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Les industriels laitiers mettent en garde contre "une France en décalage avec ses voisins européens"

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A peine interrompue la crise entre Lactalis et les éleveurs, la fédération des industriels laitiers (Fnil) alerte sur les conséquences d’un prix du lait français trop élevé par rapport à ses voisins. Dans un scénario noir, les industriels prévoient une baisse de la compétitivité française et des parts de marché à l’export.

Les industriels laitiers mettent en garde contre une France en décalage avec ses voisins européens
Lait en poudre
© D.R.

Deux jours à peine après la signature d’un accord de sortie de crise entre Lactalis et les éleveurs laitiers du grand Ouest, les industriels laitiers affichent leurs inquiétudes. "L’augmentation significative du prix du lait en France, en décalage complet avec le reste de l’Europe, conduit inéluctablement la France laitière à s’isoler du marché européen", a insisté le 1er septembre, Olivier Picot, le président de la Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil). Selon Gérard Calbrix, économiste à l’Association de la transformation laitière (Atla), "l’écart avec la France est de 10 à 25 % selon les pays depuis le début de l’année". En France, sur le premier semestre 2016, le prix du lait a été en moyenne de 304 euros la tonne, selon des chiffres d’Eurostat, et de 270 euros en Allemagne et de 253 euros en Belgique. "Il y a toujours eu un décalage, mais le phénomène est en train de s’accentuer", a alerté Olivier Picot.

Un milliard d’euros à financer

Pour lui, cet écart représente un handicap pour la compétitivité de toute la filière. L’Atla chiffre à un milliard d’euros le surcoût à financer que représente une hausse de 4 centimes le litre de lait payée les transformateurs. "La France perd des parts de marché sur l’exportation, à cause de ses prix trop élevés", souligne Gérard Calbrix. Or, 44 % de ses 25 milliards de litres de lait produits en France sont exportés. C’est un marché capital pour l’économie de la filière.

"Le risque pour la filière, producteurs comme transformateurs, est de voir ses débouchés se réduire, son chiffre d’affaires s’effondrer et son équilibre financier rompu, sans compter la réduction du solde positif de 4 milliards d’euros du commerce extérieur des produits laitiers", prévient Olivier Picot. Pour la Fnil, l’urgence est désormais de réfléchir à une nouvelle politique agricole commune (Pac). "Il faut se mettre autour de la table et réfléchir à une vraie régulation européenne, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui", a renchéri le président de la Fnil. En attendant, les transformateurs français du lait vont devoir apprendre à vivre encore avec un décalage des prix par rapport à leurs voisins européens. Leurs marges, du moins chez les industriels qui les publient, montrent qu’ils ont encore, de quoi tenir quelques mois...

Adrien Cahuzac

 

Le plan de réduction de la production : "une usine à gaz", selon la Fnil
"Sur le fond, c’est bien. Sur la forme, c’est presque une usine à gaz",  a réagi le 1er septembre, Jehan Moreau, le directeur de la Fnil, à l’annonce du plan d’aides à la réduction de la production laitière présentée par le ministre Stéphane Le Foll, le 30 août. "C’est un mécanisme volontaire. Son efficacité est difficile à prévoir", a-t-il ajouté. Le dispositif prévoit une baisse de 5 % de la production laitière française sur le dernier trimestre 2016, par rapport à la même période de 2015. Les éleveurs qui s'engageront à réduire leur production pourront bénéficier d'aides financières destinées à compenser le nombre de litres de lait non produits. Cet argent viendra en majeure partie de l'enveloppe de 500 millions d'euros annoncée le 18 juillet par la Commission européenne pour l'agriculture en crise, dont une grande partie est destinée au secteur laitier. La France a obtenu une enveloppe spécifique de 50 millions d'euros. Bruxelles prévoit de payer aux éleveurs 14 centimes par litre de lait non produit. La France rajoutera un bonus de 10 cts/l pour ses éleveurs, dans la limite de 5% de la production.

 

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