"Les industriels européens ont mal anticipé la chute des cours du sucre", estime François Thaury (Agritel)

Les cours du sucre sont en chute libre. Sur le marché européen, les cours ont perdu 36% en l’espace de dix-huit mois. Le contrat sucre blanc d’ICE, qui fait office de référence, affiche une baisse de 27,9% depuis novembre 2016. Après deux années de déficit, le marché devrait redevenir excédentaire au terme de la campagne 2017-2018. Le surplus, encore estimé à 5,2 millions de tonnes en février par l’Organisation internationale du sucre, pourrait en réalité doubler, estime François Thaury, directeur des soft commodities au cabinet de conseil en risques de prix agricoles Agritel.

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La filière européenne du sucre doit apprendre à s'adapter à davantage de volatilité dans une ère post-quotas.

L’Usine Nouvelle – Pourquoi les cours du sucre chutent-ils ?

François Thaury – Nous sortons de deux années de déficit, jusqu’en 2016-2017, suite à El Niño, qui avait affecté la production dans les grands pays producteurs en zones tropicales. Les producteurs se sont mobilisés pour produire davantage, tandis que les conditions climatiques se sont améliorées. On s’attend, en 2017-2018, à enregistrer un excédent global nettement supérieur de 10 à 12 millions de tonnes (Mt) Cela vient essentiellement de l’Inde, qui a produit 20 Mt en 2016-2017 en raison de la sécheresse, et 32 Mt environ cette année.

La production du Brésil, premier producteur mondial, est attendue en baisse. Quelles en sont les raisons ?

Le Brésil est toujours en tête des pays producteurs, mais l’éthanol est beaucoup plus profitable pour les industriels locaux en raison d’une politique favorable aux agrocarburants. Les transformateurs vont faire davantage d’éthanol que de sucre cette année, tandis que la sécheresse et le manque d’investissements vont faire chuter cette année la production de manière assez sensible. Dans ce contexte, l’Inde, pourrait devenir le premier producteur mondial de sucre avec une production comprise entre 33 et 34 Mt l’an prochain (33,8 Mt selon le département américain de l’Agriculture, ndlr).

Les producteurs européens ont-ils eu malgré tout raison d’augmenter significativement leur production suite à la fin des quotas ?

L’Europe, sortie des quotas depuis le mois d’octobre, a augmenté sa production d’environ 20%. Il aurait mieux fallu être peut-être plus raisonnable, mais à l’époque, il fallait sécuriser au maximum les approvisionnements auprès des planteurs de betteraves français et européens. Tereos et Cristal Union ont pris des engagements dans un contexte de déficit et de prix élevés, sans imaginer que le marché allait connaître un effondrement des cours. L’enjeu était aussi, pour eux, de faire baisser leurs coûts de production, l’outil industriel n’étant actif que durant quatre mois par an. Aujourd’hui, même si les cours en Europe ont tendance à être au-dessus des cours mondiaux (370 euros la tonne de sucre blanc en mars, selon la Commission européenne, contre environ 300 euros à Londres), nous sommes sous les coûts de production.

Comment réagissent les industriels ?

Au niveau européen, certains acteurs comme l’allemand Südzucker ne se sont pas engagés sur des prix d’acompte, mais réévaluent leurs paiements en fonction du marché et des performances du groupe. Tereos et Cristal Union ont, eux, contractualisé sur deux à trois saisons avec des niveaux de 25 à 27 euros la tonne. Pour la prochaine campagne, Cristal Union ne tiendra pas ses engagements de prix en raison de l’effondrement des cours du sucre. Cela inquiète les planteurs qui ont déjà semé leurs betteraves.

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