Les grands argentiers de la planète au chevet des changes

par Emily Kaiser

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WASHINGTON (Reuters) - Les grands argentiers de la planète se réunissent vendredi à Washington et vont tenter d'aplanir leurs divergences sur la question des changes qui menace une reprise économique déjà trop lente.

Les ministres des Finances du G20 ont prévu de se rencontrer au cours d'un petit-déjeuner de travail organisé en marge des assemblées générales annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Ceux du G7 se réuniront pour un dîner à huis clos.

Aucun communiqué formel n'est attendu ni du G7 ni du G20. Mais des représentants du G20 ont, sans surprise, prévenu que la question des changes serait au menu des deux réunions.

La France, lorsqu'elle prendra la présidence du G20 en novembre, lancera des négociations en vue d'une réforme du système monétaire international afin d'améliorer la coordination des politiques et contenir les flux de capitaux qui affectent les changes, a indiqué la ministre de l'Economie Christine Lagarde.

Le niveau du yuan, contesté par les pays développés, et l'intervention des autorités japonaises le mois dernier pour faire baisser le yen seront des sujets de discussion majeurs.

Le yuan a atteint vendredi son plus haut cours de clôture contre le dollar sur le marché spot depuis juillet 2005, date de la dernière réévaluation d'envergure de la monnaie chinoise.

Berlin a déclaré vendredi que la monnaie chinoise devait être réévaluée et a prévenu que l'Allemagne participerait avec vigueur aux discussions portant sur les questions monétaires.

Quant au Premier ministre japonais Naoto Kan, il a déclaré que Tokyo continuerait de suivre de près les évolutions sur le marché des changes et n'hésiterait pas à intervenir encore en cas de nécessité.

Et l'un des vices-ministres japonais des Finances a par ailleurs appelé le G7 à prendre le ferme engagement d'empêcher une "course" à la dévaluation.

MALAISE

Les Etats-Unis pourraient eux aussi être accusés de laisser se déprécier leur monnaie, incitant de nombreux investisseurs à se tourner vers d'autres devises, en particulier celles des pays émergents et notamment le réal, ce qui fait peser des risques élevés d'inflation au Brésil.

Cité par l'agence Chine nouvelle, le gouverneur adjoint de la banque centrale chinoise Yi Gang a déclaré vendredi que Pékin voulait continuer de réformer son système tout en réaffirmant qu'une hausse trop rapide du yuan handicaperait son économie.

La question des devises est symptomatique d'un malaise plus profond dans les économies développées, qui ne parviennent pas à dégager suffisamment de croissance pour résorber le chômage en dépit des dizaines de milliards de dollars consacrés à des plans de relance.

Les chiffres de l'emploi aux Etats-Unis en septembre seront d'ailleurs communiqués au beau milieu du petit-déjeuner des ministres du G20. Les économistes interrogés par Reuters pensent que le marché du travail devrait rester inchangé par rapport au mois d'août mais que le taux de chômage pourrait grimper à 9,7%, contre 9,6% le mois précédent.

Le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner et la plupart de ses homologues européens n'ont plus beaucoup d'options à leur disposition pour soutenir leur économie, les pressions des politiques et/ou celles de leurs créanciers les dissuadant de creuser davantage des déficits parfois abyssaux.

En attendant que les nations industrialisées se remettent en ordre de marche, les marchés émergents seront les moteurs de la croissance. Le FMI a prédit que le rythme de la croissance des émergents devrait être trois fois supérieur à celui des pays industrialisés.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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