"Les industriels marocains ne profitent pas assez des grands projets dans les énergies renouvelables"

Ahmed Squalli est président de l'Amisole, l'Association marocaine des industries solaires et éoliennes et vice-président de la Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables (Fenelec). En exclusivité pour L'Usine Nouvelle il détaille la difficulté ressentie par les industriels marocains à tirer parti des importants projets du pays dans le domaine des énergies renouvelables.

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Ahmed Squalli, président de l'AMISOLE

L'Usine Nouvelle : Les grands projets du Maroc dans les énergies renouvelables comme l'éolien ou le solaire et qui mobilisent des investissements très lourds ont-ils des effets directs sur l'activité des industriels marocains de ce secteur ?

Ahmed Squalli : Très sincèrement, ce n’est pas encore le cas. À part quelques entreprises locales, notamment dans l’éolien, qui voient leur chiffre d’affaires augmenter, on perçoit peu les effets de ces grands projets sur le chiffre d'affaires du secteur.

Il y a, par contre, beaucoup d’investisseurs internationaux qui ont ouvert des succursales au Maroc ; des bureaux d’études montent des dossiers d’investissements pour des sociétés marocaines et étrangères. Des industriels envisagent de se convertir aux énergies renouvelables, mais le chiffre d’affaires propre du secteur marocain n’en ressent pas les effets.

Pensez-vous que les sociétés marocaines soient les laissées pour compte de ce type de grands projets ?

La taille des projets est déterminante. Plus un projet est petit, plus cela avantage les entreprises marocaines. Au contraire, plus il est grand, moins elles ont de chance de l’intégrer ; ne serait-ce que par qu’elles n’auront pas la capacité financière nécessaire.

Nous voudrions que les sociétés locales, mêmes les filiales locales de sociétés étrangères, soient favorisées, c’est certain, mais est-ce que c’est possible ? Ces propositions peuvent parfois rentrer en contradiction avec des accords de libre-échange d'après les règles de l’OMC. Les financeurs internationaux n’accepteraient pas des conditions de ce genre.

La construction de Noor, la première centrale solaire CSP d'Ouarzazate pour un investissement de 500 millions de dollars a débuté en mai. Des sociétés marocaines participent-elles à sa réalisation ?

Il y a bien sûr des sociétés marocaines qui participent au terrassement du site, mais pour les autres phases de construction nous attendons que le consortium adjudicataire (le saoudien ACWA avec des entreprises espagnoles NDLR) lance les appels d’offre. Dans chaque domaine - génie civil, charpente mécanique et composants électriques - je pense qu’une dizaine de sociétés marocaines peuvent être concernées.

Au total une trentaine est susceptible de répondre aux appels d’offre à venir . Ceci dit, est-ce qu’elles sont réellement capables d’offrir la quantité souhaitée, dans les temps impartis, et de façon compétitive ? C’est une autre question.

Créée en 1987, l'Association Marocaine des Industries Solaires et Eoliennes (AMISOLE) défend les intérêts des industriels et des professionnels marocains du secteur des énergies renouvelables. Elle compte une quarantaine de sociétés, soit plusieurs centaines de salariés. Elle est basée à Casablanca dans les locaux de la Fenelec, le syndicat professionnel marocain des industriels et entreprises des secteur électriques et électroniques.

 

Quelle part, au final, du projet Noor pourrait atterrir entre les mains d’entreprises marocaines ?

En principe, ce qui est visé, dans le contrat avec l’adjudicataire, c’est que 30% de la valeur ajoutée du projet soit produite par l’industrie locale, mais le consortium lui-même a déjà commencé à scruter les fournisseurs possibles et il affirme qu’il pourrait aller au-delà. Jusqu’à 50% de la valeur ajoutée pourrait être produite localement.

Un autre grand projet forme le pendant éolien à la centrale Noor : à savoir celui de Tarfaya. Les sociétés GDF Suez et Nareva ont entamé la construction d’un parc éolien de 300 MW. Les entreprises marocaines bénéficient-elles d’autant de place que les promesses faites à Noor ?

Le contexte est différent. Le projet de Tarfaya est privé, il n’y a donc pas d’appel d’offre. GDF Suez et Nareva choisiront les sous- traitants qu’elles souhaitent comme elles l’entendent. Il n’y a aucune préférence nationale et nous le déplorons.

Si une entreprise marocaine n’est pas assez compétitive, elle ne remportera pas le marché. Heureusement, dans certains secteurs, comme le terrassement du site, les sociétés marocaines, par leur positionnement local, sont plus compétitives que les sociétés étrangères. Bien sûr, les machines sont importées, mais elles ne représentent peut être que 30% de la valeur ajoutée, le reste : les composants électriques, le génie civile ... sont susceptibles d’être produits au Maroc.

Propos recueillis par Julie Chaudier

Plusieurs chantiers d’envergure pour le développement des énergies renouvelables (ENR) sont en cours, au Maroc mobilisant plusieurs centaines de millions d'euros d'investissement. À l’horizon 2020, les énergies renouvelables doivent représenter 42% de la capacité électrique totale du Maroc. Le solaire, l’éolien et l’hydraulique occuperont chacun 14%. Ce sont les objectifs du plan solaire marocain, du projet marocain de l’énergie éolienne et celui du développement de l’hydroélectricité. Parmi ces projets, les plus importantds actuellement sont le parc éolien de Tarfaya, lancé par GDF Suez et Nareva, et la centrale solaire Noor à Ouarzazate adjugée au saoudien Acwa en groupement avec les espagnols Acciona, Aries et TSK. A l’exception de Nareva, filiale de la SNI, les donneurs d’ordre sont pour la plupart des sociétés étrangères. Le gouvernement promet un texte sur la "compensaiton industrielle", soit un taux minimal de retour pour les entreprises du Maroc pour ce type de réalisations ou d'autres comme le TGV. Mais à ce jour cela ne reste qu'un projet.


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