Economie

Les industriels attentifs... et attentistes

Publié le

Les laboratoires pharmaceutiques restent prudents, très prudents... « Personne ne s'occupe spécifiquement de ces questions chez nous », explique la direction d'une multinationale du médicament. Est-ce vrai ? Ou bien éludent-ils la question par peur des réactions de l'opinion publique ? Le souci de respecter la loi, contraignante en France, et le manque de résultats probants sur les cellules souches n'ont en tout cas pas poussé l'industrie pharmaceutique à se lancer dans l'aventure... humaine.

Le règne animal, lui, a déjà payé son tribut en cellules souches embryonnaires. Provenant des souris, des poulets, des porcs, elles sont utilisées pour produire des vaccins ou des protéines recombinantes. La société française Vivalis emploie ainsi des cellules souches transformées de poulet pour produire des vaccins. Les cellules souches embryonnaires animales sont également utilisées en toxicologie ou en pharmacologie pour modéliser les réactions de l'organisme à un médicament.

Cette voie est aussi un des débouchés potentiels pour les cellules souches embryonnaires humaines. C'est d'ailleurs leur principal avenir à moyen terme. Pourtant, les grands noms de l'industrie ont laissé la main aux centres de recherche publics et à une multitude de sociétés de biotechnologies, qui se sont engouffrées dans la brèche. Elles ont dépensé des centaines de millions de dollars pour tenter leur chance. Avec, à la clé, plusieurs milliers de brevets déposés.

Les embryons « matière première »

Les embryons utilisables à ce jour sont les embryons surnuméraires, c'est-à-dire « ceux issus d'une fécondation in vitro qui n'ont pas de projet parental ».

Combien sont disponibles ?

  • Des millions d'embryons congelés dans le monde.
  • Plus de 134 000 en France (au 31 décembre 2004).
  • Près de 150 lignées de cellules souches embryonnaires disponibles dans le monde.
  • 22 lignées aux Etats-Unis, réservées à des recherches financées au niveau fédéral.

Elles espèrent ainsi prendre position sur un marché estimé entre 5 et 50 milliards d'euros d'ici à quinze ans. Un marché sur lequel les sociétés de biotechnologies françaises brillent par leur absence. Les championnes sont les américaines Geron ou Advanced Cell Technology (ACT), avec plus de 1 000 brevets à elles deux. Mais cette fièvre pourrait les consumer.

L'équipe de Robert Lanza, d'ACT, avait obtenu des lignées de cellules souches embryonnaires humaines à partir d'une seule cellule, sans détruire l'embryon donneur, affirmait-il dans un article publié en août dans la revue « Nature ». Mensonge, vient de reconnaître le chercheur star. Après la fraude du biologiste coréen Hwang Woo-Suk l'an dernier, cette nouvelle affaire entache sérieusement l'image des spécialistes des cellules souches et alimente la polémique.

Camille Chandès

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte