Les industriels du CAC40 dans le tourbillon des marchés

Le CAC40 a perdu 20 % depuis le début de l'année. L'amplitude des variations exprime la volatilité qui prévaut sur les marchés depuis plusieurs années, et face à la crise, les industriels ne sont pas épargnés. Mais qu'ils résistent ou qu'ils plongent, la

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Les industriels du CAC40 dans le tourbillon des marchés
Vallourec et ArcelorMittal sont des exceptions. A part eux, toutes les autres valeurs du CAC40 sont dans le rouge sur l'année 2008. Alors que l'indice phare de la place parisienne accuse un recul de plus de 20 % depuis le 1er janvier, la quasi totalité des valeurs qui le constituent affichent une progression négative depuis le début de l'année. Seules cinq sociétés encaissent un recul inférieur à 10 %, parmi lesquelles GDF Suez, Alstom, Cap Gemini, et STMicroelectronics. Les baisses - jusqu'à près de 45 % - se justifient-elles sur les plans économiques et industriels ? Les grandes sociétés françaises cotées sont-elles aujourd'hui sous-valorisées ?

Les financières pas les plus mal loties

Sous la barre des 4 500 points, le CAC est revenu à son niveau de l'été 2005. Il ne se portait pas mieux en septembre 2001, ce qui rappelle de douloureux souvenirs. Le secteur financier est particulièrement malmené, crise des subprimes oblige, mais il est loin d'être le seul touché et la crise n'épargne pas l'industrie. L'automobile, lourdement pénalisée d'un côté par le recul de la demande lié à la flambée des prix du pétrole, et de l'autre par l'augmentation des coûts des matières premières, en fait les frais. Peugeot (- 37,2 %), Renault (- 40,9 %) et Michelin (- 43,5 %) enregistrent tous des évolutions de cours plus négatives que la Société Générale, par exemple, pourtant rudement affectée par l'affaire Kerviel.

La publication de résultats en nette hausse n'immunise pas contre la baisse des cours. Total, qui a dégagé un bénéfice en hausse de 29 % sur un an au premier semestre, n'en a pas moins perdu 13,8 % de sa valeur en Bourse depuis le début de l'année. Schneider Electric, dont le résultat net a augmenté de 17 % sur les six premiers mois de l'année, figure en deuxième partie de tableau en termes de progression, à près de - 25,5 %.

GDF Suez rescapée dans les services publics

GDF Suez (- 1,6 %) bénéficie d'une situation particulière. La nouvelle valeur a été portée par le rapprochement de GDF et Suez. « La convergence en termes d'achat entre l'électricité et le gaz, la scission du pôle environnement et la politique actionnariale consistant à verser un dividende exceptionnel ont soutenu le titre », explique une analyste spécialiste du secteur chez Natixis Securities. Dans un contexte de marché relativement défavorable, où les consommateurs sont incités à consommer moins d'énergie, où les coûts augmentent, où l'Etat freine les hausses de prix et les tarifs réglementés empêchent les énergéticiens de fixer librement leurs tarifs, ces éléments ont permis à GDF de faire nettement mieux qu'EDF depuis le début de l'année.

P/E (ou PER)

Price/Earnings ratio : rapport entre le cours de Bourse d'une entreprise et son bénéfice par action.
Le P/E sert à évaluer la cherté d'une action par rapport à l'évolution attendue des bénéfices. Pour le calculer, les analystes se basent sur les bénéfices anticipés.

EDF
(- 28,3 %), après l'échec du rachat de British Energy et les ratés de sa stratégie d'expansion en Espagne et en Belgique, est sur une pente glissante. « Les investisseurs ont été déçus car EDF se payait 33 à 34 fois ses bénéfices. Aujourd'hui, par rapport à ses concurrents comme E.ON, Enel et RWE, EDF reste la plus chère mais son P/E s'est rapproché de la moyenne des énergéticiens. » Sur ce secteur, dont les résultats globaux dépendent des cycles économiques, EDF est le seul Européen à avoir plongé en Bourse ces six derniers mois. « Pour moi, la baisse d'EDF est une correction. La valeur s'est payée comme un concept, celui du nucléaire, et finalement les investisseurs se sont rendus compte que c'était un électricien », conclut cette analyste.

Veolia Environnement aussi, a tout misé sur l'avenir en investissant lourdement et en pariant sur des bénéfices à long terme. Trop long terme, pour les marchés. La société, qui avait pratiquement triplé le cours de son action entre début 2004 et fin 2007, perd 41,1 % depuis le début de l'année. Si la croissance du chiffre d'affaires est au rendez-vous, sa rentabilité reste inférieure à 10 %. Or, en 2007 l'action Veolia se payait 30 fois ses bénéfices. « Les investisseurs n'étaient plus du tout prêts à payer une telle prime. Ce point de rupture a été confirmé au premier trimestre. Le modèle produit de moins en moins de rentabilité. » D'où le bon accueil boursier des résultats du deuxième trimestre, qui se sont accompagnés de l'annonce d'une stratégie visant une amélioration de la rentabilité.

Les semi-conducteurs, témoins du ralentissement

Si la chute de certaines valeurs est une remise à niveau par rapport au marché et aux résultats opérationnels, pour d'autres la baisse est plus conjoncturelle et moins logique. C'est le cas de STMicroelectronics (- 8,6 %), dont le titre a retrouvé ses niveaux de 1998. Les valeurs européennes du secteur des semi-conducteurs comme Infineon ont toutes évolué dans le même sens, car le secteur est très sensible au ralentissement de la consommation, d'autant plus aujourd'hui que les produits grand publics représentent environ 60 % du marché. De plus, la demande a subi un ralentissement structurel lié à la maturité du marché, avec une croissance moyenne de 5-6 % sur longue période, contre 15 % auparavant.

Cependant, en 2007 les chiffres des ventes mondiales ont été bons et les cours se sont effondrés avant les signes de ralentissement économiques. Les ventes de ST sont restées soutenues cette année, sa marge brute atteint 36,8 %, ses performances ont dépassé celles d'Infineon et l'entreprise a pris des parts de marché à Texas Instruments. « L'entreprise a fait de nombreux efforts de refonte de gamme et de remodelage industriel. 80 % de la baisse des cours de STMicroelectronics est liée au cours du dollar, environ 40 % des coûts de l'entreprise étant exprimés en euros », conclut un analyste financier spécialisé dans les semi-conducteurs chez Natixies Securities, pour qui, à ses niveaux de juillet 2008, le titre était clairement sous-valorisé.

France Télécom victime de sa communication

D'autres secteurs, a priori bien moins sensibles aux cycles économiques, ne sont pourtant pas immunisés. C'est le cas des télécoms, qui ne subissent pas les fluctuations des matières premières, sont peu sensibles à l'effet de change, et dont l'activité repose sur des durées d'engagement relativement longues en France. Normalement, le secteur offre une certaine visibilité et devrait résister. Néanmoins, en Europe, Vodafone par exemple subit un franc ralentissement. L'avertissement sur résultats lancé en juillet après la publication de son chiffre d'affaires semestriel (+ 19,1 %) a fait chuter le jour même l'action de 13 %, la révision des objectifs à la baisse étant attribuée au ralentissement économique mondial. Du côté de France Télécom (- 18,4 %), le titre aurait surtout pâti des erreurs de communication du groupe autour du rachat de TeliaSonera, explique un analyste. L'opérateur est également exposé au ralentissement économique en Espagne, qui représente pour lui un marché stratégique (il y possédait 11,1 millions de clients fin 2007). Si le titre se paie moins cher que les grands opérateurs américains, c'est aussi en raison de la maturité du marché français des télécoms, tant dans le fixe que le mobile.

Un an après le retournement de conjoncture, la crise n'aura épargné presque personne. La détente des marchés depuis mi-juillet, le CAC ayant regagné 400 points, pourrait être un signe du retour à la sérénité, en lien avec une accalmie du côté du pétrole et la révision en hausse du PIB américain. Toutefois, l'afflux d'indicateurs économiques pessimistes en Europe n'est pas pour rassurer, en cette fin de trêve estivale.

Raphaële Karayan

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