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"Les gens avec de l'humour sont très sensibles à ce qui se passe autour d'eux", affirme le consultant Lionel Bellenger

Christophe Bys ,

Publié le

Lionel Bellenger vient d'écrire "Rire et faire rire" (éditions ESF). Chez le même éditeur il avait publié "Manager avec humour". Nous lui avons demandé si le rire, réputé être le propre de l'homme, pouvait servir au travail et comment. Parler du rire révèle toujours des choses sérieuses.

Les gens avec de l'humour sont très sensibles à ce qui se passe autour d'eux, affirme le consultant Lionel Bellenger © D.R.

L'Usine Nouvelle - Comment vous est venue l'idée de travailler sur le lien entre management et humour ?
Lionel Bellenger - Travaillant sur les questions de communication depuis plusieurs années, j'ai constaté que l'humour est un bon moyen de communication. Les personnes avec de l'humour prennent de la hauteur, de la distance par rapport à l'événement. Dans le monde économique qui est le nôtre, ils apportent aussi de la créativité. L'humour est, par ailleurs, une prise de risque et un moyen de surprendre les autres, de mettre le public de son côté.

N'y a-t-il pas pour le salarié le risque de passer pour un clown, pour la personne peu sérieuse à laquelle on ne confie pas de projets ?
Il ne faut pas confondre humour et comique avec des blagues lourdes, voire très lourdes. L'humour doit être inattendu, il doit surprendre. Quand on interroge des personnes qui ont fait un trait d'humour, ils disent qu'ils n'y pensaient pas cinq minutes avant. Avoir de l'humour ce n'est pas être le comique de service. Le pire c'est celui qui dit "je vais vous raconter une blague".

Est-ce que l'humour peut s'apprendre ?
Globalement non. Les gens qui ont de l'humour ont un point commun : ils fonctionnent comme des radars, ils écoutent beaucoup, ont une grande sensibilité à ce qui se passe autour d'eux. C'est pour cela qu'ils arrivent à placer leur mot au bon moment. Comme la créativité, l'humour repose beaucoup sur des associations d'idées, il faut donc être ouvert, disponible à ce qui se dit. Quelqu'un d'auto-centré sera beaucoup moins drôle.

Au vu des qualités dont vous créditez une personne qui a de l'humour, peut-on dire que celui qui le pratique possède systématiquement tous ces traits ?
Oui, plutôt. Si vous faites passer des entretiens d'embauche à un candidat qui a le sens de la répartie, il témoignera d'une grande vivacité d'esprit, d'une capacité à décrire une scène, à maîtriser le langage, le storytelling. 

Quelles limites imposer à l'humour dans le monde professionnel ?
L'humour a une dimension transgressive incontestable. Faire de la dérision sur le pouvoir est une de ses limites à ne pas franchir. Si on s'en prend à son directeur général ou à l'organisation de l'entreprise, c'est un peu comme un blasphème. Il faut être prudent. Cependant, depuis quelques années, on utilise de plus en plus le théâtre dans l'entreprise pour pointer certains dysfonctionnements, en pariant sur l'effet de loupe qui aidera à dénoncer l'absurde d'une situation. Raconter une histoire en mettant le bon ton suffit à faire rire tout le monde. Quand Molière fait rire, il se moque de Louis XIV, mais il le fait avec beaucoup de talent, de finesse. Par ailleurs, l'éthique de l'humour devrait être de ne pas faire de victime ou de mal autour de soi. L'humour ne doit pas condamner quelqu'un, d'autant plus si cette personne est faible.

Le dirigeant est-il condamné à être toujours sérieux ?
Non, il peut faire preuve d'humour...à bon escient. Jean-François Dehecq (ndlr. le cofondateur et président d'honneur de Sanofi)  ou Patrick Kron (ndlr. le PDG d'Alstom) sont réputés pour leur sens de l'humour. Ils l'utilisent parfois quand la situation s'y prête. Sinon ils sont très sérieux évidemment.

Le monde de l'entreprise est difficile. Les personnes devraient-elles davantage se laisser aller à l'humour ?
Certaines personnes se réfrènent. Elles sont très drôles à la machine à café, mais perdent tout sens de l'humour dans l'exercice de leur fonction. Comme formateur, je ne commencerai jamais une séance par de l'humour. Il faut déjà créer une relation de confiance entre les personnes, sinon cela peut être très risqué.

Et si on n'a pas d'humour, c'est grave ?
Je rencontre des personnes qui ne maîtrisent pas l'humour. Ils adorent rire des blagues des autres mais ne sont pas drôles. C'est déjà beaucoup de comprendre l'humour, de l'apprécier. Souvent, les gens qui ne comprennent pas l'humour ont des problèmes d'ego, de distance à l'autre. Pour revenir à Molière et Louis XIV, ce dernier sait très bien que les pièces dénoncent les travers du pouvoir. Mais il a l'intelligence, la distance d'y aller quand même. Pour un manager, c'est bien de savoir qui, dans une équipe, peut détendre l'atmosphère. Il ne faut pas le brimer. Il faut, au contraire, préserver les gens qui ont cette disposition, cette vivacité d'esprit, ce goût de la prise de risque. 

Propos recueillis par Christophe Bys 

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1 commentaire

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27/04/2017 - 17h06 -

Molière se moque de Louis XIV? Où? Nulle part et jamais. Il ne faut connaître ni l'œuvre de Molière ni la vie de Molière pour soutenir une chose pareille, et surtout avec une telle assurance. En réalité, Molière est le plus parfait courtisan imaginable. Ses attaques, ses sarcasmes, il les réserve aux femmes en compétition avec les hommes, aux bourgeois en compétition avec les aristocrates, aux faux dévots qui veulent faire la leçon au roi. Sans doute ce consultant a-t-il confondu Molière avec Voltaire.
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