Les grandes manoeuvres dans les ingrédients ont commencé

Les regroupements s'accélèrent dans le secteur des ingrédients et additifs destinés à l'agro-alimentaire. Avec pour conséquence l'apparition de groupes spécialisés dans des métiers jusqu'ici assez fragmentés.

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AGRO-ALIMENTAIRE

LES GRANDES MANOEUVRES DANS LES INGRÉDIENTS ONT COMMENCÉ

Les regroupements s'accélèrent dans le secteur des ingrédients et additifs destinés à l'agro-alimentaire. Avec pour conséquence l'apparition de groupes spécialisés dans des métiers jusqu'ici assez fragmentés.

Emulsifiants, stabilisants, texturants... Ignoré du grand public, le marché des ingrédients, additifs et autres auxiliaires technologiques aiguise pourtant de plus en plus les appétits. La quarantaine de candidatures ayant atterri sur le bureau de Jean-François Dehecq, patron de Sanofi, lors de la mise en vente de sa division "bio-industries", l'a démontré. De même que son prix. C'est en effet pour 4,4milliards de francs, soit une année de chiffre d'affaires, que Sanofi Bio- industries (SBI) a été vendue en octobre 1994 au conglomérat allemand Viag. Un chiffre élevé pour une activité très "business to business".

La profession connaît des taux de croissance de 4 à 8%

Autre acquisition payée au prix fort, celle réalisée par Kerry. Ce groupe irlandais vient de s'offrir, pour 2,1milliards de francs, les activités ingrédients du britannique Allied Domecq, composées des auxiliaires de boulangerie américains DCA et des fruits industriels Margett's en Europe, un ensemble payé 1,2fois ses ventes. Quant à l'amidonnier belge Amylum, il vient de boucler l'achat de la division glutamate de sodium (un exhausteur de goût) d'Orsan et Eridania Beghin Say est sur le point de renforcer Cerestar, sa division amidon en négociant l'achat de American Maïze Product. Cet engouement s'explique d'abord par les taux de croissance de la profession. Certes, ceux-ci restent modestes - de 4 à 8% -, mais ils demeurent plus élevés que ceux de l'industrie alimentaire, dont les ventes stagnent en Europe. Deux stratégies se dessinent aujourd'hui: celle des spécialistes et une autre plus transversale. Les premiers focalisés sur un grand type d'application ont des profils très divers qui vont des transformateurs traditionnels de matières agricoles (amidon, coproduits laitiers...) aux chimistes. Ces derniers, tels Hoechst ou Monsanto, verrouillent ainsi l'essentiel du marché des édulcorants de synthèse. Un groupe comme Pfizer s'est même fait une spécialité de tous les ingrédients "allégeants", y compris les substituts de matières grasses. Autre secteur dominé par des acteurs hyperspécialisés, celui de l'amidon, contrôlé pour l'essentiel en Europe par le trio Roquette, Amylum et Cerestar (Beghin-Say). Ces métiers ont une caractéristique commune: le ticket d'entrée est souvent d'un prix particulièrement élevé. Amylum prévoit ainsi d'investir 600millions pour sa prochaine usine dans la Somme, et Nutrasweet (Monsanto), avec son partenaire japonais Ajinomoto, avait injecté 800millions dans la construction de l'usine d'aspartame de Gravelines. Pour ces groupes spécialisés, l'avenir se conjugue sur deux modes: recherche-développement et internationalisation. Ainsi Sias MPA (préparation de fruits), filiale de Pernod Ricard, ouvre-t-elle régulièrement des usines au fur et à mesure du développement des marchés de ses clients fabricants de yaourts ou de pâtisseries. Et Sias s'est dotée fin 1994 de deux nouvelles unités, en Argentine et en Pologne. A côté de ces spécialistes, certaines entreprises développent depuis quelques années une approche plus transversale. Leur choix? Se doter d'un large portefeuille d'applications pour offrir à leurs clients - de la PME régionale à Unilever - des solutions clés en main, que ceux-ci ne peuvent - ou ne veulent - pas se charger de mettre au point, préférant se considérer comme des "assembleurs" concentrant leurs moyens sur leurs usines et le marketing. Représentant de cette stratégie de concept global, et l'un des ses premiers initiateurs: SBI, qui opère dans plusieurs spécialités (texturants, ferments, mixes charcutiers, arômes...).

Une diversification tous azimuts

Une politique menée aussi par des groupes comme le danois Grinsted (1,8milliard de francs de ventes et 14,2% de résultat opérationnel), qui fabrique des émulsifiants, dont il est leader mondial, des hydrocolloïdes, des anti-oxygènes et, dans une moindre mesure, des enzymes et des arômes. A son échelle (700millions de francs de facturations), le français Diana, filiale de Guyomarc'h, travaille également dans cette optique. Il a récemment acquis la PME Ovonor (ovoproduits) pour compléter son portefeuille. Quant à Kerry, il pèse désormais plus de 5milliards de francs dans les ingrédients, soit 60% de ses ventes. Bref, la bataille pour la constitution d'un "Nestlé" des ingrédients est bel et bien engagée.







les trois grandes catégories

Réunis sous le vocable générique d'"ingrédients" ou d'"additifs", les produits alimentaires intermédiaires (PAI) recouvrent en fait trois grandes classes:

Ingrédients: dérivés de produits naturels pouvant généralement être utilisés sans limitation. Exemples: gélatine, amidon...

Additifs: produits qui ne sont pas alimentaires par nature et sont soumis à autorisation administrative (liste positive). Exemples: arômes et colorants artificiels, conservateurs...

Auxiliaires technologiques: produits utilisés au cours du process et disparaissant généralement au cours de celui-ci. Exemples: enzymes, ferments.

USINE NOUVELLE N°2486

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