L'Usine Santé

"Les génériques, enjeu capital des politiques de santé au Maghreb" selon Mohammed Zerhouni

, , ,

Publié le

Réunis à Paris fin mai pour une matinée sur le thème "Politique de santé et du médicament au Maghreb : Quels enjeux ? Quelle stratégie pour quelles filières ?" Des experts, médecins et chefs d'entreprise ont tenté de  mettre en avant les enjeux de la politique de santé et du médicament au Maghreb.

Les génériques, enjeu capital des politiques de santé au Maghreb selon Mohammed Zerhouni
Mohammed Wadie Zerhouni, consultant de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED)
© Larbi Tensaouti / Ipemed

L'ambassade du Maroc en France, a accueilli la semaine dernière un "petit déjeuner de la Méditerranée" pour débattre des enjeux de la politique de santé et du médicament au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Une initiative de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED).

Vers un marché maghrébin du médicament 

Les participants experts, médecins et autres chefs d'entreprises ont souligné de concert l'homogénéité des systèmes de santé dans les pays du Maghreb. Ce qui pose la problématique du médicament dans cette région d'une manière similaire et facilite de ce fait la mise en place et la consolidation d'un marché maghrébin du médicament.

Au Maghreb, les moyens à mettre en œuvre sont en décalage financier par rapport aux pays de l'OCDE. En effet, la dépense nationale de santé (DNS) y est estimée à moins de 400 dollars par habitant et par an alors que dans les pays membres de cette organisation, elle est de 6 à 10 fois plus élevée. 

Or, la croissance démographique forte du Maghreb par rapport à celle de l'Europe l'oblige à prévoir les besoins des tranches de la population les plus consommatrices de médicaments, les jeunes et les séniors.  

 

100 millions d'habitants en 2020

A l'horizon 2020, le Maghreb aura une population d'environ 100 millions d'habitants et devra tenir compte des besoins liés à la structure de sa pyramide des âges. Selon le rapport "Vers un marché maghrébin du médicament" de Mohammed Wadie Zerhouni, pharmacien inspecteur au ministère de la Santé du Maroc et édité par l'IPEMED "plus de 12% seront de la population seront âgés de plus de 60 ans et 25 à 30% de 0 à 14 ans".

L'ambassadeur du Maroc en France, Chakib Benmoussa a ainsi souligné que "la consommation du médicament au Maroc est de 500 dirhams soit environ 45 euros par an et par habitant avec des frais de santé supportés par les ménages marocains de 53%."

Une nouvelle antenne IPEMED au Maroc à l'automne
Jean-Louis Guigou, délégué général d'IPEMED a notamment annoncé une réunion à l'automne prochain dans le cadre du dialogue "5+5", la tenue d'une réunion présidée de part et d'autre de la Méditerranée par le Maroc et la France et dédiée au sujet de la Santé à Rabat ou Casablanca. Pour rappel, créé en 1990 à Rome, le groupe qui anime le dialogue "5+5" se compose au sud de la Méditerranée de l'Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie.  Ces pays sont associés en Europe de l'Espagne, la France, l'Italie, Malte et le Portugal. Le délégué général de l'IPEMED a aussi annoncé le projet de son organisation d'ouvrir une antenne au Maroc vers le mois de septembre ou octobre.
Au niveau de l'Etat a-t-il souligné," les dépenses de santé grèvent 40% du budget des caisses de maladie." Un des éléments clé des politiques de santé est de parvenir à l'autosuffisance des besoins.

 
 

faciliter l'accès aux médicaments génériques

Sur ce terrain, le Maroc s'en sort plutôt mieux que ses voisins maghrébins avec une couverture de ses besoins totaux en médicaments de 65% contre 49% en Tunisie et à peine 35% en Algérie.

Devenue priorité des politiques de santé au Maghreb, la facilité d'accès aux médicaments repose à la fois sur l'amélioration du circuit de distribution et la recherche des moyens pour parvenir à une baisse des prix. Les Etats du Maghreb ont encouragé la baisse substantielle du prix du médicament en favorisant le développement des génériques.

Ce marché des génériques, d'un enjeu capital pour la maîtrise des prix du médicament est peu développé au Maroc où il n'occupe que 30%, derrière la Tunisie (38%) et l'Algérie (47%).  

 

Nasser Djama

 

"Il faut faciliter le processus d'octroi des Autorisations de mise sur le marché au Maghreb" selon  Mohammed Wadie Zerhouni, consultant IPEMED

Quelle est la place des génériques au Maghreb ?
La promotion et le développement des génériques aussi bien au Maroc, en Tunisie qu'en Algérie est une priorité nationale. Les trois pays du Maghreb souhaitent privilégier la fabrication locale des médicaments de façon à en maîtriser le coût et le circuit de distribution. La difficulté à laquelle ils se heurtent vient du fait que les médicaments  (essentiellement les médicaments de biotechnologie) des nouvelles pathologies sont difficilement généricables. Ce processus basé sur la fabrication de biosimilaires demande une technicité développée et du matériel sophistiqué.

Comment développer les médicaments génériques au Maghreb ?
Il faut encourager ces pays à faciliter le processus d'octroi des Autorisations de mise sur le marché (AMM NDLR) pour ces médicaments génériques tout en respectant les exigences en matière de contrôle qualité et d'analyse au laboratoire.

Justement comment faciliter ce processus d'octroi des AMM ?
A ce niveau, l'IPEMED a une proposition claire qui concerne la réduction du temps d'octroi des AMM au niveau maghrébin. Généralement, comme sa durée d'octroi est de 2 à 3 ans, nous suggérons que lorsque l'AMM est accordée dans un pays du Maghreb, elle le soit automatiquement dans les autres via des procédures plus faciles et plus rapides.

La fabrication des médicaments suppose leur protection pas des brevets
Il existe au Maroc une instance chargée de gérer cet aspect, c'est l'Organisme marocain de la propriété intellectuelle OMPI. La même structure à son équivalent en Tunisie et en Algérie. Il faut savoir qu'en tant que membres de l'OMC, le Maroc et la Tunisie sont tenus de respecter la législation concernant la libéralisation des échanges. L'Algérie n'est pas elle membre de l'OMC.

Au-delà des génériques, où en est-on au niveau de la R&D ?
On peut considérer aujourd'hui que la recherche est encore timide au niveau des 3 pays du Maghreb. Dans l'industrie pharmaceutique, comme dans beaucoup de domaines, la R&D est encore concentrée dans les pays développés. Il existe bien quelques tentatives locales au Maroc et en Tunisie, mais elles restent encore isolées.

 

 

 


 

 


 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte