'industrie veulent investir dans les prochains mois et que 64 % d'entre elles ont l'intention de développer de nouveaux produits. " Nous avons mis au point une gamme complète d'échangeurs thermiques, ce qui nous oblige à investir en hommes, en recherche, en machines, ainsi que dans la prospection commerciale et dans de nouveaux locaux ", témoigne ainsi Yves Fiorda, qui n'emploie que 80 personnes pour 50 millions de francs de chiffre d'affaires. " Nous sommes obligés d'investir, ne serait-ce que pour améliorer la productivité, constate Laurent Bernard, P-DG de l'entreprise de mécanique OPF, qui réalise 27 millions de francs de chiffre d'affaires avec 53 personnes. Nous avons en effet, avec Aérospatiale par exemple, des engagements de baisse des prix de 15 à 18 % sur trois ans. " Si l'investissement apparaît comme une quasi-obligation, l'embauche, elle, pourrait sembler plus aléatoire. Les perspectives révélées par notre enquête ne sont pas totalement noires. Certes, les industriels qui comptent réduire leurs effectifs en 1996 sont pratiquement aussi nombreux qu'en juin (24 %, contre 25 %). Mais ceux qui pensent les augmenter sont passés de 19 % en janvier à 22 % en juin et à 26 % aujourd'hui. Les plus optimistes, en la matière, étant les industriels de la métallurgie (15 % seulement prévoient une baisse de leurs effectifs) et les patrons d'entreprises de moins de 50 salariés. " Pour rester dans la course, nous avons maintenu nos investissements et augmenté de 15 % nos effectifs de production cette année, malgré la stabilité de notre chiffre d'affaires ", témoigne Pierre Lévy, P-DG de Sodec, une société alsacienne de collecte et de traitement des déchets industriels, qui n'emploie, il est vrai, que 15 personnes pour 15 millions de francs de chiffre d'affaires. " Trois ou quatre personnes ont été recrutées en production, et je prévois l'embauche de quelqu'un au bureau d'études, ajoute Yves Fiorda. Et, si notre action marche à l'étranger, nous serons évidemment conduits à embaucher. " Habitués à gérer sans visibilité, à rechercher hors de l'Hexagone des marchés qui se dérobent en France, les industriels continuent de prendre des risques. Ils investissent. Et ils sont prêts à embaucher. A la condition de ne pas se retrouver ligotés par des contrats de travail trop rigides. L'activité industrielle, ils le constatent depuis quelques années, fluctue de plus en plus. Ils aimeraient qu'il puisse en être autant de leurs effectifs. Quoi de plus logique !

Enquête réalisée avec l'ensemble de la rédaction



Francis olivier, p-dg de sidel

1997 sera une bonne année

" Notre secteur se porte bien, y compris en Europe et en France, où nous profitons de l'emballage des eaux minérales en PET. De plus, nous bénéficions largement de la croissance en Asie et en Extrême-Orient, où nous devrions réaliser plus de 20 % de notre chiffre d'affaires en 1996, contre moins de 6 % il y a encore quelques années. Dans l'ensemble, 1997 sera une bonne année. "

Noel goutard, p-dg de valeo

Des activités en fort développement

" Après une progression de 17 % sur les huit premiers mois, 1996 devrait s'achever sur une croissance de notre chiffre d'affaires de l'ordre de 13 %. Toutes nos activités sont en fort développement. Après la bosse artificielle d'activité liée à la "juppette", le marché va connaître un contrecoup. Mais il va y avoir toute une série de nouveaux modèles qui pourraient atténuer ce phénomène. De toutes les manières, cette dépression possible serait relativement marginale dans notre chiffre d'affaires, qui est réalisé à 68 % hors de France. Pour 1997, nous continuerons donc avec un objectif de croissance à deux chiffres, un volume d'investissements de 7 à 8 % du chiffre d'affaires et un effort de recherche-développement de 6 % d'un chiffre d'affaires lui-même en progression. "

Patrick Alès, p-dg de Liérac

Au-dessus des objectifs

" Notre stratégie à base de niches et de rapidité de réaction nous rend difficiles à débusquer pour nos grands concurrents. Au 30 septembre, nous sommes déjà au-dessus de nos objectifs pour l'ensemble de l'année 1996. A l'exportation, la progression de nos ventes devrait être cette année de l'ordre de 25%, grâce notamment à l'Asie. "

USINE NOUVELLE N°2565

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